Thaïlande : un an de mariage égalitaire, les couples lesbiens en tête des unions célébrées

Le 23 janvier 2026, la Thaïlande a fêté la première année d'application de sa loi d'égalité matrimoniale. Devenue le premier pays d'Asie du Sud-Est à reconnaître juridiquement les couples de même sexe, elle a vu plus de 26 000 mariages célébrés en douze mois. La donnée la plus marquante reste massive : 76 % de ces unions concernent des couples lesbiens. Une révolution silencieuse menée par les femmes.
Sommaire
- Une loi entrée en vigueur le 22 janvier 2025
- Trois territoires asiatiques précédents : Taïwan, Népal, Australie
- 76 % de couples lesbiens : une donnée qui interroge
- Anticha et Vorawan, visages du mouvement
- Quels droits ouvrent désormais les couples lesbiens thaïlandais ?
- Une étape, pas une fin de parcours
- Un argument touristique massif
- Les angles morts du dispositif
- Une mobilisation associative de longue haleine
- Le sillage des séries girl love thaïlandaises
- Quelles leçons pour le débat européen ?
- Réactions des organisations internationales
- Questions fréquentes sur le mariage égalitaire en Thaïlande
- Quand la loi sur le mariage égalitaire est-elle entrée en vigueur en Thaïlande ?
- Combien de couples se sont mariés au cours de la première année ?
- Pourquoi 76 % des mariages homosexuels sont-ils des unions lesbiennes ?
- Un mariage thaïlandais entre deux femmes est-il reconnu en France ?
- Les couples lesbiens thaïlandais peuvent-ils adopter ?
- La Thaïlande est-elle le premier pays asiatique à reconnaître le mariage entre personnes de même sexe ?
Une loi entrée en vigueur le 22 janvier 2025
La loi sur l'égalité matrimoniale thaïlandaise a été promulguée le 24 septembre 2024 par le roi Maha Vajiralongkorn et est entrée en vigueur cent vingt jours plus tard, le 22 janvier 2025. Le texte modifie le Code civil et commercial pour remplacer les termes « mari » et « femme » par « époux » et « personne mariée », créant un cadre matrimonial neutre quant au genre. Il porte également l'âge minimum du mariage de 17 à 18 ans, alignant la Thaïlande sur les standards internationaux relatifs aux droits de l'enfant.
Dès le premier jour d'application, 1 832 couples se sont mariés dans tout le pays. Bangkok a organisé une cérémonie collective au centre commercial Paragon, avec une centaine de couples unis simultanément. La date du 22 janvier 2025 a été présentée par le gouvernement thaïlandais comme une fierté nationale et reprise par les voyagistes comme un argument de positionnement régional.
Trois territoires asiatiques précédents : Taïwan, Népal, Australie
La Thaïlande devient ainsi le troisième territoire asiatique à reconnaître pleinement le mariage entre personnes de même sexe, après Taïwan (mai 2019) et le Népal (juin 2023). L'Australie, classée parfois dans la zone Asie-Pacifique, l'a précédée en décembre 2017. Mais la Thaïlande est le premier pays d'Asie du Sud-Est et le premier pays à majorité bouddhiste à franchir le pas par voie législative.
L'enjeu géopolitique est considérable. Bangkok devient une référence régionale pour la Malaisie, l'Indonésie, les Philippines, le Vietnam, où les législations restent très restrictives. Les associations LGBTQ+ d'Asie du Sud-Est saluent un précédent qui légitime leurs propres revendications nationales et affaiblit l'argument culturel selon lequel l'égalité matrimoniale serait une « importation occidentale ».
76 % de couples lesbiens : une donnée qui interroge
La donnée la plus frappante des bilans annuels publiés par les Nations unies en Thaïlande concerne la répartition par genre. Sur les 26 287 mariages entre personnes de même sexe enregistrés au cours de la première année, environ 76 % concernent des couples lesbiens, soit près de 19 978 unions féminines. Les couples masculins représentent moins d'un quart du total. Une asymétrie significative, qui contredit certaines attentes médiatiques avant la promulgation de la loi.
Plusieurs hypothèses circulent pour expliquer cette prévalence féminine. La culture thaïlandaise reconnaît de longue date les couples « tom-dee », formés d'une partenaire à la présentation plus masculine (tom) et d'une partenaire à la présentation plus féminine (dee), avec une visibilité sociale relativement intégrée. Cette familiarité culturelle pourrait avoir préparé l'opinion à accueillir favorablement les unions féminines. Du côté masculin, les pratiques de cohabitation discrète semblent moins immédiatement converties en demandes de reconnaissance institutionnelle.
| Indicateur | Donnée 12 mois | Source |
|---|---|---|
| Mariages homosexuels enregistrés | 26 287 | UN Thailand, 2026 |
| Part de couples lesbiens | 76 % | UN Thailand, 2026 |
| Couples lesbiens mariés (estimation) | 19 978 | Calcul à partir des données UN |
| Couples mariés le premier jour | 1 832 | Gouvernement thaïlandais, janvier 2025 |
| Part des mariages homosexuels sur l'ensemble | environ 10 % | UN Thailand, 2026 |
| Personnes LGBTI estimées en Thaïlande | 1,6 million | UNDP, 2026 |
Anticha et Vorawan, visages du mouvement
Parmi les milliers de couples lesbiens unis depuis janvier 2025, certaines histoires personnelles ont nourri le récit national. Anticha « An » Sangchai, enseignante universitaire, et Vorawan « Beaut » Ramwan, infirmière, attendaient depuis plus de quatre ans la promulgation de la loi avant de pouvoir formaliser leur union. En 2022, elles avaient déjà défilé en robes de mariées lors d'une marche des fiertés à Bangkok, sans valeur juridique. Elles ont été parmi les premières à enregistrer leur mariage le 22 janvier 2025.
Leur trajectoire a été abondamment couverte par la presse internationale, notamment par Reuters, Al Jazeera et NBC News. Elle illustre un schéma fréquent : des couples engagés depuis longtemps, qui avaient renoncé à attendre la reconnaissance institutionnelle, et qui ont saisi très vite l'opportunité ouverte par la loi. Pour beaucoup d'entre elles, l'enjeu n'était pas la cérémonie en soi, mais la sécurité juridique en matière de soins, de succession, de représentation médicale.
Quels droits ouvrent désormais les couples lesbiens thaïlandais ?
L'égalité matrimoniale thaïlandaise est complète sur le plan civil. Les couples mariés disposent des mêmes droits que les couples hétérosexuels en matière successorale, médicale, parentale et fiscale. Concrètement, cela signifie :
- Droit successoral du conjoint survivant en l'absence de testament, sans contestation possible par la famille biologique.
- Représentation médicale automatique, avec capacité à décider d'une intervention pour un partenaire inconscient.
- Droit à l'adoption conjointe, pour les couples souhaitant fonder une famille.
- Imposition commune et parts fiscales conjointes selon le régime matrimonial choisi.
- Pension de réversion en cas de décès d'un partenaire affilié à un régime de retraite.
- Visa familial et regroupement familial pour les conjointes étrangères, sous conditions standard.
Une étape, pas une fin de parcours
Le rapport publié le 14 février 2026 par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en Thaïlande, signé par Niamh Collier-Smith, représentante résidente, prévient toutefois contre l'idée d'une équation entre égalité juridique et égalité vécue. Plusieurs lacunes subsistent. La reconnaissance légale du genre pour les personnes transgenres n'est pas encore acquise. Les protections anti-discrimination dans l'emploi et l'éducation restent partielles. Les enquêtes du PNUD montrent que la moitié des personnes LGBTI interrogées ont déclaré subir des discriminations au sein de leur famille.
L'étude « Tolerance but Not Inclusion », bien que publiée plusieurs années avant la loi, conserve sa pertinence. Elle rappelle que 41 % des élèves LGBTI et 61 % des femmes transgenres déclarent avoir vécu des discriminations à l'école. Quarante-deux pour cent disent avoir « simulé l'hétérosexualité » pour gagner en acceptation. Le PNUD plaide pour un suivi longitudinal de l'évolution de ces données après la loi de 2025.
Un argument touristique massif
Au-delà du droit, l'égalité matrimoniale est devenue un argument économique. Une étude commandée par la plateforme Agoda, citée par le PNUD, estime que la loi pourrait attirer jusqu'à 4 millions de visiteurs internationaux supplémentaires par an, générant environ 2 milliards de dollars de revenus touristiques annuels, soit près de 62 milliards de bahts. Bangkok, Phuket, Chiang Mai et Pattaya ont vu apparaître des offres de mariages destination spécifiquement orientées vers les couples LGBTQ+ étrangers.
Plusieurs voyagistes francophones, notamment québécois et belges, ont intégré la Thaïlande dans leurs catalogues de mariages internationaux. Pour les couples lesbiens français, la possibilité d'organiser une cérémonie symbolique à Bangkok ou à Krabi, juridiquement valable, devient une option. Le mariage célébré en Thaïlande est reconnu en France après transcription auprès du consulat compétent, dans les conditions prévues pour les mariages internationaux.
Les angles morts du dispositif
Plusieurs angles morts demeurent dans le dispositif thaïlandais. La loi ne reconnaît pas explicitement la parentalité biologique du second parent dans les cas de procréation médicalement assistée, même au sein d'un couple lesbien marié. La filiation se construit donc soit par adoption après la naissance, soit par déclaration administrative à organiser au cas par cas. Les couples lesbiennes ayant un enfant doivent rester vigilantes sur la sécurisation juridique du lien entre le second parent et l'enfant.
La loi ne crée pas non plus d'obligation de formation des personnels d'état civil à l'accueil non discriminatoire. Plusieurs témoignages remontés aux associations thaïlandaises font état de retards administratifs ou de remarques déplacées dans certaines provinces. Le Bureau de l'égalité des genres a publié en novembre 2025 un guide à destination des fonctionnaires, dont l'application reste inégale selon les régions.
Une mobilisation associative de longue haleine
L'égalité matrimoniale n'est pas tombée du ciel. Elle est l'aboutissement de deux décennies de mobilisation associative menée notamment par le réseau Naruemit Pride, l'association Anjaree, ainsi que des juristes féministes engagées de longue date. Le mouvement avait essuyé plusieurs revers parlementaires avant 2024, sous différents gouvernements. La fenêtre politique s'est ouverte avec la coalition gouvernementale dirigée par le Premier ministre Srettha Thavisin, qui avait pris l'engagement explicite de soutenir le projet.
Plusieurs personnalités publiques lesbiennes ont prêté leur visibilité à la cause. La chanteuse et productrice Shune Suay, l'écrivaine queer Suchada Kongthip et plusieurs actrices du cinéma indépendant ont multiplié les apparitions publiques, témoignages et tribunes pour soutenir la loi. La culture populaire thaïlandaise, particulièrement les séries girl love (GL), a contribué à normaliser les représentations sapphiques auprès du grand public asiatique et international.
Le sillage des séries girl love thaïlandaises
L'industrie audiovisuelle thaïlandaise s'est positionnée depuis le début des années 2020 comme l'un des principaux producteurs mondiaux de séries girl love (GL), équivalent saphique des séries boys love (BL). Des productions comme Blank: The Series, 23.5, The Loyal Pin ou Pluto ont conquis un public international, particulièrement asiatique et latino-américain. Cette industrie culturelle a accompagné, parfois précédé, l'évolution juridique. Elle a notamment popularisé la série lesbienne thaïlandaise Blank, devenue un référentiel de la culture WLW asiatique.
L'effet n'est pas anecdotique. Les diffuseurs internationaux comme iQIYI, WeTV ou Viki ont multiplié les acquisitions de séries thaïlandaises GL depuis 2023. Pour la culture lesbienne francophone, ces productions offrent un horizon esthétique et narratif différent du cinéma européen ou américain, en croissance régulière sur les plateformes accessibles en France, en Belgique et au Québec.
Quelles leçons pour le débat européen ?
Le bilan thaïlandais nourrit indirectement plusieurs débats européens. La donnée des 76 % de couples lesbiens parmi les unions célébrées correspond à des observations partielles déjà documentées en Europe. En France, les statistiques publiées par l'INSEE depuis 2014 montrent une majorité féminine parmi les mariages homosexuels célébrés annuellement, oscillant selon les années entre 53 % et 58 %. La proportion thaïlandaise, beaucoup plus élevée, mériterait des études comparées approfondies pour comprendre les spécificités culturelles de chaque pays.
Les dynamiques culturelles « tom-dee » thaïlandaises, qui valorisent une présentation publique du couple lesbien, semblent différer des dynamiques européennes où la visibilité reste plus contrastée selon les milieux. Cette comparaison, jamais réalisée à grande échelle, pourrait éclairer les politiques publiques européennes. Pour la Semaine des Visibilités Lesbiennes 2026, le bilan thaïlandais constitue un signal fort : la visibilité institutionnelle alimente la visibilité sociale, et inversement.
Réactions des organisations internationales
Le PNUD a salué « un cadre juridique clair, complet et symboliquement puissant ». ILGA World qualifie la loi thaïlandaise de « jalon historique pour l'Asie ». Human Rights Watch souligne que la Thaïlande rejoint « le club restreint des États dans lesquels les couples de même sexe disposent d'un statut civil pleinement équivalent ». Côté francophone, l'Inter-LGBT et SOS homophobie ont publié des communiqués saluant la portée régionale de la décision et appelant à l'extension du modèle à d'autres pays d'Asie du Sud-Est.
Du côté diplomatique, la France, la Belgique et le Canada ont chacun publié des communiqués officiels saluant la loi thaïlandaise. Plusieurs ambassades ont organisé des cérémonies symboliques de fierté en janvier 2025 et en janvier 2026 à l'occasion du premier anniversaire. Bangkok est désormais l'un des points de référence des dialogues bilatéraux sur les droits humains menés par les pays du Conseil de l'Europe avec leurs partenaires asiatiques.
Questions fréquentes sur le mariage égalitaire en Thaïlande
Quand la loi sur le mariage égalitaire est-elle entrée en vigueur en Thaïlande ?
La loi est entrée en vigueur le 22 janvier 2025, cent vingt jours après sa promulgation par le roi Maha Vajiralongkorn le 24 septembre 2024.
Combien de couples se sont mariés au cours de la première année ?
26 287 couples de même sexe se sont mariés en Thaïlande au cours de la première année, soit environ 10 % de l'ensemble des mariages célébrés sur la période, selon le bilan du PNUD publié en février 2026.
Pourquoi 76 % des mariages homosexuels sont-ils des unions lesbiennes ?
Les hypothèses incluent la familiarité culturelle thaïlandaise avec les couples lesbiens « tom-dee », une demande institutionnelle plus forte du côté féminin et l'attractivité de la sécurité juridique pour les questions de soins, de succession et de filiation.
Un mariage thaïlandais entre deux femmes est-il reconnu en France ?
Oui, après transcription auprès du consulat français compétent, dans les conditions prévues pour les mariages internationaux. Le mariage produit alors les mêmes effets juridiques qu'un mariage célébré en France.
Les couples lesbiens thaïlandais peuvent-ils adopter ?
Oui, la loi reconnaît le droit à l'adoption conjointe pour les couples mariés, sans distinction de genre. Toutefois, la filiation issue d'une procréation médicalement assistée n'est pas encore reconnue automatiquement et nécessite des démarches au cas par cas.
La Thaïlande est-elle le premier pays asiatique à reconnaître le mariage entre personnes de même sexe ?
Non. Taïwan a reconnu le mariage en mai 2019, le Népal en juin 2023. La Thaïlande est le premier pays d'Asie du Sud-Est et le premier pays à majorité bouddhiste.
Sources
United Nations Thailand - One year of marriage equality (février 2026)
UNDP Thailand - Marriage Equality: A Huge Step, But the Journey Continues
Wikipedia - Same-sex marriage in Thailand
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