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Effacement des lesbiennes : 5 mecanismes concrets qui les rendent invisibles

Effacement des lesbiennes dans la culture et les médias : symboles féministes et invisibilisation

L’effacement des lesbiennes ne passe pas uniquement par le silence ou l’absence. Il opère aujourd’hui de manière plus subtile, plus diffuse, parfois même sous couvert de visibilité et d’inclusion. On parle de lesbiennes dans la pop culture, on affiche des symboles, on célèbre des figures dites "sapphiques" - mais dans le même temps, le lesbianisme comme réalité politique, sociale et matérielle est progressivement neutralisé. Cet article analyse 5 mécanismes concrets qui effacent les lesbiennes, non pas en théorie, mais dans la culture, le langage, les médias et les discours dominants.

Sommaire

Effacement lesbien : une réalité toujours actuelle

Parler d’effacement lesbien aujourd’hui peut sembler paradoxal. Les lesbiennes sont plus visibles qu’il y a vingt ou trente ans, du moins en apparence. Pourtant, de nombreuses femmes qui aiment les femmes continuent de faire l’expérience d’une invisibilisation profonde : leurs mots sont évités, leurs frontières sont remises en question, leurs réalités sont requalifiées, leurs violences sont relativisées. L’effacement n’est pas toujours frontal. Il est souvent structurel.

Ce constat est partagé par de nombreuses penseuses féministes lesbiennes, dont Lesbian : Politics, Culture, Existence de Susan Hawthorne, qui montre comment les lesbiennes peuvent être rendues invisibles non seulement par l’exclusion, mais aussi par une visibilité contrôlée, encadrée et dépolitisée. Identifier les mécanismes à l’œuvre est une étape essentielle pour comprendre pourquoi la visibilité ne suffit pas.

L’effacement par le langage : quand le mot "lesbienne" disparaît

Le premier mécanisme d’effacement est linguistique. Le mot "lesbienne" est de plus en plus remplacé par des termes jugés plus "neutres", plus "inclusifs" ou plus "modernes" : "queer", "saphique", "same-sex attracted". Ces expressions ont un point commun : elles désancrent le lesbianisme de sa réalité spécifique.

Dire "lesbienne", c’est nommer une expérience précise : des femmes qui aiment des femmes dans une société structurée par la domination masculine. Dire "queer", c’est noyer cette expérience dans un ensemble large, souvent mâle-centré, où les rapports de pouvoir internes disparaissent. Ce glissement lexical n’est pas anodin. Ce qui n’est plus nommé distinctement devient plus difficile à défendre, à documenter, à protéger.

L’effacement par la confusion : lesbiennes et gays assimilés

Les lesbiennes sont souvent regroupées avec les hommes gays sous une même bannière, sans analyse des différences de condition matérielle. Pourtant, les lesbiennes subissent à la fois l’homophobie et le sexisme. Les violences qu’elles rencontrent sont souvent sexualisées, punitives, et liées au contrôle du corps des femmes.

Assimiler lesbiennes et gays sans nuance revient à produire des politiques, des discours et des représentations qui répondent prioritairement aux expériences masculines. Les enjeux spécifiques aux lesbiennes - pression à l’hétérosexualité, violences sexuelles, effacement économique, précarité - sont alors relégués au second plan. Ce mécanisme contribue à un effacement politique durable.

L’effacement par la pornification du lesbianisme

Une part importante de la visibilité lesbienne dominante repose sur une représentation érotisée pensée pour le regard masculin. Le lesbianisme devient une esthétique : corps sexualisés, codes pornographiques, mises en scène qui reproduisent les normes hétérosexuelles. Les femmes sont visibles, mais comme objets.

Cette pornification n’est pas anodine. Elle autorise la présence lesbienne à condition qu’elle reste consommable, excitante, inoffensive. Elle efface la dimension relationnelle, affective, politique de l’amour entre femmes. Elle renforce aussi l’idée que les lesbiennes existent avant tout pour être regardées, fantasmées ou validées.

 Lesbianisme politique et féminisme lesbien face à l’effacement culturel

L’effacement par la curation médiatique : ne montrer que des lesbiennes compatibles

Les médias dominants ne montrent pas toutes les lesbiennes. Ils montrent surtout celles qui ne remettent pas en cause l’ordre social. Les lesbiennes trop féministes, trop critiques, trop politiques, trop radicales sont rarement mises en avant. La visibilité est donc sélective.

Ce mécanisme de curation crée une illusion de progrès : certaines lesbiennes accèdent à une reconnaissance médiatique, pendant que d’autres restent invisibles ou marginalisées. Ce tri n’est pas neutre. Il favorise des figures compatibles avec une culture néolibérale, individualiste et dépolitisée, au détriment de celles qui questionnent les rapports de pouvoir.

L’effacement par la minimisation des violences contre les lesbiennes

L’un des mécanismes les plus graves d’effacement est la minimisation des violences spécifiques subies par les lesbiennes. Agressions sexuelles, violences dites "correctives", expulsions familiales, harcèlement, menaces : ces réalités existent toujours, dans de nombreux pays, y compris dans des sociétés dites progressistes.

Pourtant, ces violences sont souvent diluées dans des catégories générales comme "anti-LGBT". Cette généralisation rend invisibles les logiques sexistes à l’œuvre : punir des femmes pour avoir refusé l’accès masculin à leur corps, à leur affection, à leur vie. Tant que ces violences ne sont pas nommées comme des violences contre les lesbiennes, elles restent politiquement secondaires.

Pourquoi parler d’effacement lesbien reste nécessaire aujourd’hui

L’effacement lesbien ne relève pas du ressenti individuel. C’est un phénomène structurel qui traverse le langage, la culture, les médias et les politiques publiques. Il explique pourquoi de nombreuses lesbiennes se sentent invisibles malgré une apparente progression de la représentation. Il explique aussi pourquoi le lesbianisme continue de déranger : parce qu’il propose une vie où les femmes se recentrent sur les femmes.

Parler de ces mécanismes n’est pas diviser. C’est refuser la dissolution. C’est rappeler que la visibilité sans pouvoir est une vitrine, pas une libération. Et que nommer l’effacement est une condition nécessaire pour le combattre.

FAQ 

Qu’est-ce que l’effacement lesbien ?

L’effacement lesbien désigne l’ensemble des mécanismes qui rendent les lesbiennes invisibles ou inaudibles, même lorsqu’elles sont présentes dans la culture. Cela inclut le langage, les représentations, la pornification et la minimisation des violences.

Pourquoi le mot "lesbienne" est-il remplacé par "queer" ?

Le terme "queer" est souvent utilisé comme catégorie englobante. Mais cette généralisation peut diluer les réalités spécifiques des lesbiennes, en particulier les rapports de pouvoir liés au sexisme.

Le lesbianisme est-il politique par nature ?

Oui, dans une société structurée par la domination masculine, le fait pour des femmes de centrer leur vie affective, sexuelle et sociale sur d’autres femmes a des effets politiques, qu’ils soient revendiqués ou non. C’est précisément cette dimension qui est souvent neutralisée ou rendue invisible.

Sources et lectures recommandées

Visibilité lesbienne: pourquoi être lesbienne dépasse aujourd'hui la simple identité personnelle ?

Deux femmes se tenant la main dans la rue, symbole de visibilité lesbienne et d'affirmation publique

La visibilité lesbienne ne se résume plus à dire "je suis lesbienne". Elle touche à la place des femmes dans l'espace public, à la manière dont la société lit nos relations, à la représentation dans les médias, aux violences spécifiques et au droit de vivre en tant que lesbienne sans être réduites à un fantasme, un silence ou une exception.

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Visibilité lesbienne : de quoi parle-t-on vraiment ?

On confond souvent visibilité lesbienne et exposition. Comme si "être visible" voulait dire "se montrer". En réalité, la visibilité lesbienne est d'abord un phénomène social : la capacité d'une société à reconnaître qu'une femme peut aimer une femme, former un couple, fonder une famille, être une figure d'autorité, une héroïne, une voisine ordinaire, sans que cela devienne un gag, un scandale ou un détail qui annule tout le reste.

Être visible, ce n'est pas vivre sous projecteur. C'est pouvoir être soi sans devoir traduire sa vie en permanence. C'est dire "ma compagne" sans anticiper l'oeil qui jauge, le sourire qui dérape, la question intrusive, ou l'effacement automatique qui remplace votre couple par "deux amies". Cette invisibilisation n'est pas une anecdote : elle façonne les trajectoires, les sécurités, les choix de carrière, les rapports familiaux, la santé mentale, et même la manière dont on se tient dans l'espace.

Pourquoi l'invisibilité lesbienne a longtemps été une "double peine"

Il y a une raison brutale à l'invisibilité lesbienne : l'histoire a été écrite, légiférée et racontée par des hommes. Quand la sexualité féminine n'est pas pensée comme un sujet autonome, elle devient un angle mort. Pendant longtemps, une femme qui aimait une femme n'était pas perçue comme une menace politique ou religieuse au même titre qu'un homme gay, mais comme quelque chose d'inconcevable, d'infantilisé, ou de simplement non nommé.

Ce mécanisme a produit une situation paradoxale : d'un côté, l'invisibilité a parfois protégé, car certaines lois ont ciblé explicitement les relations sexuelles entre hommes sans mentionner les femmes; de l'autre, elle a isolé, car ce qui n'est pas nommé n'est pas défendu, ni représenté, ni pris en compte dans les politiques publiques. L'invisibilité peut être un abri, mais c'est aussi une cage : elle évite certains coups, tout en rendant impossible l'accès aux réparations, à la reconnaissance et aux récits.

Homophobie et misogynie : la mécanique spécifique qui vise les lesbiennes

La violence lesbophobe a ses formes propres. Elle est souvent une violence de contrôle : corriger, punir, remettre une femme "à sa place". Dans certains contextes, cela a pris la forme de violences sexuelles dites "correctives", d'agressions qui cherchent moins à exprimer un désir qu'à imposer une hiérarchie. Ailleurs, la violence est plus diffuse : harcèlement, chantage familial, humiliations, menaces, licenciements, rejet social. Et, très souvent, elle passe par la caricature : la lesbienne réduite à un cliché, soit hypersexualisée pour le regard masculin, soit déshumanisée, soit rendue comique, soit transformée en personnage tragique condamné.

Ce qui complique tout, c'est que la lesbophobie s'imbrique à la misogynie. Une femme est déjà soupçonnée d'exagérer, de mentir, de provoquer, ou d'être "trop" (trop froide, trop masculine, trop bruyante, trop indépendante). Ajoutez une relation avec une autre femme, et la société peut réagir comme si vous aviez retiré quelque chose aux hommes : votre disponibilité, votre docilité, votre rôle attendu. La visibilité lesbienne, dans ce cadre, n'est pas un détail identitaire : c'est une rupture dans l'ordre symbolique.

Quand l'invisibilité protège... et quand elle étouffe

Il faut le dire sans romantiser : l'invisibilité a parfois été une stratégie de survie. Dans des pays où l'homosexualité est criminalisée ou socialement punie, passer sous les radars peut limiter les risques immédiats. Même dans des sociétés plus ouvertes, certaines lesbiennes ont appris à "naviguer" en minimisant les signes, en choisissant leurs mots, en évitant les lieux, en calibrant leur présence.

Mais cette protection a un prix : celui de l'auto-effacement. Vivre en se corrigeant en permanence finit par grignoter l'estime de soi. Et il y a un autre piège : ce que la société ne voit pas, elle ne finance pas, ne documente pas, ne défend pas. Les besoins spécifiques des lesbiennes - santé, parentalité, violences, isolement, vieillissement, précarité, accès à des lieux communautaires - peuvent rester absents des débats parce que la société ne les perçoit pas comme une réalité massive, continue et structurante.

Représentation lesbienne : sortir du cliché, enfin

La visibilité lesbienne passe aussi par la représentation : dans les films, les séries, les livres, la presse, la publicité. Pendant des décennies, les récits ont oscillé entre deux impasses : la lesbienne comme fantasme destiné au regard masculin, ou la lesbienne comme drame destiné à "punir" la transgression (isolement, mort, renoncement, folie). Le message implicite était limpide : aimer une femme coûte trop cher.

Quand des personnages lesbiens existent, mais restent périphériques, interchangeables, ou cantonnés à un rôle utilitaire, la société apprend que nos vies ne sont pas centrales. A l'inverse, quand une lesbienne est un personnage entier - avec ses ambiguïtés, ses failles, ses contradictions, son humour, sa violence parfois, sa tendresse aussi - la visibilité devient adulte. Elle cesse d'être un "sujet" et redevient une existence.

Intérieur d'un bar lesbien accueillant, espace communautaire et culturel pour les femmes qui aiment les femmes

Lieux lesbiens, bars lesbiens, espaces communautaires : pourquoi cela revient au coeur des débats

La visibilité ne vit pas seulement dans les médias. Elle vit dans les lieux. Les bars lesbiens, les cercles de lecture, les associations, les événements culturels comme les salons du livre lesbien, les espaces sportifs ou militants ont longtemps été des infrastructures de survie. On y trouvait une chose rare : le relâchement. Ne pas se justifier. Ne pas se surveiller. Ne pas être l'exception de service.

Or, ces lieux ont failli disparaître dans de nombreuses régions, sous l'effet de la précarité économique, de la gentrification, et d'une "assimilation" qui, paradoxalement, peut isoler : quand on peut vivre en couple "comme tout le monde", on peut aussi se retrouver sans communauté, sans transmission, sans intergénérationnel. Ces dernières années, plusieurs initiatives et reportages ont documenté à la fois la chute historique du nombre de bars lesbiens aux Etats-Unis et l'importance de les préserver, ainsi qu'une dynamique de retour et de réinvention de ces espaces. (Voir liens en bas.)

Identité lesbienne et politique : pourquoi le mot pèse autant

Dire "lesbienne", ce n'est pas seulement décrire une orientation. C'est affirmer une place dans le monde. Parce que le mot touche à des lignes de fracture : le rapport au genre, la sexualité féminine, le couple hors modèle dominant, la famille, le pouvoir, la légitimité. Dans beaucoup de débats culturels contemporains, "lesbienne" devient un point de friction : non pas parce que les lesbiennes auraient soudain changé, mais parce que le monde re-négocie ce qu'il tolère chez les femmes.

C'est aussi pour cela que la visibilité lesbienne n'est pas univoque. Elle peut être joyeuse, quotidienne, banale, presque ennuyeuse - et c'est précieux. Mais elle peut être revendicative, quand les droits reculent, quand les stéréotypes se durcissent, quand des discours cherchent à nous réduire à une caricature. L'identité devient alors politique parce que la société politise notre simple existence.

La Semaine de la visibilité lesbienne : un rappel, pas une parenthèse

Chaque année, la Semaine de la visibilité lesbienne remet une vérité sur la table : sans récits, sans lieux, sans mémoire, on revient vite au silence. Historiquement, cette semaine est née au début des années 1990 en Californie (West Hollywood) dans un contexte où la visibilité des lesbiennes était jugée insuffisante, même à l'intérieur des mouvements LGBTQ+. Elle a ensuite été observée dans différents pays et souvent repositionnée autour de la fin avril, en lien avec une journée de visibilité. (Voir liens en bas.)

Mais l'enjeu n'est pas de "célébrer une fois par an" puis de redevenir invisibles onze mois. L'enjeu est d'obtenir une visibilité adulte : pas un slogan, pas un produit marketing, mais une reconnaissance stable. Celle qui permet de vivre, d'aimer et de travailler sans être constamment ramenées à l'exception.

Point de vue éditorial : publier des histoires lesbiennes, c'est produire de la visibilité concrète

Dans les maisons d'édition lesbienne, la visibilité se mesure très simplement : combien de livres existent, et quelle place on leur laisse. Est-ce que les romances lesbiennes sont traitées comme un genre à part entière, avec ses codes, ses nuances, ses lectrices, ou comme une "curiosité" ? Est-ce que les thrillers lesbiens peuvent être sombres, ambigus, moralement dérangeants, sans que l'on exige une exemplarité pédagogique ? Est-ce que les héroïnes ont le droit d'être humaines, donc parfois lâches, cruelles, drôles, instables, lumineuses, sans que leur lesbianité soit le seul angle de lecture ?

Un billet d'opinion peut se permettre une vérité simple : la visibilité qui compte le plus, c'est celle qui survit au regard des autres. Une lesbienne qui se reconnaît dans un personnage, dans une autrice, dans une couverture, dans un arc narratif, gagne une forme de sécurité intérieure. Et cette sécurité, quand elle circule, devient un fait social. La visibilité n'est pas une vitrine, c'est une infrastructure.

Conclusion : être lesbienne, aujourd'hui, c'est exister au-delà de l'étiquette

Être lesbienne n'est plus seulement une affaire privée, si cela l'a jamais été. Parce que l'invisibilité a été construite, et que la visibilité se reconstruit. Parce que la société lit les corps des femmes, leurs alliances, leurs choix, comme des messages. Parce qu'on nous a longtemps raconté que nous n'étions pas un sujet, pas un public, pas une famille, pas une histoire centrale.

La visibilité lesbienne n'a pas besoin d'être bruyante pour être radicale. Parfois, elle tient dans une phrase simple, dite sans trembler. Dans une main tenue en public. Dans un livre posé sur une table. Dans un lieu où l'on respire. Et dans cette idée très concrète : nous ne sommes pas un angle mort. Nous sommes une réalité, une culture, une mémoire, une force, et une façon d'aimer qui mérite mieux que le silence.

FAQ sur la visibilité lesbienne

Qu'est-ce que la visibilité lesbienne ?

La visibilité lesbienne désigne la capacité d'une société à reconnaître l'existence des lesbiennes dans l'espace public, les médias, les institutions et la vie quotidienne, sans caricature ni effacement.

Pourquoi parle-t-on d'invisibilité lesbienne ?

Parce que, historiquement, les lesbiennes ont été moins représentées, moins nommées et parfois moins prises en compte dans les lois, la culture et même certains mouvements militants, ce qui a produit un effacement durable.

Comment soutenir la visibilité lesbienne au quotidien ?

En soutenant les oeuvres et créatrices lesbiennes, en protégeant les lieux communautaires, en exigeant des représentations nuancées, et en nommant les réalités (couples, familles, parcours) sans les réduire à un cliché.

Liens et références

Historique et éléments clés sur la Lesbian Visibility Week (Wikipédia)
PBS NewsHour : état et enjeux des bars lesbiens aux Etats-Unis
Channel News Asia : annonce de l'abrogation de la section 377A à Singapour
BibleGateway : Leviticus 18 :22 (NKJV)

Polémique FNAC : Un livre appelant au meurtre des homosexuels, juifs et chrétiens en vente libre

Polémique FNAC : Un livre appelant au meurtre des homosexuels, juifs et chrétiens en vente libre

En janvier 2026, une vive controverse éclate en France autour de l'ouvrage "Péchés et guérison", un texte islamique médiéval réédité en 2018, contenant des passages explicitement violents et haineux à l'égard des homosexuels, des juifs et des chrétiens. Vendu librement à la FNAC et sur Amazon jusqu'au 6 janvier, et éligible au Pass Culture financé par les fonds publics, cet ouvrage a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux avant d'être rapidement retiré. Découvrez les détails du contenu choquant, l'origine de la polémique, les réactions des distributeurs et les questions soulevées sur la diffusion de tels textes en France.

Sommaire

Le contenu controversé du livre "Péchés et guérison"

L'ouvrage "Péchés et guérison", écrit par le théologien sunnite Ibn Al-Qayyim au XIVe siècle et réédité par les éditions Tawbah en 2018, est un recueil de hadiths présenté comme un guide spirituel. Cependant, il inclut des passages choquants qualifiant l'homosexualité de "pire que le meurtre" et appelant à des punitions violentes comme la lapidation.

Parmi les passages les plus explicites figurent notamment des citations attribuées à des interprétations rigoristes de la charia, relayées dans l’ouvrage sans mise à distance critique. L’un des extraits affirme ainsi qu’« on doit chercher la plus haute construction de la ville, et en précipiter sur la tête l’homosexuel, puis le lapider », assimilant explicitement l’homosexualité à un crime passible de mort.

Il désigne également les juifs et les chrétiens comme des "ennemis" et contient des malédictions à leur encontre, tout en évoquant des châtiments sévères pour d'autres "péchés".

Un autre extrait affirme qu’« il n’existe pas de peine légale pour la sodomie d’un animal ou le coït avec une femme morte », établissant une hiérarchie morale où certaines pratiques sont présentées comme moins graves que l’homosexualité.

L’ouvrage contient également des passages appelant explicitement à la mise à mort de certaines catégories de personnes au nom de la loi religieuse. Un extrait précise qu’« il n’est pas permis de verser le sang musulman, sauf pour […] l’apostat qui quitte la communauté », tandis qu’un autre affirme que « le Messie tuera les juifs et les chrétiens ».

Ces extraits, authentifiés par plusieurs médias, s'inscrivent dans une interprétation rigoriste médiévale de l'islam. Le Figaro rapporte en détail ces appels à la violence et le choc qu'ils ont provoqué. De même, le JDD met en lumière la haine exprimée envers les minorités religieuses et sexuelles.

La découverte de la polémique sur les réseaux sociaux

La controverse débute le 4 janvier 2026 avec une vidéo virale publiée par l'influenceur Yohan Pawer sur X, dénonçant la disponibilité de l'ouvrage à la FNAC et son éligibilité au Pass Culture. Il présente des extraits choquants et interroge une vendeuse FNAC. La vidéo cumule rapidement des centaines de milliers de vues, relayée par de nombreux utilisateurs.

Europe 1 explique comment cet ouvrage ancien a été relancé auprès d'un public jeune via les réseaux, amplifiant le scandale. Des captures d'écran de la page FNAC et du Pass Culture circulent massivement.

Réactions de la FNAC et d'Amazon : retrait rapide

Dès le 6 janvier 2026, la FNAC retire l'ouvrage de son site et de ses rayons, suivie par Amazon qui suspend sa vente. Un porte-parole de la FNAC indique que, malgré son caractère historique, le contenu ne correspond pas aux valeurs du groupe. Le Figaro détaille cette décision prise sous la pression publique.

CNews confirme le tollé et le retrait, soulignant les propos révoltants extraits par leurs journalistes.

Implication du Pass Culture et retrait de l'offre

Particulièrement choquant, l'ouvrage était éligible au Pass Culture, permettant aux jeunes de 15-18 ans de l'acheter avec des crédits publics. Suite à la polémique, le ministère de la Culture examine le dossier et l'ouvrage est supprimé de la plateforme. Le ministère insiste sur la nécessité d'un "recul historique" tout en condamnant les discours haineux contemporains.

Réponses politiques et débats publics

La polémique suscite des réactions dans la classe politique et les médias. Des élus dénoncent la présence d'un tel texte dans l'espace public et interrogent les critères de sélection. Le Times of Israel (couverture internationale) relaye l'affaire en mettant l'accent sur les passages antisémites et l'appel à la violence contre les juifs.

Le débat porte sur la responsabilité des plateformes et la vigilance face à la diffusion de textes extrémistes, même anciens.

Contexte historique et débat sur la liberté d'expression

Ce texte médiéval reflète les normes d'une époque où les punitions corporelles étaient courantes dans plusieurs traditions religieuses. Cependant, sa réédition sans contextualisation critique pose question. La France autorise la diffusion d'œuvres historiques (Bible, Coran, etc.), mais la loi réprime l'incitation à la haine raciale, religieuse ou sexuelle. Le débat oppose liberté d'expression et protection contre les discours dangereux.

Impact sur la société française et perspectives

Cette affaire met en lumière les défis de la modération des contenus culturels à l'ère numérique. Elle pourrait entraîner un renforcement des contrôles sur les offres subventionnées comme le Pass Culture et une plus grande vigilance des distributeurs. À plus long terme, elle alimente les discussions sur l'intégration, la laïcité et la lutte contre les discours haineux en ligne.

FAQ : Questions fréquentes sur cette polémique

La vente de ce livre est-elle légale en France ?

Avant son retrait volontaire, oui : il s'agit d'un texte religieux historique. Cependant, si des passages sont jugés comme incitation à la haine ou à la violence, une procédure judiciaire pourrait être engagée (article 24 de la loi sur la presse de 1881).

La FNAC peut-elle être poursuivie ?

Peu probable pour la simple diffusion d'un livre légalement édité. Les distributeurs ne sont pas tenus de lire tous les ouvrages, mais une plainte pour complicité pourrait être examinée si le contenu est qualifié d'infraction pénale.

Le Pass Culture finance-t-il d’autres ouvrages controversés ?

Le catalogue est vaste et automatisé. Des titres anciens ou rigoristes peuvent y figurer. Cette polémique pousse à un examen plus strict des références éligibles avec fonds publics.

Quelle est la différence entre texte historique et incitation à la haine ?

Un texte ancien est protégé par la liberté d'expression et l'intérêt historique. Il devient problématique s'il est promu sans contextualisation comme un guide contemporain incitant à des actes illégaux aujourd'hui.

Les libraires ont-ils une obligation de contrôle ?

Non, pas systématiquement pour chaque titre. Les éditeurs sont responsables du contenu, et les distributeurs réagissent généralement aux signalements. Cette affaire pourrait renforcer les protocoles internes.

Sources principales : Le Figaro (6 janvier 2026), Le JDD, Europe 1, CNews.

Orientation sexuelle et identité de genre : pourquoi certains LGB contestent l’amalgame avec le T

Orientation sexuelle et identité de genre : pourquoi certains LGB contestent l’amalgame avec le T

Le débat autour de l’inclusion du « T » (pour transgenre) dans l’acronyme LGBT+ fait rage depuis plusieurs années. De plus en plus de voix au sein de la communauté lesbienne, gay et bisexuelle (LGB) expriment leur désir de se dissocier du « T », estimant que la transidentité relève de l’identité de genre et non de l’orientation sexuelle. Ce positionnement, souvent désigné sous l’expression « LGB Drop the T », soulève des questions profondes sur la cohérence politique du mouvement arc-en-ciel, la hiérarchisation des luttes et la définition même des catégories utilisées dans l’espace public. Dans cet article, nous analysons les raisons de cette contestation, en nous appuyant sur des éléments factuels, historiques et juridiques, ainsi que sur des points de vue contradictoires.

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Qu’est-ce que le transgenrisme et pourquoi n’est-il pas une sexualité ?

Le transgenrisme, également appelé transidentité, désigne la situation d’une personne dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe qui lui a été assigné à la naissance. Il s’agit d’une dimension identitaire, façonnée par des facteurs psychologiques, sociaux et parfois médicaux, notamment dans le cadre de transitions hormonales ou chirurgicales.

À l’inverse, l’orientation sexuelle – qui concerne l’attirance romantique ou sexuelle envers d’autres personnes (homosexualité, bisexualité, hétérosexualité) – ne dit rien de l’identité de genre d’un individu. Elle décrit uniquement vers qui s’exerce le désir ou l’attachement.

Cette distinction conceptuelle est centrale pour les partisans du « LGB sans T ». Selon eux, l’amalgame entre identité de genre et orientation sexuelle entretient une confusion qui fragilise la lisibilité des revendications spécifiques aux LGB. Historiquement, ces luttes se sont articulées autour de la dépénalisation de l’homosexualité, de l’égalité des droits civils, du mariage pour tous et de la lutte contre l’homophobie. À l’inverse, les revendications liées aux personnes trans portent principalement sur la reconnaissance juridique du genre, l’état civil, l’accès aux soins et la protection contre les discriminations fondées sur l’identité de genre.

Sur le plan juridique, cette distinction est également reconnue dans de nombreux systèmes légaux, où les textes relatifs à l’orientation sexuelle et ceux concernant l’identité de genre relèvent de cadres normatifs distincts. Pour certains militants LGB, l’effacement de cette différence nuit à la compréhension des enjeux propres à chaque groupe.

Les origines du mouvement « LGB Drop the T »

Le mouvement « LGB Drop the T » apparaît au milieu des années 2010, principalement au Royaume-Uni, avec la création de groupes comme LGB Alliance. Fondée en 2019, cette organisation affirme que les intérêts politiques et juridiques des personnes lesbiennes, gays et bisexuelles ne coïncident pas nécessairement avec ceux liés à l’identité de genre.

Parmi les arguments avancés :

  • Conflits autour des espaces fondés sur le sexe biologique : certaines lesbiennes et gays expriment des inquiétudes concernant l’accès des personnes trans aux espaces non mixtes, tels que les vestiaires, prisons ou événements communautaires, estimant que cela peut invisibiliser des expériences directement liées au sexe.
  • Priorités politiques divergentes : les revendications trans impliquent des débats complexes sur le genre, l’autodétermination et la médecine, que certains LGB jugent susceptibles de provoquer un retour de bâton politique mettant en péril des droits acquis.
  • Rejet de l’idéologie queer et de l’extension de l’acronyme : pour une partie des militants LGB, l’ajout constant de nouvelles catégories brouille les objectifs initiaux du mouvement fondé sur l’orientation sexuelle.

En septembre 2025, une organisation internationale regroupant des associations de 18 pays a officialisé son repositionnement sous le nom de LGB International, actant l’abandon du « T » afin de recentrer son action sur les droits liés à l’orientation sexuelle.

Critiques et contre-arguments : une division jugée transphobe ?

Cette prise de distance suscite de vives critiques. De nombreuses organisations LGBTQ+ dénoncent une démarche transphobe, estimant qu’elle fragilise une alliance historiquement construite, notamment lors des émeutes de Stonewall en 1969, souvent présentées comme un moment fondateur du militantisme LGBT moderne.

Des figures historiques comme Marsha P. Johnson sont régulièrement évoquées pour rappeler la participation de personnes trans ou gender non-conforming aux premières luttes.

Les opposants estiment qu’une séparation formelle rendrait les personnes trans plus vulnérables, dans un contexte marqué par une multiplication de lois restrictives, notamment aux États-Unis, concernant l’accès aux soins ou la reconnaissance légale du genre.

Des organisations comme la Human Rights Campaign soutiennent qu’il n’a jamais existé de communauté « LGB sans T » et que cette rhétorique serait exploitée par des forces politiques conservatrices cherchant à affaiblir l’ensemble des droits LGBT.

La philosophe britannique Kathleen Stock observe toutefois que le mouvement LGBT traverse une phase de fragmentation idéologique croissante, notamment autour des notions de sexe, de genre, de sexualité et de définition des identités.

Conséquences pour la communauté arc-en-ciel

Une dissociation institutionnelle entre LGB et T pourrait profondément redessiner le paysage militant. D’un côté, elle offrirait aux lesbiennes, gays et bisexuels la possibilité de recentrer leurs actions sur des enjeux ciblés, tels que la lutte contre les thérapies de conversion, la protection des mineurs ou la visibilité bisexuelle. De l’autre, elle risquerait d’accentuer l’isolement politique des personnes trans, déjà confrontées à une hausse documentée des violences et des discriminations.

Plus largement, ce débat révèle une tension croissante entre logique de coalition et besoin de clarté conceptuelle. Si l’affirmation selon laquelle le transgenrisme n’est pas une sexualité repose sur une base théorique solide, la question demeure de savoir si la séparation des luttes constitue un progrès stratégique ou un affaiblissement collectif face aux oppositions communes.

FAQ : comprendre le débat entre orientation sexuelle et identité de genre

Le transgenrisme est-il une orientation sexuelle ?

Non. Le transgenrisme relève de l’identité de genre, c’est-à-dire de la manière dont une personne se définit par rapport au sexe qui lui a été assigné à la naissance. L’orientation sexuelle concerne l’attirance romantique ou sexuelle envers autrui. Ces deux dimensions sont distinctes, bien qu’elles soient souvent associées dans les débats militants contemporains.

Quelle est la différence entre identité de genre et orientation sexuelle ?

L’identité de genre renvoie au rapport intime qu’une personne entretient avec son genre, tandis que l’orientation sexuelle décrit vers qui s’exerce son désir ou son attachement affectif. Les confondre revient à mélanger des réalités différentes, aux implications sociales, juridiques et politiques distinctes.

Pourquoi certains lesbiennes, gays et bisexuels refusent-ils l’acronyme LGBTQ+ ?

Certains LGB estiment que l’élargissement continu de l’acronyme rend moins lisibles les luttes liées à l’orientation sexuelle. Ils considèrent que les revendications fondées sur l’identité de genre relèvent d’un autre cadre politique et juridique, et que cet amalgame brouille les combats historiques menés contre l’homophobie.

Le mouvement « LGB sans T » est-il nécessairement transphobe ?

Ses détracteurs le qualifient souvent de transphobe, tandis que ses partisans parlent de clarification conceptuelle et stratégique. Le désaccord porte moins sur l’existence ou la dignité des personnes trans que sur l’organisation des luttes, les priorités militantes et la définition des catégories mobilisées dans l’espace public.

Que pensez-vous de ce débat ? Vos analyses et arguments peuvent contribuer à enrichir la réflexion collective.

Sélection du Prix Gouincourt : inclusion ou exclusion dans la littérature lesbienne ?

Sélection du Prix Gouincourt : inclusion ou exclusion dans la littérature lesbienne ?

En mars dernier, l'équipe vous présentait la création du Prix Gouincourt, un prix littéraire pensé pour mettre à l’honneur la littérature lesbienne, car il faut le dire, elle reste depuis longtemps absente du paysage des grandes distinctions françaises. Dès lors, le Gouincourt, avec son nom impertinent, son jury queer et militant, et son ambition de donner une visibilité réelle aux romans centrés sur des thématiques lesbiennes, semblait être le plus beau projet lesbien national de ce début d'année... Il faut le dire, le projet avait tout pour séduire toute la communauté lesbienne et combler un manque évident pour noues mettre en avant.

Quelques mois plus tard et à l’heure de l'annonce des premières sélections, mon enthousiasme se teinte pourtant d’interrogations. Car si le prix se voulait inclusif, son positionnement actuel soulève une question délicate : peut-on défendre l’inclusion en choisissant d’exclure certaines voix de notre communauté déjà mal représentée dans toutes les sphères médiatiques ?

Sommaire

Un prix littéraire n'est jamais neutre

Si, comme moi, vous pensiez qu’un prix littéraire pouvait être neutre, il est temps de vous réveiller.

Un prix n’est jamais une simple récompense : c’est un geste politique. Il affirme une vision du monde et choisit ce qui mérite d’être mis en avant et le Prix Gouincourt ne s’en cache pas : il veut afficher ses valeurs et prendre position.

Les critères de sélection prévoyaient de ne considérer que les romans lesbiens de littérature générale francophonessortis entre la mi-août et la mi-octobre. L’idée était simple : inscrire la littérature lesbienne dans le moment médiatique de la rentrée littéraire, au cœur d’une période où les projecteurs se tournent vers les écrivains stars et les révélations de l’année.

Le résultat de cette première sélection n’a pas semblé convenir aux organisateur·ices :

Au départ, nos critères de sélection prévoyaient de ne considérer que les romans lesbiens de littérature générale francophones sortis entre la mi-août et la mi-octobre. Face à la première liste établie sur ces critères factuels, le constat était implacable : elle était composée d’une grande majorité d’autrices blanches, cis, valides.

C'est là que nous entrons dans le cœur du problème. Ici les organisatrices ne remettent pas en cause les textes, mais l’identité de celles qui les ont écrits. Autrement dit, ce n’est pas la qualité des œuvres qui devient déterminante, mais la représentativité de leurs autrices.

Peut-on penser que le prix qui devait mettre en avant la littérature lesbienne, a glissé vers une logique de quotas ?

Des cases plutôt que des pages

Si on comprend bien le message initial : les textes remplissaient les conditions, maisl’identité de celles qui les avaient écrits posait problème. Ce n’était donc pas la qualité des œuvres qui était en cause, mais bien la composition sociologique de leurs autrices.

À partir de là, deux questions dérangeantes surgissent : 

  • A quel moment passe-t-on d’une démarche de reconnaissance nécessaire à une logique de hiérarchisation identitaire ?
  • Quand la valeur d’un roman est-elle reléguée au second plan, derrière la couleur de peau, le genre ou la validité de son autrice ? 

Et d'ailleurs, y'a-t-il une hiérarchisation de la validité ? Faut-il un rapport de médecin ou une attestation de handicap ? Si on a l'air blanc et que notre extrait d'acte de naissance prouve qu'on est un enfant de parent immigré racisé, cela compte-t-il ? Je parle aussi en connaissance de cause : je ne corresponds pas non plus aux cases simplistes qu’on voudrait cocher pour moi. Mais faut-il vraiment exhiber des certificats ou des papiers d’identité pour prouver qu’on a sa place ? En sommes-nous vraiment arrivés à ce point ?

Le paradoxe est là : un prix né pour donner de la visibilité à une littérature invisibilisée en vient à invisibiliser, à son tour, une partie des lesbiennes et il me semble pertinent de penser que la littérature n’a pas besoin d’un certificat d’identité pour exister. Ce qui doit primer, ce sont les pages, pas les papiers d'identité.

Il faut aussi rappeler qu’un roman n’est pas une simple production industrielle. Certaines autrices mettent des années à écrire un seul livre, parfois l’unique livre de leur vie. Ce sont leurs tripes, leur âme, jetés sur le papier, une part d’elles-mêmes offerte au monde. Méritent-elles, parce qu’elles n’entrent pas dans les bonnes cases identitaires, d’être bannies d’un concours ? Est-ce juste ? Et surtout, les nominées elles-mêmes valident-elles vraiment cette logique de compétition ?

L’inclusion sélective, un nouveau paradoxe

L’intention est évidemment importante : lutter contre les discriminations doit rester une priorité dans nos communautés, et les organisateurs du prix Gouincourt rappellent que cette composante "blanche, cis, valide"...

... ne nous satisfaisait pas. Était-ce cette image que nous souhaitions renvoyer pour la première édition du Prix Gouincourt ? Dans une période où le racisme, la transphobie, le validisme et globalement la montée de l’extrême droite sont palpables partout, y compris dans le monde de l’édition, nous voulons affirmer les valeurs que nous défendons.

Notre prix doit refléter notre engagement contre toutes les formes de discrimination, même quand elles sont ancrées dans les habitudes du milieu de l’édition. Ces préoccupations sont les nôtres, et nous savons la portée politique d’un prix littéraire.

Et précisément, le paradoxe est là : un prix né pour donner de la visibilité à une littérature invisibilisée en vient à invisibiliser à son tour une partie des lesbiennes. Sous prétexte de combattre certaines dominations, on finit par créer de nouvelles hiérarchies, qui rejettent des autrices sur le simple critère de leur identité.

La lutte contre les discriminations mérite mieux que de reproduire, ou même d'inverser, la logique qu’elle souhaite abolir.

Sélectionner un texte ou une identité ?

En tant qu’éditrice, j’ai toujours considéré qu’un texte parle plus qu'une pièce d'identité ou encore le CV d'un auteur. Chez Homoromance Éditions, les manuscrits proposés passent par un comité de lecture de façonanonyme.Personne ne sait qui se cache derrière les pages, et cela ne nous a jamais empêchés de publier des auteur·ices trans ou racisé·es, simplement parce que ce qui est important : c'est leur voix.

Quand nous transmettons les comptes rendus du comité de lecture à un auteur, nous n’écrivons jamais : "votre manuscrit a été retenu parce que vous appartenez à une catégorie discriminée de la population." Nous parlons de ce qui importe vraiment : la puissance de son récit, son originalité, et les pistes pour l’affiner.

À titre personnel, je trouverais franchement humiliant que l’on retienne mon texte pour mes origines marocaines, mon autisme ou ma non-binarité plutôt que pour sa valeur littéraire.

Depuis quand la littérature a-t-elle besoin de connaître les origines, les croyances, la sexualité ou le genre d'un auteur pour exister, elle s’impose par le talent de l'auteur ou de l'autrice, sa voix, son style, son souffle.

Nous avons publié des auteur·ices sans diplômes, sans réseau littéraire, sans formation universitaire... Certain·es viennent de métiers éloignés du livre, infirmière, enseignante, employée de caisse, etc... - et pourtant leurs histoires et leur plume ont cette force qui s’impose d’elle-même et qui ne se discute pas. Et ces autrices ou auteurs trouvent une place grâce à la qualité de leur récit, pas grâce à un parcours estampillé légitime parce qu'issus de tel ou tel parcours identitaire ou universitaire. 

C’est cela, au fond, la justice littéraire : donner sa chance à une œuvre, peu importe la personne qui la signe. 

La littérature mérite mieux que des quotas. Le risque, en voulant trop corriger les déséquilibres, c’est d’installer de nouvelles exclusions, parfois au cœur même des communautés que l’on prétend défendre.

Il existe une voie juste : juger les œuvres de manière anonyme, sans délit de faciès, sans que l’identité de l’autrice ou de l’auteur ne vienne fausser la lecture. Ce système est déjà utilisé dans de nombreux comités éditoriaux (comme le nôtre) ou au sein d'autres concours, ce qui permet d’offrir à toutes les voix une réelle égalité de départ.

Car au fond, la littérature se tient dans les mots, dans la force d’un récit, dans la singularité d’une écriture. Tout le reste devrait rester hors champ.

Nous félicitons bien sûr les heureuses nominées !

  • Nour Bekkar, Corps étranger sous la peau (Blast)
  • Sabrina Calvo, Mais cette vie-là demande. toujours. plus. de. lumière. (Éditions du commun)
  • Camille Corcéjoli, Transatlantique (La Contre Allée)
  • Fatima Daas, Jouer le jeu (L’Olivier)
  • Wendy Delorme, Le Parlement de l’eau (Cambourakis)
  • Juliet Drouar, Cui-cui (Seuil)
  • Pauline Gonthier, Parthenia (Les Léonides)
  • Gorge, Fatalee ou l’impossible phantasme* (Trou Noir)
  • Lucie Heder, La grande verdure (La Volte)
  • Lumen, L’endroit de mon trouble (La Musardine)
  • Céline Minard, Tovaangar (Rivages)
  • Anne-Fleur Multon, À croquer (Thierry Magnier)
  • Nelly Slim, Entre ici et avant il y a la mer (Hystériques & AssociéEs)
  • Laura Vazquez, Les Forces (Éditions du sous-sol)

J'aimerai finir par ceci : je suis heureuse d’avoir fondé une maison d’édition lesbo-féministe et universaliste qui défend une conviction simple : juger un texte pour ce qu’il est, non pour l’identité de celle ou celui qui l’écrit.

Parce qu’au fond, le talent, toujours, doit passer avant les cases.

Quoi qu'il en soit, nous ne manquerons pas de suivre les résultats et de partager avec vous le nom de la ou des lauréates à qui nous souhaitons de gagner en visibilité grâce à cette opportunité.

 

Ci-dessous, le post complet de l'organisme

   Prix gouincourt  

Honte à l’élite LGBT qui a ignoré l’otage israélienne lesbienne Emily Damari durant les Fiertés

Honte à l’élite LGBT qui a ignoré l’otage israélienne lesbienne Emily Damari durant les Fiertés

Cette photo transmise par l’armée israélienne montre l’ancienne otage israélienne Emily Damari avec sa mère Amanda à un lieu tenu secret en Israël le 19 janvier 2025, après sa libération. (Photo armée israélienne / AFP)

De nombreux héros ont émergé des flammes de l’attaque du Hamas contre Israël il y a deux ans en octobre, mais aucun n’est tout à fait comparable à Emily Damari. Et aucun n’apparaît de façon aussi symbolique qu’aujourd’hui, alors que juin a marqué le début du mois de la Fierté LGBT, au moment même où de nouvelles violences antisémites frappent les États-Unis. Damari, une Israélo-Britannique de 28 ans, faisait partie des 33 otages libérés cet hiver après près de 500 jours de captivité à Gaza. Et comme elle l’a révélé ce week-end, Damari est aussi lesbienne : un fait resté secret durant les quinze mois passés entre les mains du Hamas, ce qui lui a sans doute sauvé la vie.

C’est une forme de courage incommensurable, à la fois de la part d’Emily et de sa famille, en particulier sa mère Mandy, qui a réussi à maintenir sa fille dans l’attention publique sans attirer une lumière trop vive qui aurait pu révéler son orientation sexuelle. Sans oublier le courage d’Orel, la compagne d’Emily, contrainte de se présenter comme une simple "amie" tout en menant campagne pour sa libération.

J’ai personnellement connu l’homophobie une grande partie de ma vie, mais rien de comparable à ce qu’a traversé Emily, qui risquait une mort certaine et brutale si son homosexualité avait été dévoilée. En 2016, le Hamas avait d’ailleurs assassiné l’un de ses propres commandants pour suspicion d’homosexualité. Imaginez ce qu’ils auraient fait subir à une otage femme, juive et israélienne.

"De leur point de vue, ils pensent que c’est une maladie", a expliqué Damari dans une interview à la télévision israélienne. "Le Hamas ne devait pas savoir que j’étais gay !"

Au-delà de la force incroyable affichée par Damari, son histoire met en lumière l’aveuglement et l’absurdité des milieux pro-palestiniens au cours des 18 derniers mois. Ces gens défient la logique à chaque instant. J’enrage en pensant qu’alors que les activistes de #queersforpalestine défilaient dans les rues des grandes villes, une véritable femme queer survivait à Gaza, sachant qu’à tout moment son identité pouvait lui coûter la vie. Pourtant, depuis l’annonce de sa libération, aucun grand groupe LGBT n’a salué son courage.

Aucun article n’a été publié dans les grands médias LGBT américains comme The Advocate ou Them. Aucune reconnaissance non plus de la part des principales associations de défense LGBT, telles que GLAAD, dont la cérémonie annuelle des prix médiatiques, en mai dernier, s’était transformée en une déferlante de critiques contre Israël.

Dans le même temps, les mouvements féministes sont également restés silencieux sur le cas de Emily Damari, malgré son calvaire aux mains de l’une des entités politiques les plus misogynes qui soient, à l’exception des talibans. Rappelez-vous des foules réunies par le Hamas lors des cérémonies glaçantes qui ont accompagné la libération des otages en hiver. Rien de surprenant : presque aucune femme. Seulement des hommes et des fusils. Voilà la réalité misogyne à laquelle Emily Damari a survécu plus d’un an.

L’histoire d'Emily Damari m’inspire surtout de la fierté : la fierté d’être sioniste, la fierté d’être juif. Je suis fier de savoir qu’Israël est le seul pays du Moyen-Orient où les Arabes et musulmans gays ainsi que les juifs sont protégés par l’État. À tel point que des personnes queer venant de Cisjordanie y demandent et obtiennent l’asile, après avoir fui pour sauver leur vie depuis Jénine ou Ramallah.

Bien sûr, les anti-sionistes réduiront ces droits LGBT à du "pinkwashing" ou de la propagande. Qu’ils le fassent.

En attendant, je mets quiconque au défi de me montrer un "queer" déclaré à Gaza ou en Cisjordanie. Pas des Arabes ou musulmans gays vivant en Occident, qui militent pour Gaza sans jamais y mettre les pieds. Mais de vrais Palestiniens gays ou lesbiennes, identifiables, défendant leur propre avenir dans leur propre nation. En 2022, Ahmed Abu Marhia, 25 ans, a tenté de vivre ouvertement son homosexualité en Cisjordanie après un séjour en Israël, plus tolérant. Son destin : il a été décapité à Hébron. Car le seul queer visible dans les territoires palestiniens, récemment, semble avoir été Emily Damari.

En fin de compte, c’est pour Emily Damari elle-même que je ressens la plus grande fierté, sans être surpris d’apprendre qu’elle avait volontairement choisi de rester à Gaza pour permettre à Keith Siegel, 65 ans, d’être libéré en premier (il est finalement rentré peu après elle). L’émotion est immense en repensant à son retour en Israël, retrouvant sa mère Mandy et sa compagne Orel. Pour celles et ceux qui savent reconnaître ce genre de détails, Emily Damari (passionnée de football depuis toujours) apparaissait immédiatement et sans équivoque comme queer : sa démarche assurée, un peu bravache, légèrement butch.

Même après des mois avec le Hamas, il était presque difficile de croire qu’Emily Damari restait Emily Damari : ouverte, fière, dès sa première minute hors de captivité. Voilà le courage que les militants de #queersforpalestine n’atteindront jamais, et voilà le courage que je veux afficher moi-même, la prochaine fois que j’hésiterai à tenir la main d’un autre homme dans le métro new-yorkais.

Source : Traduction de l'article de David Christopher Kaufman dans le National Post

La Gay Pride de Paris, récupérée par les couloirs étroits de la politique

La Gay Pride de Paris, récupérée par les couloirs étroits de la politique

Ca y est ! L’affiche officielle de la Marche des Fiertés de Paris 2025, dévoilée hier par l’Inter-LGBT, a déclenché un tollé immédiat, en particulier sur leur page Facebook. Et ce n’est pas sans raison, ni pour sa dimension « provocante » qui dérange — car l’art militant, par essence, bouscule, interroge et c’est tant mieux. Non, ce qui choque ici c’est autre chose : la rupture qu’elle incarne et la trahison symbolique qu’elle opère avec la communauté LGBT+.

Cette affiche ne représente pas du tout un débat sur les LGBT, elle impose une ligne politique. Elle ne donne pas à penser sur les droits des femmes lesbiennes, des hommes gays ou des personnes transgenres, elle désigne un ennemi et ajoute des causes qui ne concernent pas du tout les LGBT. Surtout, surtout... elle ne reflète pas la diversité de nos vécus : elle l’efface carrément au profit d’un récit idéologique.

À mes yeux, cette affiche trahit l’esprit même de ce pour quoi nous avons marché, aimé, milité, perdu, parfois survécu. Ce que la marche des fiertés portait autrefois : un cri d’amour, de liberté, d’universalité, un appel au respect dans toutes les langues et pour tous les corps, n'est plus. Oh, bien sûr j’entends déjà les réactions : « vieille boomer réac », « homo-cis-normée de droite », « lesbienne provinciale ».

Peut-être. Mais ce que je suis n’a pas besoin d’être validée par une posture militante pour être légitime.

Car le problème, ce n’est pas moi, le problème, c’est cette image et les messages qu'elle véhicule.

affiche pride inter lgbt 2025

On y voit un homme blanc caricatural pendu, étranglé par sa cravate dans une mise en scène où se mêlent brassards verts, keffieh, drapeaux palestiniens, gilet écolo, foulard islamique, slogans anticapitalistes, le tout couronné par un message appelant à l’union des « queers de tous les pays contre l’internationale réactionnaire». En somme, un manifeste.

Mais pour quelle cause, exactement ?

Quel est le lien entre cette mise en scène et la réalité de nos luttes ? Où sont les lesbiennes rurales, les seniors LGBT, les jeunes en rupture familiale, les femmes trans harcelées, les réfugiés LGBT fuyant la persécution dans leurs pays ? Où est la communauté dans sa pluralité ?

affiche lgbt homme blanc pendu

Pour rappel, selon les dernières données de l’ILGA (International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association) et d’Amnesty International, l’homosexualité est punie de la peine de mort dans les pays suivants :

  • Iran
  • Arabie Saoudite
  • Yémen
  • Mauritanie
  • Soudan
  • Somalie (notamment dans certaines régions sous contrôle d’Al-Shabab)
  • Afghanistan (depuis le retour des Talibans)
  • Brunei (lois de la charia activées en 2019, application fluctuante)
  • Nigéria (dans 12 États du nord qui appliquent la charia)
  • Émirats Arabes Unis (peine de mort théorique, parfois contournée par des peines de prison ou de flagellation)
  • Irak (zones sous influence de milices où des exécutions extra-judiciaires ont eu lieu)

À vouloir tout fusionner sous un même cri de guerre, on en vient à vider la Pride de sa substance. À faire d’un événement inclusif un outil de polarisation idéologique.

Sur X, la présidente d’Ile-de-France Valérie Pécresse (Les Républicains) a dénoncé une affiche incitant « à la violence avec son cadavre renversé » et annoncé avoir demandé le « retrait » du logo de la région et ne pas verser la subvention. Le Monde

L’Inter-LGBT n’a pas simplement publié une affiche : elle a posé une ligne rouge et nombreux sont celles et ceux, comme moi, qui ne souhaitent plus marcher derrière ce genre de signal.

Une fierté confisquée par un agenda politique

La Pride n’est pas née comme un rassemblement partisan, mais comme un cri de survie. Stonewall, c’était l’insurrection de marginaux, de femmes trans noires, de lesbiennes butch et de jeunes gays rejetés. Mais c’était aussi un appel à l’unité face à la violence, pas un outil de clivage ou de réécriture idéologique. Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est une perte de cette mémoire commune.

Il ne s’agit pas ici d’un débat droite/gauche. Il s’agit d’un débat démocratique.

revendication lfi

Depuis quand faut-il adhérer à une ligne partisane pour pouvoir marcher à la Pride ? Depuis quand faut-il se justifier d’un engagement intersectionnel pour avoir le droit de brandir un drapeau arc-en-ciel ? Depuis quand notre fierté lesbienne, gay, bi, trans, intersexe ou queer dépend-elle d’un manifeste politique centralisé ?

Cette affiche, et plus encore, le refus d’en débattre vu le nombre d'avis censurés et effacés sous le post de l'association, révèle un glissement dangereux : la transformation de la Marche des Fiertés en meeting idéologique. Avec, en arrière-plan, une mainmise de plus en plus visible de certains courants idéologique sur l’organisation et les mots d’ordre à tenir. 

Un danger pour l’unité et la visibilité lesbienne, gay, bi et trans

Nous ne voulons pas d’une marche aseptisée, nous ne voulons pas non plus d’une marche militarisée par des causes qui ne sont pas les nôtres, ou du moins, pas de cette façon.

Nous, lesbiennes de toutes origines, croyantes ou athées, militantes ou discrètes, de gauche ou apolitiques, urbaines ou rurales, refusons d’être associées à un discours qui exclut, qui divise et qui confond colère légitime et mise en scène d’un ennemi absolu.

inter lgbt marche paris 2025

Car ce que cette affiche provoque, au fond, c’est un effet miroir. Elle nous montre ce que nous avons peut-être trop longtemps ignoré : que notre mouvement est en train d’être confisqué, que nos luttes sont absorbées dans un discours globalisant qui ne nous voit plus.

Nous voulons une marche pour toutes et tous

La Pride n’appartient à aucun parti.
La Pride ne parle pas au nom d’une fraction.
La Pride n’est pas un prétexte pour jouer à la guerre froide avec le reste du monde.

Elle est un espace d’amour, de visibilité, de mémoire.

Elle est le droit de marcher sans étiquette.

Le droit d’être simplement soi.

Et c’est ce droit que cette affiche met en péril.

LFI marche fierté paris 2025

Notre appel

Nous appelons à un sursaut.
À une réappropriation de nos fiertés par celles et ceux qui les vivent au quotidien.
À la fin de l’entre-soi militant autoritaire.
Et à la création, si nécessaire, d’une Pride parallèle, apolitique, inclusive, indépendante.

Car ce n’est pas à nous de quitter la marche. C’est aux idéologues de cesser de nous y enfermer.

Seul réconfort, c’est la lucidité collective qui renaît

Le seul réconfort dans tout cela a été de lire les réactions spontanées des abonnés, massivement critiques :

Sur les 284 commentaires publics analysés (au moment où j'ai rédigé cet article) il y avait :

  • 🟥 271 personnes qui se déclaraient défavorables à cette affiche exprimant colère, déception, rejet ou inquiétude.

  • 🟩 7 soutiennent explicitement l'affiche et le message politique de l’Inter-LGBT.

  • ⚪️ 6 restent ambigus, ironiques ou sans position claire.

Autrement dit, moins de 3 % des personnes ayant réagi soutiennent cette représentation de la Pride.

L’association FLAG !, créée par des policiers et fonctionnaires de justice LGBT et associée à l’organisation de la marche, s’est « désolidaris[ée] totalement de cette affiche », dont elle a demandé le « retrait immédiat ». Le Monde

Ce n’est pas un débat théorique : c’est une fracture visible, une fracture que certains continueront de nier ou de mépriser, mais une fracture réelle, ancrée dans le vécu de personnes LGBT qui ne se reconnaissent plus dans ce que leur est imposé comme étant la bonne manière d’être queer.

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Nous voulons pouvoir marcher en tant qu’individus, pas en tant qu’étiquettes.
Parce que nos existences ne sont pas des slogans, et que notre liberté ne se résume pas à des alliances de circonstance favorables aux prochaines élections d'une frange de la gauche qui détruit tout ce qu'elle touche, même elle-même.

Renversement de la critique en agression politique

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« L’Inter-LGBT fait l’objet, depuis deux jours, d’une attaque organisée de la droite et de l’extrême droite… »

Ce genre de formule, en tête de lettre, en dit long. Elle ne cherche pas à apaiser les tensions ni à ouvrir un dialogue : elle disqualifie d’emblée toute contestation en l’associant à un camp politique honni. Or, les critiques formulées depuis la publication de l’affiche de la Marche ne viennent pas de l’extérieur, mais bien du cœur de la communauté LGBT elle-même, des lesbiennes, des gays, des bi, des trans, des personnes non binaires, souvent militantes de longue date, parfois organisatrices d’autres prides, et dans tous les cas profondément engagées.

Les réduire à « la droite » ou à « l’extrême droite » est non seulement faux, mais profondément insultant. C’est une manière de fermer le débat, d’éviter de répondre sur le fond en collant une étiquette infamante à quiconque ose exprimer son malaise ou son désaccord. Une stratégie de disqualification morale vieille comme le monde militant, mais redoutablement efficace pour intimider et isoler celles et ceux qui ne marchent pas au pas.

Refuser cette logique, c’est rappeler qu’on peut être queer, radical·e, engagé·e pour les droits humains et ne pas cautionner cette récupération politique qui fracture au lieu de rassembler.

Mise en scène de la censure inversée

« On observe des contresens grossiers visant à décrédibiliser notre message (…) à censurer toute forme de parole militante et revendicative. »

Cette phrase mérite vraiment qu’on s’y arrête. Car le paradoxe est saisissant : c’est précisément l’Inter-LGBT qui, depuis hier supprime massivement des commentaires, verrouille ses publications, filtre les réactions, et fait taire des voix issues de sa propre communauté.

Des militantes lesbiennes, des personnes trans, des familles, des associations locales ou nationales ont vu leurs critiques disparaître, parfois dans l’heure, sans réponse ni discussion possible. Des centaines de messages ont été effacés. Et dans la même lettre où l’on parle de « censure extérieure », on nie littéralement l’existence de ces voix éteintes.

Inter-LGBT extrême droite

C’est donc une double violence : d’abord on exclut, ensuite on nie l’exclusion.

Parler de liberté d’expression tout en bâillonnant ses propres membres est une contradiction majeure, et un révélateur inquiétant. Quand une organisation censée défendre les droits des personnes LGBT devient sourde à leur pluralité d’opinions, ce n’est plus du militantisme : c’est du contrôle narratif. 

La seule parole militante autorisée devient celle qui valide la ligne officielle. Le reste ? Disqualifié, effacé, ou pire : assimilé à une menace extérieure.

Manipulation des symboles

L’un des points les plus révélateurs du communiqué de l’Inter-LGBT est sans doute cette phrase :

« Le personnage au premier plan n’est pas un cadavre, ni pendu. Il représente l’internationale réactionnaire. »

Cette tentative de désamorçage est presque surréaliste. Car si 98 % des personnes y voient un homme blanc traîné au sol, étranglé par sa cravate, c’est que le message visuel est raté. Et quand il faut trois paragraphes de justification pour expliquer une image supposée évidente, c’est qu’elle ne fonctionne pas. L’art militant peut être provocateur, symbolique, complexe, mais il ne peut pas être hermétique.

derive-militante-extreme-gauche

Surtout lorsqu’il prétend parler au nom de toutes et tous.

En s’abritant derrière une lecture codée, quasi universitaire, l’Inter-LGBT prend ses distances avec le réel. Avec les vécus, les sensibilités, les histoires — notamment celles de personnes ayant connu des violences réelles. Et ce sont ces vécus qui se sont exprimés en masse sous la publication supprimée.

Cette justification — « ce n’est pas un pendu » — ne répare rien. Elle aggrave le malaise, car elle nie la réalité émotionnelle perçue par des centaines de membres de la communauté.

Mise en scène du martyre

« Si ce mot d’ordre et cette affiche font l’objet d’une telle violence, c’est parce que certains préféreraient que l’on se taise. »

Cette posture est typique de ceux qui ne veulent pas entendre les critiques : se poser en victime, pour disqualifier tout désaccord comme une agression.

En brandissant le spectre d’une répression extérieure, l’Inter-LGBT tente de faire passer la contestation interne pour un assaut politique. Ce qui permet d’éviter les vraies questions. Ce qui permet aussi de confondre colère sincère et hostilité réactionnaire, comme si la douleur d’une lesbienne rurale ou la colère d’un homme gay de banlieue face à l’affiche valait moins que le mot d’ordre idéologique central.

inter lgbt victimisation

C’est une inversion totale du réel. Ce n’est pas l’Inter-LGBT qui est bâillonnée, ce sont celles et ceux dont les commentaires ont été effacés, dont les voix ne sont jamais relayées, qui se taisent aujourd’hui, non par choix, mais parce qu’on les a muselés ou menacés de censure.

Et s’ils parlent, on les accuse aussitôt de « faire le jeu de l’extrême droite ».

Voilà comment on fabrique un entre-soi, voilà comment on sabote une communauté.

Découvrez l'intervention de l'autrice iranienne Mona Jafarian

intervention de l'autrice Mona Jafarian

 

"Kill the TERF" - thriller lesbien avec héroïne transgenre : avis, analyse et enjeux

"Kill the TERF" découvrez le roman lesbien et transgenre subversif de Kyrian Malone

Thriller policier, drame judiciaire et romance lesbienne (FxF) : "Kill the TERF" de Kyrian Malone s'appuie sur un titre volontairement frontal pour raconter une enquête new-yorkaise où la violence des actes fait écho à la violence des mots. Derrière le choc, le roman aborde l'identité, la justice et les fractures communautaires, avec un choix rare en français : une inspectrice transgenre au centre de l'histoire, et des tensions affectives qui compliquent tout.

Pourquoi ce titre choque : que veut dire "TERF" et pourquoi "Kill the TERF" fait débat ?

Quand j'ai commencé "Kill the TERF", je m'attendais à un thriller provocateur. Je ne m'attendais pas à être remuée à ce point. Le roman a cette manière d'ouvrir des portes qu'on préfère garder fermées : les raccourcis, les procès d'intention, la haine qui s'enrobe de morale, la façon dont une nuance se fait piétiner dès que la conversation touche au genre, au féminisme, à la communauté LGBT. Là où d'autres textes esquivent, celui-ci avance, quitte à déranger, quitte à faire grincer. Et l'on comprend vite que le titre n'est pas une posture "marketing" : c'est un point d'impact, un déclencheur narratif, un aimant à projections.

TERF est l'acronyme de Trans-Exclusionary Radical Feminist. Dans l'usage courant, il désigne des féministes radicales qui excluent les femmes transgenres de leurs luttes, de leurs espaces, ou de leur définition du mot "femme". C'est un terme lourd, inflammable, qui est parfois utilisé comme description politique et parfois comme insulte. Et c'est précisément ce flou, cette charge, cette facilité à dégainer un mot comme une arme, que le roman met en scène : comment une étiquette devient un verdict, comment une conversation devient un tribunal, comment la colère devient une identité.

Le titre "Kill the TERF" choque parce qu'il associe un vocabulaire violent à un conflit déjà saturé de crispations. Le livre ne demande pas au lecteur d'applaudir un slogan : il le force à regarder ce qui se passe quand le langage se transforme en incendie, quand les camps se figent, quand la nuance se fait massacrer à coups de "tu es avec nous ou contre nous". Dans cette logique, il n'est pas rare que des personnes jugent l'ouvrage sans l'avoir lu, ni même regardé le résumé, comme si un titre suffisait à condamner une œuvre entière. Le roman parle aussi de cette impulsion-là : juger vite, fort, sans lire, sans comprendre, sans répondre.

Kill the terf, commentaire transphobie

Ma première réaction, devant ce type de commentaire, a été très simple : c'est exactement ce que l'autrice décrit et dénonce. Le jugement à l'emporte-pièce, le raccourci, la certitude agressive, le refus de débattre dès que la discussion devient inconfortable. Ce roman a le mérite d'assumer une question que beaucoup évitent : à partir de quand la défense d'une cause, même légitime, devient-elle un prétexte pour déshumaniser l'autre ?

Ce que le roman interroge : la violence des mots, l'isolement et la peur de "mal dire"

L'un des thèmes les plus intéressants de "Kill the TERF" n'est pas seulement la violence physique des crimes - qui est explicite et parfois difficile - mais la mécanique mentale qui précède. Le roman montre comment les mots fabriquent des réalités : ils peuvent protéger, alerter, rassembler, mais aussi humilier, exclure, radicaliser. Le titre, brutal, agit comme une loupe : il grossit le phénomène pour obliger le lecteur à regarder le processus au lieu de regarder seulement sa propre indignation.

L'autrice insiste aussi sur un détail que l'on voit rarement traité sans caricature : l'isolement au sein même d'un groupe. Quand on appartient à une communauté, on peut y trouver des alliées, des repères, une force. On peut aussi s'y heurter à des attentes impossibles, à des normes implicites, à la peur permanente d'être "la mauvaise personne" au moindre mot. Cette tension-là, très contemporaine, traverse le roman et donne du relief à la question centrale : comment rester humaine quand tout pousse à choisir un camp, et que chaque camp exige une pureté absolue ?

Et c'est là que l'angle lesbien prend tout son sens : une romance FxF dans un thriller n'est pas un gadget. Elle change la texture émotionnelle. Elle rappelle que les femmes que l'on voit se déchirer dans les débats publics ne sont pas des concepts, mais des corps, des histoires, des désirs, des blessures, des loyautés. Quand un texte remet la chair au centre, il dérange davantage, parce qu'il empêche de réduire les personnages à des slogans.

Résumé de "Kill the TERF" : un thriller new-yorkais, une enquête et une tension affective

Pour poser clairement le cadre : l'intrigue démarre avec un message glaçant découvert sur plusieurs scènes de crime à New York. Des femmes, âgées de 20 à 50 ans, féministes, activistes et combattantes contre le patriarcat, sont assassinées et mutilées. La signature, répétée, alimente la panique et la polarisation. Le roman suit l'inspectrice Kelli Saunders, première femme transgenre de son unité, épaulée par sa sœur Kate Saunders, agente du FBI. Ensemble, elles s'enfoncent dans un New York plus souterrain que carte postale : un endroit où la peur circule vite, où les alliances se font et se défont, où le moindre symbole devient une étincelle.

La dimension "drame judiciaire" prend de l'ampleur quand apparaît la procureure Jessica Wilder, brillante, énigmatique, et dangereusement difficile à lire. Le roman installe alors une tension supplémentaire : un triangle amoureux qui ne ressemble pas à un simple divertissement, mais à un nœud de loyautés. Ce que les personnages ressentent et ce qu'ils doivent faire ne vont pas dans le même sens. La romance, ici, ne vient pas adoucir le thriller : elle le complique, elle le rend plus instable, plus humain.

Autour d'elles, les médias attisent la peur et la suspicion. Une figure mystérieuse semble orchestrer les atrocités avec une précision troublante. Et plus l'enquête avance, plus la question devient vertigineuse : au-delà de l'horreur, qu'est-ce qui motive cet agenda ? La vengeance ? La "justice" au sens malade du terme ? La volonté de faire tomber des icônes ? Le roman laisse planer cette menace sur quelque chose de plus grand que les victimes : les fondations mêmes de la justice, et la manière dont on décide qui mérite la compassion.

Analyse : ce qui rend le roman efficace (et parfois difficile)

1) Les ressorts du thriller : rythme, révélations et confrontations

Sur le plan du suspense, "Kill the TERF" utilise des éléments solides : retournements de situation, révélations progressives, fausses pistes, scènes de confrontation émotionnelle. Ce n'est pas un roman qui s'excuse d'être un thriller : il veut tenir le lecteur, le secouer, le piéger dans l'urgence. Et c'est aussi ce qui peut mettre mal à l'aise : certaines scènes inspirées d'histoires vraies (ou ressemblant à du réel) ne laissent pas une distance confortable. Le livre avertit : il y a de la violence. Il ne faut pas faire semblant de ne pas entendre cet avertissement.

2) Une héroïne transgenre au premier plan : rareté et tension interne

Le choix de faire de Kelli Saunders une inspectrice transgenre n'est pas une étiquette décorative : c'est une source de tension dramatique constante. Elle doit affronter la brutalité des crimes, mais aussi les frictions dans son environnement, y compris là où l'on attendrait une solidarité automatique. Cette double pression donne une profondeur particulière au récit : l'enquête devient aussi une lutte pour rester debout, pour rester légitime, pour ne pas se dissoudre dans la fatigue et la colère.

3) Identité, justice, rédemption : des thèmes lourds, traités sans anesthésie

Le roman revient sans cesse à la justice - légale et morale. Qui juge ? Sur quels critères ? Avec quelle part de vengeance déguisée ? L'identité est explorée dans ses dimensions personnelles et politiques : comment on se définit, comment on est défini, comment on survit au regard des autres. La rédemption, elle, n'est jamais offerte comme un pardon facile : c'est une question ouverte, parfois cruelle, qui renvoie chaque personnage à ses contradictions.

Et l'angle lesbien renforce encore cette complexité. Dans une romance FxF, on ne peut pas se cacher derrière l'habitude des codes hétéro. Les rapports de pouvoir, la peur, la protection, la jalousie, l'envie, prennent une autre forme. Quand le monde autour se radicalise, aimer devient politique malgré soi. Le roman utilise cette tension pour rappeler une chose simple : au milieu des débats, il y a des femmes qui aiment des femmes, qui essaient juste de vivre, et qui se retrouvent instrumentalisées par des combats dont elles n'ont parfois pas choisi les règles.

Mon avis : un roman qui dérange, mais qui force à penser

Ce livre m'a rappelé à quel point le dialogue et l'empathie manquent dans le décor politique actuel. Et je parle de dialogue au sens réel : écouter, essayer de comprendre, accepter que l'on ne comprenne pas tout, et malgré cela respecter l'autre, respecter ses droits, ne pas chercher à l'écraser. Le message n'est pas sophistiqué. Il est même brutalement simple. Et c'est peut-être pour ça qu'il dérange : parce qu'il refuse l'excuse confortable du "c'est compliqué" quand la violence, elle, ne prend jamais de pause.

Oui, certaines scènes peuvent être difficiles à digérer, surtout celles qui ressemblent trop à des récits issus du réel. Mais elles ont aussi une fonction : empêcher le lecteur de rester à distance. Le roman ne vous laisse pas seulement "consommer" une intrigue. Il vous met face à une question qui revient comme un boomerang : à quoi ressemble notre humanité quand elle est testée par la peur, l'idéologie, la tribu ?

Je lis Kyrian Malone pour être divertie, mais aussi pour ce mélange particulier : l'ombre et la lumière, la violence et la tendresse, la mise à nu des mécanismes sociaux et la présence d'une vraie romance lesbienne qui n'est pas là pour faire joli. "Kill the TERF" ne m'a pas offert une évasion confortable. Il m'a donné une perspective supplémentaire sur des luttes souvent invisibles, et sur les dégâts que l'on cause quand on préfère gagner une dispute plutôt que comprendre un être humain.

FAQ

"Kill the TERF" est-il une apologie de la violence ?

Non. Le titre est volontairement provocateur et sert de déclencheur narratif. Le roman utilise ce choc pour interroger la violence des mots, la radicalisation et les effets destructeurs des slogans quand ils remplacent la pensée.

À qui recommander ce thriller lesbien ?

Aux lectrices qui aiment les thrillers sombres avec une romance FxF, des enjeux de justice et d'identité, et qui acceptent d'être bousculées. En revanche, si vous évitez les récits violents, ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains.

Y a-t-il une romance lesbienne centrale ?

Oui, la romance et la tension affective jouent un rôle important, notamment via un triangle amoureux qui pèse sur les décisions, la loyauté et le rythme de l'enquête.

Qu’est-ce qu’un roman lesbien engagé ?

Un roman lesbien engagé aborde des thématiques sociales, politiques ou identitaires en plaçant des femmes qui aiment des femmes au centre du récit. Il ne se limite pas à la romance : il questionne les rapports de pouvoir, les discriminations, la justice ou la violence systémique, tout en donnant une place réelle aux affects et aux relations entre femmes.

Existe-t-il des thrillers avec des personnages transgenres en français ?

Ils restent très rares dans l’édition francophone. Les romans policiers ou thrillers mettant en scène des personnages transgenres comme protagonistes principaux sont encore peu nombreux, en particulier lorsqu’ils évitent les stéréotypes et inscrivent ces personnages dans des intrigues complexes et crédibles.

Pourquoi les romans LGBTQ+ suscitent-ils autant de polémiques ?

Parce qu’ils touchent à des sujets sensibles liés à l’identité, au genre, au corps et à la représentation. En mettant en lumière des réalités souvent invisibilisées, ces récits confrontent le lecteur à ses propres croyances et peuvent déranger des cadres idéologiques déjà polarisés.

Quelle est la place de la romance lesbienne dans le thriller ?

Dans un thriller, la romance lesbienne permet d’explorer les enjeux émotionnels autrement que par la seule violence ou l’action. Elle introduit de la vulnérabilité, des conflits intimes et des choix affectifs qui influencent directement l’enquête et la trajectoire des personnages.

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Lesbiennes de gauche, lesbiennes de droite, le grand combat !

Lesbiennes de gauche, lesbiennes de droite, le grand combat !

Les élections législatives en France font débat, et deux ennemis jurés s'affrontent pour se faire barrage : le Front Populaire et le Rassemblement National.

Je vous avoue que j'aurai adoré voir Mélenchonet Bardella sur un ring de boxe ou dans une arène bien boueuse. Imaginez un peu, les coups de poing, la boue, les cris, surtout les cris, leurs muscles sales et suintant de mâles alphas... Ça aurait été un spectacle mémorable ! Néanmoins, ce qui ressort est bien plus drôle côté électeurs, et surtout électrices lesbiennes. Bah oui, parce que la politique est un sujet très important pour nous, femmes homosexuelles, qui voulons préserver nos acquis..

Mais voilà, les idées portées par ces messieurs et leur parti vont à l'encontre de nos intérêts puisque le premier soutient des personnes anti-LGBT (et antisémites selon plusieurs médias), et le second, des lois anti-LGBT...  Le parti du premier brille par des scandales à répétition, le second resplendit d'un passé digne des Mangemorts. Leur point commun : les gros titres d'actualités évoquant des violences, des plaintes, des procès ou mises en examens des membres de leur parti...

Regardez un peu ce qui suit...

Accusations de violence contre La France Insoumise (LFI)

  • Affaire Adrien Quatennens : Le député Adrien Quatennens a été accusé et reconnu coupable de violences conjugales envers sa femme, ce qui a provoqué son retrait temporaire du parti​​.

  • Accusations de violences sexuelles contre Taha Bouhafs : Taha Bouhafs, ancien candidat de LFI, a été accusé de violences sexuelles et de harcèlement, poussant le parti à ouvrir une enquête interne​​.

  • Violences et manipulations à Tolbiac : Bouhafs a également été impliqué dans des rumeurs de violences lors de l'évacuation du campus de Tolbiac, bien que les accusations aient été démenties, il a été critiqué pour avoir relayé des témoignages non vérifiés​​.

  • Refus de condamner les attaques du Hamas : LFI a été critiqué pour son refus de condamner les attaques violentes du Hamas contre Israël, une position perçue comme ambiguë et problématique, accusée de masquer une forme d'antisémitisme​​.

  • N'oublions pas Raphaël Arnault, candidat de LFI aux élections législatives de 2024, fiché S en raison de son engagement dans la mouvance antifasciste d'extrême gauche. Porte-parole de la Jeune Garde, mouvement décrit comme violent, sa candidature a suscité de nombreuses controverses au sein de la classe politique.

Accusations de violence contre le Rassemblement National (RN)

  • Racisme et propos discriminatoires : Le député RN Grégoire de Fournas a été exclu de l’Assemblée nationale pendant quinze jours pour des propos racistes. Le RN est également critiqué pour ses positions xénophobes et ses alliances avec des partis européens d'extrême droite​

  • Opposition aux droits des femmes : Le RN s’est abstenu lors de l’adoption de la Convention d’Istanbul sur la prévention de la violence à l’égard des femmes et de la violence domestique. Il s'est aussi opposé à la constitutionnalisation du droit à l’avortement en France​.

  • Affaire du prêt Russe : Le RN a été accusé de collusion avec la Russie via un prêt de plusieurs millions d'euros accordé par une banque russe, soulevant des questions sur l'intégrité du parti et son indépendance vis-à-vis des influences étrangères​.

  • Violences sexistes : Des membres du RN, tels que le député Jocelyn Dessigny, ont tenu des propos sexistes, affirmant par exemple qu'une mère au foyer serait "mieux à la maison à s’occuper des enfants", une déclaration jugée rétrograde et sexiste​​.

  • Affaire Jean-Marc Delepine : Jean-Marc Delepine, élu RN, a été condamné pour violences volontaires après avoir agressé un homme en marge d'une manifestation.

Alors ? Qui gagne le championnat de la violence et pourquoi personne n'évoque ces "anecdotes" des uns ou des autres quand il s'agit de réfléchir et discuter sur le meilleur choix... ou le moins pire ? Au lieu de cela, les insultes fusent et je vois défiler des avis de suppressions du type :

Je fais le ménage dans mes contacts. 

Comprenez :

Si tu ne votes pas comme moi, tu n'es plus mon amie... 

Rien ne réchauffe plus le cœur que de voir des amitiés se briser sur l'autel de la politique. Les réseaux sociaux sont devenus un Colisée moderne, où chacune se bat pour signifier que son opinion est la seule valable.

Tu votes RN ? Adieu !
Tu soutiens LFI ? Traître !

Je me demande comment on peut être persuadée d'avoir à ce point raison sans laisser place aux doutes et donc aux discussions ? Quelle est l'idée ? Voter pour le moins pire ? Si c'est le cas, pourquoi rompre le dialogue avec d'autres individus qui ont peut-être la même idée ou vivent les mêmes détresses ?

J'ai une préférence pour un parti, mais suis-je pour autant sûre - et puis-je affirmer sans l'ombre d'une hésitation- qu'il est celui qui sauvera mon pays ? Et quand je parle de sauver monpays, je ne pense pas à ma petite personne - j'ai quitté la France depuis plus de 15 ans- je parle de sauver les gens que j'aime et qui y vivent, luttent au quotidien contre l'augmentation du coût de la vie, la précarité de l'emploi, le système de santé en crise, les inégalités sociales grandissantes, le manque d'accès à l'éducation de qualité, la montée de l'insécurité, les problèmes de logement, la gestion des migrants, le racisme, l'antisémitisme, la misogynie, et les défis environnementaux. La liste des problèmes sociaux en France est longue comme le bras, et je ne peux m'empêcher de douter qu'un seul parti puisse avoir toutes les réponses à ces défis multiples et interconnectés.

Quoi qu'il en soit, une toute petite poignée de mes contacts évoquent ces sujets, les autres ne font qu'accuser le "camp" adverse de leur extrêmeconnerie...

Les réseaux sociaux sont devenus un jeu de téléréalité où la dernière à ne pas être bloquée gagne... quoi exactement ? A vous de me le dire.

Le plus drôle : les premières accusent les secondes de traiter avec des nazis et les secondes accusent les premières... de traiter avec les nazis.

D'autant que l'argumentaire est toujours le même :

  • RN, ancien FN, accusé d'être fondé par des SS
  • LFI, accusé d'antisémitisme et du soutien aux terroristes du Hamas 

Le hic, c'est que vous trouverez un tas de sources sur google pour vérifier ces propos. Résultat, mieux que Netflix, ces dames ont un abonnement illimité à la chaîne "Godwin" et sortent la carte Hitlerà tout bout de champ, mettant un terme à un quelconque débat. Quiconque traiter de facho est annulé.. mais se venge dans les urnes. Voyez les résultats des européennes. 

J'en ris, mais jaune. Je vous assure que c'est loin d'être drôle.
Il n'y a plus de débat et il suffit de voir le niveau général des représentants politiques pour s'en rendre compte. Plus on avance, plus la violence verbale - ou la violence tout court- prend le dessus. 

Lesbiennes de gauche, lesbiennes de droite, le grand combat !

L'incapacité à dialoguer de manière civilisée et à accepter la diversité des opinions est un problème qui ne fait que s'aggraver. La polarisation politique s'intensifie, et au lieu de chercher des solutions communes, chaque camp se replie sur ses positions, renforçant les divisions et la haine. 

"People who struggle to express their emotions and articulate their thoughts clearly may experience heightened frustration, which can lead to aggressive behavior as a means of coping with their inability to communicate effectively." Source

"Les personnes qui ont du mal à exprimer leurs émotions et à articuler clairement leurs pensées peuvent ressentir une frustration accrue, ce qui peut conduire à des comportements agressifs comme moyen de faire face à leur incapacité à communiquer efficacement." 

Une belle façon de dire que les gens cons sont les plus violents.

Revenons à nos chères électrices lesbiennes 

Noues, qui devrions être unies par la lutte pour nos droits, nous nous déchirons sur des choix politiques, oubliant que notre véritable ennemiest l'intolérance, l'injustice, le patriarcatet leurs représentants de l'extrêmequi veulent nous imposer leurs visions étriquées de ce qu'est une femme ou une femme homosexuelle !

Dans notre quête à préserver nos acquis, nous avons perdu de vue ce qui est vraiment important : la sororité, la solidarité entre femmes et le respect mutuel qui passe par l'écoute et l'empathie, vous savez ? Cette capacité extraordinaire de plus en plus rare qui consiste à se mettre à la place de l'autre, à comprendre pourquoi cette personne à fait tel ou tel choix dans sa vie, sans jugement, sans apriori, sans stigmatisation et sans insulte.

Mais cela exige d'abord de savoir écouter, et c'est aussi une qualité qui se perd avec la montée des egos.

Nous avons d'un côté, des femmes qui clament leur soutien à des valeurs progressistes, oubliant parfois que la tolérance doit s'appliquer à toutes et tous, même à celles qui ne partagent pas leurs convictions. De l'autre, celles qui se sentent marginalisées pour leurs opinions conservatrices, répondant à l'ostracisme par le silence et une rébellion passive dans l'isoloir.

Il serait peut-être temps de se rappeler que la politique n'est pas une guerre de tranchées, mais un espace où le dialogue et la compréhension doivent primer. La diversité des opinions devrait être une richesse, une source de réflexion, de remise en question, d'amélioration, pas un argument de division. Chaque vote est une expression personnelle et unique, née de parcours de vie tout aussi uniques. La Démocratiesemble être devenue un outil pernicieux de la guerre, et j'ai parfois l'impression qu'elle nous tue lentement et permet à la violence de s'insinuer peu à peu dans nos foyer, en son nom !

Au lieu de nous diviser, pourquoi ne pas chercher à comprendre les motivations de l'autre ? Pourquoi cette amie, que vous appréciez tant, a-t-elle voté différemment ? Quels sont ses défis, ses espoirs, ses craintes ?

Surtout, la grande question est la suivante : êtes-vous capable d'écouter et de respecter une personne qui ne partage pas vos opinions ? 

J'aimerai vraiment vous lire. Vos avis en commentaire sont bienvenus.

Et quand nous aurons réussi à nous comprendre, nous mettrons en place un parti lesbianiste pour convertir toutes les femmes françaises à devenir homo et vegan !

Lesbian power

Transgenres et féministes radicales : les divisions qui fâchent

Transgenres et féministes radicales : les divisions qui fâchent

Le monde moderne a vu naître et s'épanouir de nombreux mouvements sociaux luttant pour la reconnaissance, la justice et l'égalité des droits. La communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT)a également connu des avancées significatives grâce à ces luttes. Cependant, au sein même de cette communauté, des débats et des controverses ont émergé, opposant parfois des groupes aux visions divergentes. En tant que femme lesbienne et féministe, je me trouve au cœur de ces discussions, témoignant d'un paysage complexe où s'entremêlent idéologies, identités et revendications.

L'un des sujets les plus sensibles et polarisants concerne les tensions entre les féministes radicales et les personnes transgenres, en particulier au sein de la communauté lesbienne. Ces tensions sont révélatrices des différences de perspectives et des clivages qui traversent le mouvement féministe et la communauté LGBT dans son ensemble. Cet article vise à poser des réflexions sur ces sujets sensibles et à explorer les tensions entre féministes radicales et transgenres au sein de la communauté lesbienne, en examinant leurs origines, leurs enjeux et leurs conséquences.

Lesbianisme, quelle subversivité ?

Par Claudie Lesselier

cc-by-nc-sa Home | Lesbia Magazine
Creative Commons
Lesbia Mag numéro 89 - 1990

Au colloque Paroles d'amour, qui s'est tenu à Grenoble en mars, Claudie Lesselier est intervenue à l'atelier : Quand Éros sort des sentiers battus, avec une communication sur la subversivité lesbienne. Se définir comme lesbienne n'est pas seulement se redéfinir individuellement, c'est aussi affirmer son rapport à la société. De cette affirmation, Claudie dénoue les différents fils d'une réflexion qui analyse les quinze dernières années. 

Interview de Sheila Lapinski, Lesbienne contre l'Apartheid (Lesbia Mag 1990)

Interview de Sheila Lapinski, Lesbienne contre l'Apartheid (Lesbia Mag 1990)
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C. G., B. F. avec la collaboration de Catherine Durand


Creative Commons
Lesbia Mag numéro 87 - 1990

Sheila Lapinsky est membre de l'Organisation of Lesbian and Gay activists (OLGA) et du Congrès national africain (ANC), Lesbia Magazine l'a rencontrée à la conférence de I'ILGA, en juillet, où elle était invitée. Depuis, les massacres dans les townships ont remis en question le processus de paix, faisant, officiellement, plus de huit cents morts et acculant plus de vingt mille personnes dont les habitations ont été détruites à se réfugier notamment dans des églises et des hôpitaux. Le témoignage de Sheila Lapinsky plein d'espoir et de combativité nous resitue la place des lesbiennes et des gais dans la lutte pour la liberté.

Sorcières modernes : accusations, -phobies et nouveaux procès publics

Les sorcières des temps modernes
Photo tirée de la série "Salem"

Les “sorcières des temps modernes” désignent aujourd’hui les personnes publiquement accusées, dénoncées ou condamnées sans procès, au nom de croyances, d’idéologies ou de causes morales.

À l’ère des réseaux sociaux, ces accusations prennent la forme de campagnes de haine, de procès médiatiques et d’étiquettes en -phobie qui peuvent détruire une réputation, une carrière ou une vie sociale, sans passage devant la justice.

Cet article analyse comment ces nouvelles chasses aux sorcières fonctionnent, pourquoi elles se multiplient et en quoi elles menacent la liberté d’expression, la nuance et le débat démocratique.

Ecriture et inclusion de la diversité dans les livres de romance

Depuis quelques années, nous assistons (enfin ?) à l'émergence d'une diversité communautaire dans les romans.

Mais qu'entendons-nous par diversité communautaire?
Au-delà du sigle LGBT+, le mot diversité évoque la pluralité culturelle, cultuelle, physique mais aussi neurologique ! Ces dernières années, surtout après la vague #BlackLivesMatters, ont non seulement vu le développement de notre sigle "LGBTQI2SAA+" (que je trouve personnellement "too much", ce qui fera l'oeuvre d'un autre article) mais aussi la mise en avant artistique de personnes non-hétéro-blanches-cis-genre.