L'Italie interdit les symboles neutres et non binaires dans les écoles publiques : un recul pour l'inclusivité

En mars 2025, le ministère italien de l’Éducation et du Mérite a diffusé une circulaire demandant aux établissements scolaires de ne plus employer, dans leurs communications officielles, des signes comme l’astérisque (*) ou le schwa (ə), parfois utilisés dans une logique de langage inclusif. Présentée par le gouvernement de Giorgia Meloni comme une mesure de clarté linguistique et de conformité aux règles de l’italien, cette décision a immédiatement ravivé le débat sur l’inclusivité, la représentation des identités non binaires et la place des questions de genre à l’école. Dans un pays où les questions LGBTQ+ restent fortement politisées, cette orientation dépasse largement le simple cadre grammatical.
Sommaire
- Que dit exactement la circulaire italienne sur les symboles neutres à l’école ?
- Quels symboles sont visés par la mesure en Italie ?
- Pourquoi le gouvernement Meloni a-t-il décidé d’écarter le schwa et l’astérisque ?
- Le rôle de l’Accademia della Crusca dans le débat sur le langage inclusif
- Quelles conséquences pour les écoles publiques italiennes ?
- Quel impact pour les élèves non binaires, trans et queer en Italie ?
- Perspective lesbienne : pourquoi cette interdiction dépasse la seule question non binaire
- Réactions en Italie et à l’international face à l’interdiction
- Cette circulaire s’inscrit-elle dans une politique plus large sur le genre à l’école ?
- Comparaison avec la France, l’Espagne et d’autres pays européens
- FAQ : interdiction des symboles neutres et non binaires dans les écoles italiennes
- Quels symboles sont interdits dans les communications officielles des écoles italiennes ?
- Depuis quand cette mesure est-elle en vigueur ?
- Est-ce une simple recommandation ou une véritable interdiction ?
- Pourquoi le gouvernement italien justifie-t-il cette décision ?
- Quel impact pour les élèves LGBTQ+ ?
- Cette affaire concerne-t-elle seulement la langue ?
Que dit exactement la circulaire italienne sur les symboles neutres à l’école ?
Le 21 mars 2025, le ministère de l’Éducation et du Mérite a publié la note officielle n° 1784 afin de préciser sa position sur l’usage de l’astérisque et du schwa dans les communications des institutions scolaires. Le texte demande aux écoles de s’en tenir aux règles de la langue italienne et d’éviter l’emploi de signes graphiques jugés non conformes dans la communication institutionnelle. Dans les faits, cette instruction vise les formulaires, courriers, communications internes et documents administratifs produits par les établissements publics.
Le gouvernement justifie cette orientation par un argument de lisibilité, d’uniformité et de respect des normes linguistiques. L’exécutif considère que ces signes brouillent la lecture et ne relèvent pas de l’italien standard. Reuters a rapporté la mesure comme une interdiction des symboles de neutralisation du genre dans les écoles, tandis que la communication officielle du ministère parle plus précisément d’une recommandation claire adressée aux établissements pour ne pas les employer dans les communications officielles.
Quels symboles sont visés par la mesure en Italie ?
Les deux signes principalement visés sont l’astérisque et le schwa. L’astérisque est parfois utilisé pour neutraliser la terminaison genrée d’un mot, par exemple dans des formes comme tutt*. Le schwa, noté ə, est quant à lui proposé par certains militants, universitaires ou collectifs comme solution graphique pour contourner l’opposition stricte entre masculin et féminin dans une langue très genrée.
Ces usages restent minoritaires en Italie, surtout dans les documents institutionnels. Ils se sont toutefois diffusés dans certains milieux militants, universitaires, associatifs ou culturels, où ils sont défendus comme des outils de visibilité pour les personnes non binaires et, plus largement, pour une écriture jugée plus inclusive.
Pourquoi le gouvernement Meloni a-t-il décidé d’écarter le schwa et l’astérisque ?
La position du gouvernement s’inscrit dans une ligne politique plus large, attachée aux références traditionnelles en matière de langue, de famille et d’identité. Le ministère soutient que la communication scolaire doit rester claire, compréhensible et conforme aux règles grammaticales italiennes. Giuseppe Valditara, ministre de l’Éducation et du Mérite, s’est inscrit dans cette logique en défendant un cadre linguistique normatif pour les institutions publiques.
Cette décision ne surgit pas dans le vide. Depuis plusieurs années, la droite italienne critique ce qu’elle présente comme des dérives idéologiques liées au langage inclusif et aux débats sur le genre. Le gouvernement de Giorgia Meloni, au pouvoir depuis octobre 2022, s’est régulièrement positionné en défenseur des valeurs traditionnelles, y compris dans le domaine éducatif.
Le rôle de l’Accademia della Crusca dans le débat sur le langage inclusif
La décision du ministère s’appuie aussi sur un contexte linguistique déjà défavorable à ces innovations. En 2023, l’Accademia della Crusca, institution de référence pour l’étude et la préservation de la langue italienne, avait déjà exprimé des réserves sur l’usage institutionnel de symboles comme le schwa et l’astérisque. Elle estimait que ces formes ne correspondaient pas aux règles grammaticales de l’italien standard et ne devaient pas être utilisées dans les documents officiels.
Autrement dit, la circulaire de 2025 n’invente pas le débat, elle le transforme en consigne administrative dans le cadre scolaire. C’est précisément ce passage d’une discussion linguistique à une directive publique qui a provoqué la crispation d’une partie des associations et des militants LGBTQ+.
Quelles conséquences pour les écoles publiques italiennes ?
Concrètement, les établissements scolaires publics sont invités à bannir ces signes de leurs communications officielles. Cela concerne les notes administratives, les courriers adressés aux familles, les formulaires, les circulaires internes et, plus largement, tout support relevant de la communication institutionnelle de l’école.
La portée de la mesure doit cependant être décrite avec précision : les sources consultées confirment une consigne ministérielle pour les communications officielles des écoles, mais je ne peux pas confirmer l’existence publique de sanctions détaillées et explicitement codifiées dans la note elle-même pour chaque enseignant ou établissement. Il est donc plus exact de parler d’une directive administrative à appliquer que d’un régime disciplinaire précisément documenté dans le texte diffusé au public.
Quel impact pour les élèves non binaires, trans et queer en Italie ?
Pour les associations LGBTQ+, la question n’est pas seulement grammaticale. Le refus de toute forme de neutralisation du genre dans les documents scolaires est perçu comme un signal politique adressé aux jeunes qui ne se reconnaissent pas dans les catégories traditionnelles. Dans un environnement scolaire où le langage participe à la reconnaissance symbolique, l’effacement de ces marqueurs est interprété comme une forme d’exclusion institutionnelle.
Des organisations de défense des droits LGBTQ+ ont dénoncé une mesure qui renforce la norme binaire au lieu de prendre acte de la diversité des vécus. Pour les élèves non binaires ou trans, l’école risque ainsi d’apparaître encore davantage comme un espace où la langue officielle ne leur laisse aucune place visible dans la communication administrative.
Perspective lesbienne : pourquoi cette interdiction dépasse la seule question non binaire
Dans une perspective lesbienne, cette affaire ne concerne pas uniquement les personnes non binaires. Elle touche plus largement aux rapports entre langage, pouvoir et visibilité des femmes qui ne se conforment pas aux normes dominantes. Chaque fois que l’espace public impose une neutralité de façade qui reconduit en réalité le masculin générique ou le binarisme classique, il rappelle aussi qui a le droit d’être nommé, reconnu et représenté.
Pour de nombreuses lesbiennes, en particulier celles qui interrogent les normes de féminité ou les rôles sociaux imposés aux femmes, le débat sur la langue inclusive ne relève pas d’un simple code militant. Il révèle une lutte plus ancienne sur la manière dont les institutions définissent le réel. Refuser certaines formes linguistiques peut apparaître, pour une partie du mouvement queer et féministe, comme une façon de refermer l’espace des possibles autour d’un ordre social plus rigide.
Il faut toutefois distinguer clairement les faits de l’interprétation : les sources confirment la directive ministérielle et les critiques d’associations, mais l’analyse de ses effets sur la visibilité lesbienne relève d’une lecture politique et culturelle, pas d’une conséquence juridique explicitement formulée par l’État italien.
Réactions en Italie et à l’international face à l’interdiction
La décision a suscité de vives réactions chez les défenseurs des droits humains, les associations LGBTQ+ et une partie des milieux universitaires. Reuters a souligné que cette mesure s’inscrivait dans un nouveau choc culturel entre le gouvernement de droite et les mouvements féministes ou queer. Sur les réseaux sociaux et dans la presse, les critiques ont présenté cette consigne comme un nouveau symbole du durcissement idéologique de l’exécutif italien sur les questions de genre.
À l’inverse, les soutiens de la mesure y voient une protection du patrimoine linguistique italien et un refus de transformer l’école en terrain d’expérimentation idéologique. Cette fracture illustre l’ampleur du clivage actuel en Europe autour du langage inclusif : pour les uns, il s’agit d’un outil de reconnaissance ; pour les autres, d’une altération artificielle de la langue commune.
Cette circulaire s’inscrit-elle dans une politique plus large sur le genre à l’école ?
Oui, le débat s’insère dans un climat politique plus vaste. Fin 2025, plusieurs médias internationaux ont rapporté les controverses autour d’un projet de loi italien sur l’éducation sexuelle, soutenu par la majorité, qui prévoyait notamment un consentement écrit des parents et une ligne politique très marquée contre ce que certains responsables du gouvernement qualifiaient de “théorie du genre”. Cela montre que la question des symboles linguistiques n’est pas isolée : elle s’inscrit dans une vision plus générale du rôle de l’école, de la famille et des identités de genre.
Je ne peux pas confirmer que toutes les mesures évoquées publiquement à cette période aient déjà été définitivement adoptées sous une forme identique à ce qui avait été annoncé dans le débat médiatique. En revanche, je peux confirmer qu’il existait bien, à la fin de 2025, un contexte politique italien de forte tension autour de l’éducation au genre et à la sexualité.
Comparaison avec la France, l’Espagne et d’autres pays européens
L’Italie n’est pas le seul pays européen où le langage inclusif provoque des affrontements politiques, mais sa position apparaît plus restrictive dans le cadre scolaire public. En France, l’écriture inclusive fait l’objet de débats récurrents et de limitations dans certains contextes administratifs ou éducatifs, sans qu’il existe un consensus stable sur son usage. En Espagne, les usages inclusifs rencontrent aussi des résistances, mais le débat public y est souvent plus ouvert dans certains espaces militants et académiques.
L’intérêt du cas italien tient au fait qu’il combine une intervention directe du ministère, un appui implicite sur une autorité linguistique reconnue et une forte dimension idéologique liée au gouvernement Meloni. Cela en fait un exemple particulièrement parlant de la manière dont la langue devient un terrain politique à part entière.
FAQ : interdiction des symboles neutres et non binaires dans les écoles italiennes
Quels symboles sont interdits dans les communications officielles des écoles italiennes ?
Les symboles explicitement visés sont surtout l’astérisque (*) et le schwa (ə), utilisés dans certaines formes de langage inclusif pour neutraliser le genre.
Depuis quand cette mesure est-elle en vigueur ?
La note ministérielle a été publiée le 21 mars 2025 par le ministère italien de l’Éducation et du Mérite.
Est-ce une simple recommandation ou une véritable interdiction ?
Le texte officiel parle d’une consigne adressée aux écoles pour ne pas utiliser ces symboles dans les communications officielles. Dans les médias, la mesure a été largement présentée comme une interdiction. Les deux formulations renvoient au même effet pratique dans le cadre institutionnel scolaire.
Pourquoi le gouvernement italien justifie-t-il cette décision ?
L’exécutif invoque la clarté des communications, le respect des règles grammaticales italiennes et la volonté d’éviter des formes jugées non conformes à l’italien standard.
Quel impact pour les élèves LGBTQ+ ?
Les associations estiment que cette orientation accroît l’invisibilisation des jeunes non binaires et trans et réduit la portée symbolique d’une école inclusive.
Cette affaire concerne-t-elle seulement la langue ?
Non. Elle touche aussi à la représentation des identités de genre, à la place des minorités dans l’espace scolaire et à l’orientation politique plus générale du gouvernement sur les questions sociétales.
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