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| Audrey | Actualités lesbiennes

Gen Z lesbienne ou bisexuelle : ce que dit la plus grande étude jamais menée sur l’identité saphique

(Temps de lecture: 6 - 11 minutes)

Jeunes femmes Gen Z lesbiennes et bisexuelles, étude internationale identité saphique 2026

Une étude inédite, fondée sur 913 253 utilisatrices de l’application saphique Zoe dans 122 pays, redessine la carte des identités lesbiennes et bisexuelles. Chez la Gen Z, 45 % se déclarent bisexuelles, 42,2 % lesbiennes. Loin de signer la disparition des lesbiennes, les chiffres révèlent une recomposition profonde, alimentée par la fluidité, la sécurité ressentie et un rapport au coming out qui change. Décryptage.

Sommaire

L’étude qui change la donne sur l’identité saphique

Pendant plus de deux ans, des chercheurs et chercheuses de l’Université de Manchester ont analysé les données déclaratives de 913 253 utilisatrices de Zoe, application de rencontre dédiée aux femmes lesbiennes, bisexuelles et queer. La période couverte va de janvier 2023 à mai 2025, et l’échantillon embrasse 122 pays. Ce volume fait de cette enquête la plus vaste jamais conduite sur l’identité saphique contemporaine.

Les résultats, rendus publics fin 2025, ont fait l’objet d’une couverture appuyée dans PinkNews, The Advocate et plusieurs revues académiques. Ils tranchent avec une partie des récits journalistiques qui annonçaient régulièrement, depuis cinq ans, "la mort des lesbiennes" au profit de l’étiquette bisexuelle. La réalité, plus nuancée, mérite d’être lue avec attention.

Pourquoi ce chiffre compte ?

Les statistiques sur la sexualité féminine restent rares, partielles, biaisées par les modes de collecte et les contextes culturels. Les enquêtes Gallup aux États-Unis, l’Insee en France, l’Office for National Statistics au Royaume-Uni se confrontent à une déclaration variable selon les générations, les milieux et la période. Une cohorte massive issue d’une application dédiée offre un autre angle. Elle capte des personnes qui se rendent sur une plateforme saphique, donc qui s’assument suffisamment pour s’y inscrire.

Les chiffres clés à retenir

Sur l’ensemble des utilisatrices, toutes générations confondues, la répartition s’établit comme suit. Lesbiennes : 48,3 %. Bisexuelles : 39,8 %. Pansexuelles : 6,6 %. Queer : 3,4 %. Gay : 1,2 %. Asexuelles : 0,7 %. La catégorie lesbienne reste majoritaire. Mais quand on filtre sur les femmes nées entre 1997 et 2006 (Gen Z), l’image bascule.

Chez les Gen Z, 45 % se déclarent bisexuelles, contre 42,2 % qui s’identifient comme lesbiennes. À l’opposé, chez les femmes de plus de 50 ans, l’étiquette lesbienne culmine à 65 %, tandis que la bisexualité tombe à 25 %. Le mouvement se lit clairement : plus la cohorte est jeune, plus l’identification lesbienne baisse en relatif, plus la bisexualité progresse.

Tableau comparatif des identifications par tranche d’âge

Tranche d’âge Lesbienne Bisexuelle
17-19 ans 46 % ≈ 43 %
20-29 ans 42,2 % 45 %
30-49 ans ≈ 50 % ≈ 38 %
50 ans et plus 65 % 25 %

Pourquoi les jeunes femmes choisissent moins l’étiquette lesbienne ?

Le glissement statistique n’est pas une révolution intime, c’est une transformation du langage. Plusieurs hypothèses, étayées par la sociologie des sexualités, expliquent ce déplacement. La première est culturelle. La Gen Z a grandi dans un univers de représentation queer plus diffus, où l’étiquette bisexuelle a gagné en visibilité positive, là où elle restait stigmatisée pour les générations précédentes. La seconde est politique. Une partie des jeunes femmes refuse les binarismes, lit la sexualité comme un spectre et préfère des étiquettes plus larges, qui n’enferment pas.

La troisième hypothèse, plus prosaïque, tient à la pression sociale et familiale. Se déclarer bisexuelle reste perçu, à tort, comme moins clivant que se dire lesbienne dans certains contextes. Cette mécanique d’évitement ne traduit pas une attirance réelle pour les hommes : elle traduit une stratégie de survie sociale. À l’inverse, les femmes plus âgées, qui ont souvent traversé des décennies d’invisibilité, revendiquent plus volontiers une étiquette claire et identifiable.

Francesco Rampazzo, principal auteur de l’étude

"Les jeunes générations montrent que la sexualité n’est pas une catégorie figée, c’est un spectre", explique le chercheur. "De plus en plus de jeunes se sentent à l’aise pour décrire leur identité de manière plurielle et fluide." Cette posture méthodologique invite à abandonner les lectures déclinistes et à observer ce qui se déplace plutôt que ce qui disparaît.

Dr. Canton Winer, sociologue des sexualités

"Là où les personnes se sentent en sécurité, elles ont plus de chances d’exprimer qui elles sont vraiment", rappelle ce chercheur. La sécurité psychique, économique et juridique est un facteur central de l’identification déclarée. C’est aussi pour cela que la diversité des étiquettes recensées varie fortement d’un continent à l’autre.

Une géographie inégale de l’identification

L’étude met en lumière une donnée trop peu reprise : la diversité des identifications dépend largement du contexte géographique. En Europe, en Amérique du Nord et en Océanie, la palette est large : lesbienne, bisexuelle, pansexuelle, queer, gay, asexuelle se côtoient dans des proportions notables. En Afrique et en Asie, en revanche, les identifications restent plus homogènes, dominées par les étiquettes lesbienne et bisexuelle, signe d’un cadre légal et social moins permissif.

Cette cartographie a une conséquence directe sur la lecture politique des données. Là où l’État protège, l’identité se déploie. Là où il sanctionne ou tolère mollement, le langage se contracte. La fluidité affichée par la Gen Z occidentale est aussi un marqueur de privilège : elle est la traduction subjective d’un cadre démocratique relativement protecteur, qui n’est pas la norme mondiale.

L’apport de Gallup : les Gen Z femmes en tête

Aux États-Unis, l’institut Gallup confirme la tendance à un autre échelon. Dans son enquête publiée en 2025, près de 30 % des femmes de la Gen Z se déclarent LGBTQ+, dont une majorité se reconnaît comme bisexuelle (20,7 %), suivies par les lesbiennes (5,4 %). Pour comparaison, l’ensemble de la population américaine se déclare LGBTQ+ à hauteur de 9,3 %, en progression continue depuis dix ans. Les femmes Gen Z constituent ainsi le moteur démographique principal de cette évolution.

Dans une lecture cumulée Gallup-Zoe, deux mouvements distincts se superposent. D’un côté, une explosion de la visibilité bisexuelle qui élargit le périmètre des femmes qui aiment des femmes. De l’autre, une stabilisation, voire une légère baisse relative, de l’étiquette lesbienne dans certaines tranches d’âge. Les lesbiennes ne disparaissent pas, mais leur poids relatif évolue dans un univers qui s’élargit.

Et en France ?

Les données françaises restent fragmentaires. L’Ifop, dans son baromètre LGBTI+ 2024, recensait environ 11 % de Françaises se déclarant attirées par d’autres femmes (exclusivement ou en partie), avec une nette progression chez les moins de 25 ans. L’Insee, dans son enquête Sexualité menée en 2023, confirmait la tendance à l’élargissement de la catégorie bisexuelle chez les jeunes femmes urbaines. Aucune étude française d’ampleur comparable à celle de Manchester n’existe à ce jour, mais les courbes pointent dans la même direction.

Ce que cette recomposition change pour la communauté lesbienne

Les implications sont multiples. Sur le plan culturel, la communauté saphique francophone et internationale doit composer avec un public plus pluriel, qui ne se reconnaît pas toujours dans les codes lesbiens historiques. Les bars saphiques, les festivals, les médias spécialisés observent depuis plusieurs années cette évolution et ajustent leur offre pour y répondre sans renier leur identité.

Sur le plan politique, la mobilisation des bisexuelles et des lesbiennes ne se fait pas toujours sur les mêmes lignes. Les bisexuelles dénoncent une biphobie persistante, y compris dans les milieux LGBTQ+. Les lesbiennes alertent sur leur effacement progressif dans les sigles, les financements et la représentation médiatique. Articuler ces revendications sans les opposer constitue un défi politique majeur de la décennie.

Trois enjeux concrets pour les médias et associations

  • Représenter la diversité des identités saphiques sans abolir la spécificité lesbienne
  • Diffuser une information de santé adaptée aux trajectoires plurielles, notamment pour les bisexuelles trop souvent invisibles dans les protocoles
  • Soutenir les espaces dédiés aux femmes lesbiennes tout en restant accueillants pour celles qui hésitent encore sur leur étiquette

Comment lire les chiffres sans tomber dans les pièges

Trois précautions méthodologiques

D’abord, les données issues d’une application sont déclaratives et auto-sélectionnées. Elles ne reflètent pas l’ensemble des femmes saphiques mais celles qui s’inscrivent sur Zoe. Ensuite, les étiquettes ne sont pas figées dans le temps. Une bisexuelle de 19 ans peut se redéclarer lesbienne à 28 ans, ou inversement. Enfin, l’identification ne se confond pas avec les pratiques. Les enquêtes sexuelles montrent depuis longtemps un écart entre étiquette et expérience.

Histoire courte : l’étiquette lesbienne au fil des décennies

L’histoire des mots qui désignent les femmes qui aiment les femmes est une histoire politique. Au XIXe siècle, l’adjectif "saphique" se diffuse dans les milieux littéraires européens. Au XXe siècle, "lesbienne" s’impose progressivement dans les mouvements féministes radicaux des années 1970, comme étiquette d’émancipation et de visibilité. Dans les années 1990, "queer" entre dans les cercles universitaires anglo-saxons et déstabilise les étiquettes binaires. Dans les années 2010, la fluidité s’installe avec l’essor des pansexuelles, des asexuelles, des étiquettes plus rares.

L’étude de Manchester ne signe donc pas une rupture isolée. Elle documente la dernière étape d’un mouvement long, où chaque génération invente, ou réinvente, le langage qui correspond à son rapport au monde. La Gen Z n’abandonne pas l’étiquette lesbienne. Elle l’ajoute à un répertoire plus large.

Aller plus loin : ressources et débats

Pour approfondir (en anglais)

L’étude initiale est commentée en accès libre dans plusieurs médias. Les rapports Gallup et Ifop sont consultables en ligne. Pour une lecture théorique des évolutions identitaires, les travaux de la sociologue Lila Braunschweig ou les essais de Sara Ahmed restent des références fertiles.

Questions fréquentes sur la Gen Z et l'identité lesbienne

Les lesbiennes vont-elles disparaître chez les Gen Z ?

Non. Selon l’étude conduite par l’Université de Manchester, 42,2 % des femmes Gen Z utilisatrices de Zoe se déclarent lesbiennes, ce qui reste un poids massif. Le terme se déplace dans une palette élargie, mais ne s’efface pas.

Quelle est la différence entre lesbienne et bisexuelle ?

Une femme lesbienne est exclusivement attirée par d’autres femmes. Une femme bisexuelle est attirée par des personnes de plusieurs genres, dont des femmes. Les deux étiquettes coexistent et ne s’opposent pas, même si elles renvoient à des trajectoires distinctes.

Pourquoi les jeunes femmes préfèrent-elles l’étiquette bisexuelle ?

Plusieurs facteurs jouent : meilleure visibilité positive de la bisexualité, refus des binarismes, fluidité identitaire revendiquée, mais aussi pression sociale qui pousse parfois à choisir une étiquette perçue comme moins clivante.

Que disent les chiffres pour les femmes de plus de 50 ans ?

Chez les utilisatrices de Zoe âgées de 50 ans et plus, 65 % se déclarent lesbiennes et seulement 25 % bisexuelles, signe d’un rapport plus stable et plus revendiqué à l’étiquette lesbienne dans les générations plus âgées.

L’étude couvre-t-elle la France ?

Oui. L’échantillon de 913 253 utilisatrices couvre 122 pays, dont la France. Les données françaises ne sont pas isolées dans la publication grand public, mais l’étude académique les intègre dans le panorama européen.

Que signifie l’étiquette pansexuelle dans les chiffres ?

La pansexualité désigne une attirance qui ne dépend pas du genre de l’autre personne. Elle représente 6,6 % des utilisatrices toutes générations confondues, et 7,3 % chez la Gen Z, marquant une visibilité croissante.

Comment Lesbia Mag couvre-t-elle ces évolutions ?

Lesbia Mag suit en continu les recompositions identitaires, en s’appuyant sur les données disponibles et en valorisant les voix des chercheuses, militantes et autrices qui pensent ces transformations.

Sources


Article mis à jour le 19 avril 2026
LM
Article signé
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