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Qu’est-ce que cela signifie d’être une lesbienne butch ou mascu

Billets d'humeur
(Temps de lecture: 7 - 14 minutes)

Lesbienne butch ou mascu : identité, expression de genre et codes vestimentaires saphiques

Être une lesbienne butch ou mascu, c'est habiter une identité qui dépasse largement la question du vêtement. Cette expression de genre, attestée dans les bars clandestins américains bien avant Stonewall en 1969, articule apparence, posture, ressenti intime et codes communautaires. Loin d'une simple imitation des hommes, l'identité butch s'écrit dans une zone fluide où coexistent force, douceur et refus des assignations.

Sommaire

Lesbienne butch ou mascu : ce que recouvre cette identité ?

Quand j'étais une jeune adulte encore dans le placard, je portais parfois des robes. Pas des tenues ultra-féminines façon robe victorienne, mais des robes tout de même, dans le but de détourner les soupçons sur mon homosexualité. Et étonnamment, ça fonctionnait. Malgré mon corps massif et butch, beaucoup de gens partaient du principe que j'étais hétérosexuelle. À l'époque, c'était exactement ce dont j'avais besoin. Aujourd'hui encore, la distinction entre la mode masculine et féminine reste ancrée dans notre culture. Toute déviation par rapport à cette norme peut entraîner des conséquences allant du harcèlement léger à une hostilité manifeste.

Bien avant Stonewall en 1969, la culture butch/femme était déjà très présente dans les bars clandestins aux États-Unis, calquant d'une certaine manière les rôles de genre hétérosexuels.

Traditionnellement, une lesbienne butch est définie comme une femme dont l'expression de genre (apparence, vêtements et comportement) est plus masculine, tout en s'identifiant toujours comme femme. Mais cette définition est bien trop simpliste. L'identité butch est souvent plus fluide qu'il n'y paraît.

💡 Le saviez-vous ? Le roman Stone Butch Blues de Leslie Feinberg, publié en 1993, est considéré comme l'œuvre fondatrice de la littérature butch contemporaine. Il a reçu le Lambda Literary Award en 1994 et est devenu un texte de référence sur les identités lesbiennes masculines aux États-Unis.

Apparence butch : entre vêtements masculins et perception sociale

J'ai connu de nombreuses lesbiennes qui se considéraient comme femmes, qui portaient des robes mais qui, dans leur comportement, étaient bien plus butch que je ne le serai jamais. Pourtant, il existe encore des gardiens du temple persuadés que l'identité butch se définit uniquement par une apparence et un comportement uniformes. Mais jusqu'à quel point notre apparence extérieure dicte-t-elle notre identité de genre en tant que butch, femme, non-binaire, etc. ?

Dans le film Victor Victoria, une partie de l'humour repose sur une femme qui se fait passer pour un homme se faisant passer pour une femme. En tant que lesbienne butch, je m'habille comme un homme, mais j'ai été poussée à m'habiller comme une femme, pour au final revenir à une tenue masculine. Alors vous pourriez vous demander, en voyant ces images où je porte une robe victorienne des années 1880 : Pourquoi ? Pourquoi moi, une femme qui s'affirme masc, ai-je choisi non seulement d'enfiler cette robe, mais aussi de poser avec ? Avais-je perdu un pari ? Je suis clairement passée au-delà du point où l'on peut me forcer à porter des vêtements féminins.

Mais j'étais curieuse. Porter deux styles vestimentaires totalement opposés allait-il changer ma perception de moi-même ? Allais-je me sentir moins butch, peut-être plus femme ?

L'identité butch s'inscrit dans un continuum d'expressions saphiques où chaque femme construit son propre rapport à la masculinité, à la pudeur et au désir. Pour comprendre une autre déclinaison de cette diversité, la figure de la lesbienne touch-me-not éclaire un autre versant des codes intimes lesbiens.

Histoire des codes butch/femme : de Stonewall à aujourd'hui

D'un point de vue culturel, les vêtements et l'expression de genre peuvent revêtir des significations très différentes. Prenons l'exemple du kilt : une tenue qui, visuellement, s'apparente à une jupe, mais qui, portée par un homme écossais barbu et musclé, est perçue comme virile et imposante. Imaginez Braveheart, Mel Gibson déambulant fièrement dans un kilt dans la rue. Maintenant, imaginez-le dans une robe d'été de créateur. La perception change instantanément.

Avec Victor/Victoria en tête, j'ai trouvé pertinent de choisir, pour cette expérience vestimentaire, quelque chose de plus formel et typique d'une époque où les normes de genre étaient particulièrement rigides. Les robes victoriennes, historiquement luxueuses et élaborées, sont aussi incroyablement contraignantes, presque oppressantes avec leurs corsets serrés et leurs lacets ajustés. Une tenue qui transformait complètement mon apparence. À l'opposé de la robe victorienne se trouvait le smoking, un autre choix classique mais à l'allure beaucoup plus familière pour moi. Porter ces deux styles était loin d'être confortable, mais le smoking ressemblait davantage à ce que je pourrais porter aujourd'hui. La robe, en revanche, me donnait l'impression d'être déguisée. Parce que, soyons honnêtes, c'était un costume. À moins d'être invitée à une soirée Bridgerton en mode femme fatale, les robes de l'époque victorienne ne sont pas vraiment monnaie courante dans la vie de tous les jours.

💬 « Stone Butch Blues a transformé la façon dont une génération de lesbiennes pensait son corps, ses vêtements et son rapport au monde. »

- Leslie Feinberg, Stone Butch Blues, Firebrand Books, 1993

Quand le déguisement devient question politique

Une fois habillée, ce qui a pris un certain temps, j'ai eu l'impression de jouer un rôle, celui d'une Dame de la Maison, m'éventant avec grâce en essayant de me pavaner à travers les jardins (le mot-clé ici étant essayer). Ce qui est intéressant, c'est qu'à l'époque victorienne, les femmes n'avaient en réalité que peu de pouvoir. Pourtant, endosser un rôle aussi ultra-féminin donnait l'illusion d'une forme d'influence subtile, presque politique. Comme si j'incarnais Pénélope dans Bridgerton, manipulant en coulisses pour mieux tirer les ficelles du monde qui m'entourait. Ce pouvoir semblait plus intellectuel, tandis que le smoking, lui, me paraissait fade et banal. Certes, plus raffiné que mes costumes habituels, mais rien qui ne changeait ma manière d'être. Après des années à porter des vêtements masculins, j'étais déjà habituée à la confiance et à l'assurance qu'ils procurent. Je me suis alors demandé s'il existait une corrélation entre l'habit et l'attitude, entre les vêtements masculins traditionnels et une certaine prestance, voire une audace accrue. Imaginez si j'avais choisi une tenue de travailleur de la construction.

Une fois, pour Halloween, je me suis déguisée en Marie-Antoinette, avec une perruque d'un demi-mètre de haut, du maquillage et un crinoline cage qui me rendait l'entrée dans les portes absolument impossible. Tout comme avec la robe victorienne, j'ai ressenti une étrange sensation d'empowerment. Après tout, j'incarnais une reine, me pavanant comme un homme cisgenre blanc aux États-Unis, débordant d'un sentiment d'impunité et d'assurance.

Et puis il y a eu ce moment, des années auparavant, où j'ai dû être demoiselle d'honneur au mariage de ma sœur. J'étais habillée d'une robe en taffetas rose bonbon avec des talons roses de 7 centimètres ! J'ai descendu l'allée en priant pour ne pas me tordre la cheville, ressemblant à une boule de coton géante d'un mètre quatre-vingt. Je n'étais pas seulement limitée par le design même de la robe, mais aussi par ce que notre culture sous-entend tacitement comme un comportement féminin approprié en la portant : être modeste, discrète et docile.

Le cinéma a régulièrement saisi l'identité lesbienne comme territoire politique et intime, parfois sous l'œil des régimes hostiles. Pour prolonger cette réflexion sur visibilité et expression, Blue Jean et son portrait d'une enseignante lesbienne sous Thatcher donne un contre-point cinématographique précieux.

Typologie : butch, femme, soft butch, stone, andro

Les vêtements influencent la façon dont nous nous sentons, à des degrés divers. Que ce soit pour une fête costumée ou dans la vie quotidienne, nous jouons tous des rôles, et notre expression de genre peut fluctuer, parfois de manière extrême. Se déguiser, c'est s'amuser, incarner quelqu'un que nous ne sommes pas. Tant que la société perçoit un costume comme un simple déguisement, il est socialement acceptable d'adopter une apparence ou un comportement différent. Mais si ce n'est pas un déguisement, cela devient soudainement un problème.

Pour clarifier les principaux profils butch et femme circulant dans la communauté lesbienne francophone et anglophone, voici un repère synthétique. Aucun de ces termes ne fonctionne en case fermée : ils décrivent des nuances, pas des frontières.

Profil Caractéristiques principales
Butch Expression de genre majoritairement masculine, identité revendiquée, posture et codes inscrits dans la durée.
Soft butch Codes masculins atténués, parfois mêlés à des éléments féminins, démarche moins frontale que la butch classique.
Stone butch Identité butch associée à un rapport spécifique à la sexualité (donner sans recevoir physiquement). Concept thématisé par Leslie Feinberg dans Stone Butch Blues, 1993.
Femme Expression de genre féminine assumée, attirance pour les femmes, identité lesbienne pleine, souvent invisible socialement.
Andro / androgyne Mélange volontaire et fluide de codes masculins et féminins, refus de trancher.
Mascu (usage francophone) Terme courant pour désigner une lesbienne d'expression masculine, parfois utilisé comme synonyme de butch, parfois comme catégorie distincte selon les contextes.

Pourquoi être butch n'est pas être un homme manqué ?

Notre culture, en particulier, a une vision rigide et étroite de ce qui est considéré comme une expression de genre acceptable pour certaines catégories de personnes. Imaginez un joueur de football américain ultra-macho portant un uniforme de pom-pom girl pour Halloween. Beaucoup trouveraient cela drôle. Mais s'il décidait de porter cette tenue dans sa vie quotidienne, il deviendrait immédiatement une cible, qualifié de tapette, de queer ou de garçon manqué. Tant que c'est un jeu, cela amuse. Mais si c'est une réalité, cela dérange.

Au fil des années, il y a eu des avancées : les vêtements que les gens portent, en particulier les femmes, se sont diversifiés, brisant progressivement les attentes sociétales. Dans ma jeunesse, en tant qu'athlète, j'ai observé une norme vestimentaire imposée aux femmes dans le sport. Le jour des matchs, mes entraîneuses, toutes d'anciennes sportives elles-mêmes, que je n'avais jamais vues autrement qu'en survêtement (imaginez Sue Sylvester dans GLEE, jouée par Jane Lynch), arrivaient en jupe ou en robe. Elles entraient dans le gymnase, marchant d'un pas lourd, l'air forcé de porter ces tenues ultra-féminines. Et à chaque fois, elles ressemblaient simplement à des athlètes à l'apparence masculine, en robe. C'était absurde et inconfortable à voir. Je riais souvent intérieurement en me demandant : « Qui vous oblige à porter ces robes mal ajustées, et pourquoi ? » Assises maladroitement sur le banc, jambes écartées, elles criaient leurs consignes, luttant contre l'incongruité de leur apparence.

Être butch n'est pas nécessairement synonyme de masculinité ou de ce que l'on appelle mascu. Une personne peut adopter une expression de genre masculine sans pour autant s'identifier comme butch. Tout est question de contexte.

Les médias façonnent durablement la perception des identités saphiques, butch comprise. Pour mesurer combien la culture populaire influe sur l'acceptation des lesbiennes, cet examen du rôle des médias dans la construction de l'identité lesbienne remet en perspective les images dominantes.

Butch, femme trans, non-binaire : un terme partagé ?

Beaucoup de lesbiennes butch correspondent à la définition traditionnelle de cette identité : cheveux courts, vêtements masculins, et une sensation de bien-être à s'habiller ainsi, comme si leur apparence extérieure correspondait enfin à leur identité intérieure. Mais d'autres rejettent cette idée qu'une apparence masculine serait un prérequis pour être butch. Il est important de comprendre que ce terme ne se limite pas aux lesbiennes butch : il est aussi utilisé par des femmes trans, des hommes trans, des personnes non-binaires, queer, et même certaines femmes cisgenres.

Pensez aux drag queens. Certaines personnes perdent totalement pied en voyant une drag queen en talons hauts, maquillée, perruque et robe au vent, surtout si elle lit une histoire à des enfants dans une bibliothèque. D'un coup, cela devient un scandale, une question politique, presque une hérésie. Mais cette même personne, habillée en jean et t-shirt, traversera la rue sans susciter la moindre réaction. Enfin, sauf si elle sashay comme il se doit, auquel cas elle attirera sans doute quelques regards. Mais mis à part une gestuelle plus efféminée, c'est la même personne.

Mon identité butch, au-delà de l'apparence

Être butch, ce n'est pas juste une question de vêtements. C'est une posture consciente, un mode de vie, une énergie confiante que je porte en moi. C'est un état d'esprit qui peut fluctuer selon mon humeur, un équilibre entre force et douceur. Mon identité de lesbienne butch ne se définit pas par une imitation des hommes ou de leurs comportements. Elle peut coexister avec des éléments féminins tout en restant profondément enracinée dans une expression que je ressens comme authentique.

Que mon confort se trouve majoritairement dans des vêtements masculins ou, de temps en temps, dans des pièces légèrement plus féminines, mon identité butch ne change pas. C'est quelque chose d'inné, une part de moi qui ne se limite ni aux apparences, ni aux conventions extérieures.

📌 À retenir

Être lesbienne butch ou mascu, c'est habiter une identité de genre saphique fluide, marquée par une expression masculine assumée, une posture intérieure et un héritage communautaire ancien. L'apparence n'est qu'une porte d'entrée : la butch reste lesbienne pleine, ni copie d'un homme, ni stéréotype figé.

Questions fréquentes sur l'identité butch et mascu

Quelle est la différence entre butch et mascu ?

« Butch » désigne historiquement une identité saphique d'expression masculine, héritée des bars lesbiens nord-américains d'avant Stonewall. « Mascu » est le terme francophone le plus courant pour désigner une lesbienne d'expression masculine ; selon les milieux, il est utilisé comme synonyme ou comme catégorie distincte, plus souple et moins ancrée dans une histoire militante précise.

Une butch est-elle forcément lesbienne ?

Non. Si l'identité butch est née dans les communautés lesbiennes, elle est aussi revendiquée par des femmes bisexuelles, queer, des femmes trans, des hommes trans et des personnes non-binaires. Le terme décrit une expression de genre, pas une orientation imposée.

Peut-on être butch et porter parfois des vêtements féminins ?

Oui. L'identité butch ne se réduit pas à un uniforme. Beaucoup de femmes butch portent ponctuellement des pièces féminines (robe, talons, maquillage) sans renoncer à leur identité de fond, qui se joue dans la posture, l'énergie et le rapport intime au corps.

Qu'est-ce qu'une stone butch ?

Le terme stone butch désigne une lesbienne butch dont le rapport à la sexualité passe principalement par le fait de donner du plaisir, sans recevoir directement de stimulation génitale. La notion a été largement thématisée dans le roman Stone Butch Blues de Leslie Feinberg en 1993 et reste discutée dans la littérature lesbienne contemporaine.

Pourquoi certaines lesbiennes ne se reconnaissent ni butch ni femme ?

Les catégories butch et femme structurent une partie de la culture lesbienne, mais elles n'épuisent pas la diversité des expressions de genre. Beaucoup de lesbiennes se définissent comme androgynes, fluides, futch (entre butch et femme) ou refusent simplement toute étiquette. Aucune identité saphique n'est obligatoire pour être lesbienne pleinement.

Comment soutenir une amie qui se découvre butch ou mascu ?

Lui laisser le temps de nommer son identité avec ses propres mots, ne pas plaquer sur elle d'attentes vestimentaires ou comportementales, et accueillir ses questionnements sans en faire un sujet plus lourd qu'il ne l'est pour elle. Lire des textes de référence comme Stone Butch Blues ou des essais saphiques peut aussi nourrir le dialogue.

Le mot butch est-il toujours bien reçu en France ?

L'usage varie. Dans les milieux lesbiens politisés et anglophones, butch est un terme revendiqué et fier. En France, il coexiste avec « mascu » et reste plus discret dans le grand public, parfois mal compris. La meilleure règle reste celle du respect des termes choisis par la personne concernée.

Une butch peut-elle être en couple avec une autre butch ?

Oui, sans aucune contradiction. Le couple butch/butch existe et se voit notamment dans la culture lesbienne contemporaine. La vieille règle implicite « butch avec femme » a été largement remise en cause par les générations actuelles, qui composent leurs couples en fonction du désir, pas des codes hérités.

Sources


Article mis à jour le 29 avril 2026
LM
Article signé
La rédaction de Lesbia Mag
Lesbia Mag s'inscrit dans l'héritage de Lesbia Magazine, revue lesbienne fondée en 1982 et publiée jusqu'en 2012, longtemps considérée comme la plus importante publication lesbienne francophone. Notre équipe éditoriale prolonge aujourd'hui ce travail d'information, de critique culturelle et de visibilité, avec la même exigence : couvrir la culture, le cinéma, les séries et l'actualité lesbiennes à destination d'un lectorat francophone.
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