Forbidden Fruits : Lili Reinhart, Lola Tung et un culte saphique de sorcières au centre commercial

Sorti dans les salles américaines le 27 mars 2026 après une première à SXSW, Forbidden Fruits de Meredith Alloway recompose le sous-genre sorcière en thriller comédie-horreur explicitement saphique. Lili Reinhart y incarne Apple, gourou auto-déclarée d'un culte de vendeuses ésotériques, dans une boutique de mall américain. Le film, à mi-chemin entre The Craft et Heathers, ouvre une fenêtre rare : un récit où la pulsion lesbienne, la jalousie féminine et la sororité performative se conjuguent sans peur.
Sommaire
- Un mall, des fruits, des sorcières
- Une genèse théâtrale signée Lily Houghton
- Lili Reinhart, gourou homo et stylisée
- Un quatuor saphique chargé symboliquement
- Victoria Pedretti, Alexandra Shipp et Lola Tung en orbite
- Pourquoi le film parle aux lesbiennes francophones
- Calendrier de sortie : salles, PVOD, Shudder
- Réception critique : entre célébration et crispations
- Dialogue avec d'autres récits saphiques contemporains
- Une figure de gourou lesbien dans le cinéma américain
- Une bande son adulte et stylisée
- La bande annonce
- Où voir Forbidden Fruits ?
- Une œuvre à inscrire dans les conversations en cours
- Une réception communautaire francophone à construire
- Questions fréquentes sur Forbidden Fruits
- Note de la rédaction
Un mall, des fruits, des sorcières
L'action se déroule dans la boutique fictive Free Eden, magasin haut de gamme installé dans un centre commercial américain anonyme. Quatre vendeuses - Apple (Lili Reinhart), Cherry (Victoria Pedretti) et Fig (Alexandra Shipp) - y mènent en sous-sol et après la fermeture un culte de sorcières « femme », c'est-à-dire d'inspiration ouvertement féminine et antimasculine. Apple recrute Pumpkin (Lola Tung) comme quatrième et dernière membre du cercle, chacune incarnant un fruit et une saison du cycle commercial annuel.
L'intrigue bascule lorsque Pumpkin commence à interroger la sororité performative du groupe. Les conflits éclatent. Le film, présenté à SXSW 2026 le 16 mars, explore le motif de la sororité féministe quand elle se transforme en mécanique d'exclusion. Apple, gourou homo dont la mise en scène lesbienne organise toute la cohésion, devient elle-même la pièce centrale d'un système autoritaire.
Une genèse théâtrale signée Lily Houghton
Le film est adapté d'une pièce de théâtre écrite par Lily Houghton et créée en 2019, intitulée Of the Woman Came the Beginning of Sin, and Through Her We All Die. Le scénario a été co-écrit par Houghton et la réalisatrice Meredith Alloway, qui signe avec ce premier long-métrage l'une des sorties les plus discutées du printemps 2026. Houghton revendique une influence revendiquée des écrits de bell hooks, des thrillers queer des années 1990 et de la critique féministe radicale lesbienne nord-américaine.
L'origine théâtrale du texte explique sa structure dramatique resserrée : huis clos, dialogues chargés, tension verbale plus que pyrotechnique. La caméra de Meredith Alloway capte ces dynamiques dans l'écrin chromatique pop d'un mall américain volontairement aseptisé, devenu chambre d'expérimentation rituelle.
Lili Reinhart, gourou homo et stylisée
Pour la sortie de Forbidden Fruits, Lili Reinhart abandonne définitivement l'ombre de Betty Cooper de Riverdale. Elle incarne Apple, gourou queer aux convictions misandres explicitement assumées. Selon Variety, le personnage est « une lesbienne radicalement opposée aux hommes qui guide ses fruits dans la recherche de leur divinité ». La performance de Reinhart conjugue la séduction, la cruauté et le pathétique d'une figure qui croit à sa propre fiction.
Cette prestation marque une recomposition d'image pour l'actrice, dont les prises de parole publiques sur la santé mentale et l'identité queer (Reinhart s'identifie publiquement comme bisexuelle) avaient préparé le terrain. Le film lui offre un rôle de premier plan, frontalement saphique, dans un registre stylisé proche d'un cinéma queer indépendant assumé.
Un quatuor saphique chargé symboliquement
Le quatuor des sorcières est l'un des dispositifs centraux du film. Chaque actrice incarne un fruit et un archétype.
| Personnage | Actrice | Saison incarnée | Archétype |
|---|---|---|---|
| Apple | Lili Reinhart | Automne | Gourou, leader, séductrice |
| Cherry | Victoria Pedretti | Été | Loyaliste, exécutante |
| Fig | Alexandra Shipp | Hiver | Stratège, ambivalente |
| Pumpkin | Lola Tung | Printemps | Recrue, dissidente |
Cette grammaire archetypale, héritée du cinéma adolescent saphique des années 1990 et 2000 (The Craft, Jennifer's Body), est ici radicalisée. Les fruits ne sont pas des accessoires : ils déterminent la fonction rituelle de chaque personnage, et le film en fait sa charpente symbolique.
Victoria Pedretti, Alexandra Shipp et Lola Tung en orbite
Aux côtés de Lili Reinhart, le casting s'appuie sur trois actrices reconnues du cinéma queer-friendly contemporain. Victoria Pedretti, vue dans The Haunting of Hill House et You, signe ici l'un de ses rôles les plus saphiques à ce jour. Alexandra Shipp, qui s'identifie publiquement comme pansexuelle, prolonge un parcours déjà engagé dans le cinéma queer (Love, Simon, tick, tick… BOOM!). Lola Tung, popularisée par The Summer I Turned Pretty, incarne Pumpkin avec un désaveu progressif qui structure tout le second acte.
Le casting comporte également Emma Chamberlain (créatrice de contenu et podcasteuse, dans son premier grand rôle de cinéma) et Gabrielle Union dans un rôle secondaire mais structurant. Cette diversité de profils, entre actrices de série culte, performeuses queer et personnalités réseaux sociaux, témoigne d'une stratégie de casting orientée vers les jeunes audiences queer connectées.
Pourquoi le film parle aux lesbiennes francophones
Au-delà du dispositif horror-comédie, Forbidden Fruits propose une réflexion sur la sororité performative, problématique récurrente dans les communautés queer francophones contemporaines. La gourou Apple n'est pas un repoussoir caricatural. Elle est crédible. Sa fascination pour la pureté féminine, sa rhétorique antimasculine, son érotisation de la sororité dessinent une figure que de nombreuses lectrices reconnaîtront, parfois avec malaise, dans certaines microcommunautés féministes radicales lesbiennes.
Le film n'est pas une satire frontale. Il s'inscrit plutôt dans une tradition queer américaine de récits ambivalents, où la critique s'imbrique à la célébration. Apple est à la fois drôle, terrifiante, séduisante. Le scénario refuse de la condamner sans appel, comme il refuse de l'innocenter. Cette ambivalence résonne avec les débats internes au mouvement lesbien contemporain.
Calendrier de sortie : salles, PVOD, Shudder
Le film a connu un parcours de diffusion en plusieurs étapes. Premiere mondiale à SXSW le 16 mars 2026, sortie en salles aux États-Unis et au Canada le 27 mars 2026, distribution par IFC Films. Une sortie PVOD (vidéo à la demande payante) est prévue le 28 avril 2026. Le film arrive ensuite sur la plateforme Shudder le 26 juin 2026, en exclusivité streaming.
Cette stratégie multifenêtre est typique de la distribution IFC/Shudder. Elle vise à maximiser la visibilité du film auprès du public queer américain avant son atterrissage sur la plateforme spécialisée horreur. Pour le public francophone, la disponibilité en France ou en Belgique reste à préciser. Shudder n'étant pas disponible en France métropolitaine, une sortie via Mubi, Le Cinéma Club ou Canal+ reste possible, mais non confirmée.
Réception critique : entre célébration et crispations
L'accueil critique est divisé, ce qui constitue souvent un bon signe pour un film de cette nature. Variety qualifie Forbidden Fruits de « désastre juteux mais magnétique ». Indiewire évoque une « comédie horror-witch indisciplinée mais magnétique ». Roger Ebert.com salue la performance de Lili Reinhart dans un thriller saphique ambitieux. À l'inverse, MovieJawn déplore que « le film soit une victoire pour le féminisme et une défaite pour les lesbiennes », pointant l'ambiguïté du regard d'Alloway sur son sujet.
Sur Rotten Tomatoes, le film se stabilise à 6.5 / 10 sur IMDb après un mois d'exploitation. Cette polarisation critique fait précisément partie du charme du film, qui ne cherche pas à plaire à tout le monde. La critique francophone, encore peu présente, attend l'éventuelle sortie hexagonale pour se positionner.
Dialogue avec d'autres récits saphiques contemporains
Au sein du corpus saphique 2026, Forbidden Fruits tient une place singulière. Là où Mother Mary de David Lowery installe une amitié-passion sapphique sans la nommer, là où The Chronology of Water de Kristen Stewart investit l'autobiographie corporelle, le film d'Alloway revendique frontalement son inscription queer, jusque dans la grammaire visuelle du clip pop ésotérique. Cette diversité de stratégies cinématographiques nourrit la richesse de la saison sapphique 2026, particulièrement chargée.
Le film convoque aussi un héritage culturel féministe radical lesbien. La référence implicite à Mary Daly, Audre Lorde ou Adrienne Rich circule dans les dialogues, sans que ces penseuses soient citées explicitement. L'atmosphère évoque enfin l'iconographie d'artistes queer contemporaines comme Petra Collins ou Tourmaline, avec qui Alloway partage une grammaire visuelle pastel-sanguine.
Une figure de gourou lesbien dans le cinéma américain
Le motif du gourou lesbien, encore rare dans le cinéma mainstream, trouve dans Forbidden Fruits une incarnation aboutie. Avant Apple, peu de personnages féminins ouvertement lesbiens et autoritaires ont occupé le centre d'un récit hollywoodien. Le film s'inscrit dans une généalogie qui passe par Bound (1996), Jennifer's Body (2009) et The Neon Demon (2016), tout en y ajoutant une dimension cultuelle organisée et explicitement queer.
Cette représentation pose des questions politiques. Le film offre-t-il une figure d'identification aux lesbiennes radicales ? Ou, à l'inverse, propose-t-il une critique implicite des dérives autoritaires de certaines microcommunautés féministes radicales lesbiennes ? Alloway laisse la réponse ouverte. La presse queer américaine, notamment Autostraddle et Them, continue de discuter cette ambiguïté.
Une bande son adulte et stylisée
La direction musicale de Forbidden Fruits est confiée à la compositrice indépendante Anna Drubich. Plusieurs morceaux issus du catalogue de Mitski, Phoebe Bridgers, Florence + The Machine et Lana Del Rey traversent le film. Les choix musicaux dialoguent avec le motif rituel sans verser dans le clip-vidéo. Plusieurs scènes-clés sont rythmées par des silences soutenus, conformément à la grammaire théâtrale d'origine.
L'album officiel Forbidden Fruits (Original Motion Picture Soundtrack) est sorti le 27 mars 2026 chez Lakeshore Records, en parallèle de la sortie du film. Plusieurs morceaux y ont été composés spécifiquement pour le film, créant un univers sonore identifiable.
La bande annonce
Où voir Forbidden Fruits ?
Le film est sorti en salles américaines le 27 mars 2026, distribué par IFC Films. Une sortie PVOD est prévue le 28 avril 2026, suivie d'une exclusivité Shudder le 26 juin 2026.
Une œuvre à inscrire dans les conversations en cours
Le film s'inscrit dans une saison où les représentations lesbiennes au cinéma connaissent un renouvellement narratif marqué. Au-delà du sapphisme codé hérité du cinéma indépendant des années 2010, Forbidden Fruits propose un récit où le désir entre femmes structure entièrement la dramaturgie. La représentation lesbienne sort du sous-texte. Elle devient méthode narrative.
Pour les lectrices francophones, le film offre une lecture politique stimulante. Il ne flatte personne. Il ne réconforte personne. Il pose la question de ce que devient la sororité quand elle se rigidifie, quand elle exige conformité, quand elle exclut. C'est précisément cette question qui agite, depuis plusieurs années, certaines composantes du mouvement lesbien francophone.
Une réception communautaire francophone à construire
Pour la communauté lesbienne francophone, l'arrivée éventuelle de Forbidden Fruits sur le territoire passera probablement par les festivals queer de l'automne 2026 : Chéries-Chéris à Paris, Pink Screens à Bruxelles, Image+Nation à Montréal. Ces lieux ont historiquement servi de relais aux films saphiques internationaux qui peinent à décrocher une distribution en salles classique. Le bouche-à-oreille communautaire sur les réseaux Wet for Her, Lesflicks ou les podcasts queer francophones devrait également jouer un rôle décisif.
Questions fréquentes sur Forbidden Fruits
Quand est sorti Forbidden Fruits ?
Le film a connu sa première mondiale à SXSW le 16 mars 2026, avant une sortie en salles aux États-Unis et au Canada le 27 mars 2026, distribué par IFC Films. Une sortie PVOD est prévue le 28 avril 2026, et une diffusion exclusive Shudder à partir du 26 juin 2026.
Forbidden Fruits sera-t-il diffusé en France ?
Aucun distributeur français n'a confirmé la sortie du film en France à ce jour. Shudder n'étant pas disponible en France métropolitaine, une diffusion via Mubi, Canal+ ou un autre acteur reste à confirmer.
Qui réalise Forbidden Fruits ?
Le film est réalisé par Meredith Alloway, à partir d'un scénario co-écrit avec Lily Houghton. Il est adapté d'une pièce de théâtre écrite par Houghton en 2019.
Forbidden Fruits est-il un film lesbien ?
Oui. La presse spécialisée, dont Variety et Deadline, qualifie explicitement le film de thriller saphique. Le personnage central, Apple, est désigné par les critiques comme une lesbienne misandre dirigeant un culte « femme » de sorcières.
Qui joue dans Forbidden Fruits ?
Le casting comprend Lili Reinhart (Apple), Victoria Pedretti (Cherry), Alexandra Shipp (Fig), Lola Tung (Pumpkin), Emma Chamberlain et Gabrielle Union.
Forbidden Fruits est-il un film d'horreur ?
Le film est classé en comédie-horreur par IMDb et IFC Films. Son rythme et son humour le rapprochent davantage du thriller saphique stylisé que du film d'horreur stricto sensu, mais sa diffusion exclusive Shudder confirme son inscription dans la galaxie horror queer.
Note de la rédaction
★★★★☆ (4 / 5)
Premier long-métrage indiscipliné et magnétique de Meredith Alloway, Forbidden Fruits propose un thriller saphique stylisé porté par une Lili Reinhart au sommet. Le film n'est ni propre, ni rassurant, ni totalement abouti, mais il offre quelque chose de précieux : un récit où le désir entre femmes ne demande pas pardon. À voir pour celles qui veulent du sapphisme avec des dents.
Sources
Variety - Forbidden Fruits Review (SXSW 2026)
IMDb - Forbidden Fruits (2026)
Bloody Disgusting - Forbidden Fruits Shudder Debut
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