Disobedience : le film lesbien de Rachel Weisz et Rachel McAdams

Une femme rentre dans la communauté juive orthodoxe qui l'a bannie, et retrouve celle qu'elle a aimée en secret. Disobedience tient en une étreinte ce que beaucoup d'histoires lesbiennes étalent sur deux heures : le poids de la foi, le prix du désir, la liberté qu'on paie cher. Rachel Weisz et Rachel McAdams y forment l'un des couples les plus retenus et les plus brûlants du cinéma des dernières années. Voici pourquoi ce drame mérite une place dans votre culture cinéphile lesbienne.
🎬 Réalisation : Sebastián Lelio
📖 D'après : le roman de Naomi Alderman
👥 Avec : Rachel Weisz, Rachel McAdams, Alessandro Nivola
⏱️ Durée : 114 minutes
🔥 Genre : drame, romance lesbienne
❓ Disobedience, c'est quoi ?
Disobedience est un film dramatique de Sebastián Lelio, adapté du roman de Naomi Alderman. Il raconte la passion réprimée entre Ronit, photographe revenue à Londres pour l'enterrement de son père rabbin, et Esti, son amour d'adolescence devenue épouse modèle dans la communauté juive orthodoxe.
Sommaire
- Disobedience, l'histoire d'un retour interdit
- Rachel Weisz et Rachel McAdams, deux actrices au sommet
- Sebastián Lelio, le cinéaste des femmes qui transgressent
- Du roman de Naomi Alderman au film
- Foi et désir : pourquoi le film évite le manichéisme
- Disobedience dans la lignée du grand cinéma lesbien
- Un parcours en festivals et un accueil critique solide
- Le female gaze et la question du regard
- La bande annonce
- Où voir Disobedience ?
- Foire aux questions
- Sources
Disobedience, l'histoire d'un retour interdit
Ronit Krushka vit à New York, photographie des inconnus et fume sans rendre de comptes à personne. Un coup de téléphone la ramène à Hendon, le quartier juif orthodoxe du nord de Londres où elle a grandi : son père, un rabbin respecté, vient de mourir. Le retour est glacial. La communauté l'a effacée, et son nom manque même dans la nécrologie. Seuls Dovid, l'élève préféré du défunt, et Esti, l'amie d'enfance, l'accueillent encore.
Très vite, l'évidence revient. Esti et Ronit se sont aimées, jeunes filles, jusqu'au scandale qui a poussé Ronit dehors. Esti, elle, est restée. Elle a épousé Dovid, pris sa place de femme pieuse, enseigné aux adolescentes. Le retour de Ronit rouvre une porte que tout, autour d'elles, voudrait tenir close. Le film avance à voix basse, par regards et silences, jusqu'à une question qui le traverse de bout en bout : peut-on choisir sa vie quand on appartient corps et âme à une foi qui décide pour vous ?
Ce motif de la passion contrariée par l'époque ou la morale traverse tout un pan du cinéma WLW. On le retrouve, magnifié par les années 1950, dans la romance entre Carol et Therese filmée par Todd Haynes.
Rachel Weisz et Rachel McAdams, deux actrices au sommet
Le film repose sur deux interprétations en miroir. Rachel Weisz incarne Ronit en exilée volontaire, libre et cabossée, qui porte sa colère comme une armure. L'actrice britannique, déjà oscarisée pour The Constant Gardener, a aussi produit le film : le projet lui tenait à cœur depuis sa lecture du roman de Naomi Alderman. En face, Rachel McAdams compose une Esti d'une intensité rare, toute en contrôle de surface et en séisme intérieur. Loin des comédies romantiques qui l'ont rendue célèbre, l'actrice canadienne livre ici l'un de ses rôles les plus nus.
Entre les deux Rachel circule une tension qui doit autant au jeu qu'à la mise en scène. Le désir n'éclate pas : il s'infiltre, dans une main posée, une nuque offerte, une porte d'hôtel qui se referme. Quand le film bascule enfin dans l'intime, la scène est célèbre pour sa franchise et son absence totale de complaisance. Le sexe lesbien y est filmé comme un échange réel, pas comme un fantasme pour spectateur extérieur.
💡 Le saviez-vous ? Le roman d'origine est signé Naomi Alderman, autrice britannique qui a elle-même grandi dans un milieu juif orthodoxe avant de s'en éloigner. On lui doit aussi The Power, dystopie féministe primée et adaptée en série. Disobedience puise sa justesse dans cette connaissance intime du monde qu'il décrit.
Sebastián Lelio, le cinéaste des femmes qui transgressent
Avant Disobedience, le réalisateur chilien Sebastián Lelio avait signé Gloria puis Une femme fantastique, portrait d'une femme transgenre qui lui a valu l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Son cinéma suit une ligne claire : des héroïnes que la société voudrait ranger, et qui refusent. Avec ce drame londonien, il quitte le Chili et la langue espagnole sans rien perdre de son regard.
Le scénario, coécrit avec la dramaturge Rebecca Lenkiewicz, prend une liberté décisive face au livre : il déplace le centre de gravité vers Dovid, le mari, et fait de la communauté non pas un simple décor répressif mais un personnage à part entière, avec sa foi sincère et ses zones d'ombre. Le résultat évite le piège du film à thèse. Personne n'est caricatural, et c'est ce qui rend la dernière ligne droite si déchirante.
Pour prolonger côté désir féminin filmé sans détour, l'arrivée du sexe lesbien à l'écran nourrit aussi la romance historique entre Kate Winslet et Saoirse Ronan dans Ammonite.
Du roman de Naomi Alderman au film
Le livre dont s'inspire le film paraît en 2006 et marque les débuts en fiction de Naomi Alderman. L'autrice y règle une part de ses comptes intimes avec le monde où elle a grandi, sans le caricaturer. Le roman prend son temps, multiplie les voix et plonge dans le détail des rites, des prières, des règles de pureté qui scandent la vie de la communauté. C'est un texte sur l'appartenance autant que sur le désir.
L'adaptation resserre tout cela. Sebastián Lelio et Rebecca Lenkiewicz coupent, concentrent, et surtout rééquilibrent le récit en donnant davantage de place au mari, Dovid. Là où le livre suit d'abord le point de vue de Ronit, le film répartit l'attention entre les trois personnages du triangle. Cette fidélité libre, qui trahit la lettre pour mieux servir l'esprit, explique pourquoi le film tient debout seul, sans qu'il faille avoir lu le roman pour en saisir l'enjeu. C'est aussi ce qui distingue les meilleures transpositions littéraires à l'écran des illustrations plates.
Foi et désir : pourquoi le film évite le manichéisme
La grande réussite de Disobedience tient à son refus de désigner un coupable. La religion n'y est pas un monstre, et l'homosexualité n'y est pas une simple revendication. Le film s'intéresse à un mot précis, prononcé lors d'un office : la liberté de choisir, comprise comme ce qui distingue l'humain du reste de la création. Tout le récit met cette idée à l'épreuve. Esti a-t-elle choisi sa vie, ou l'a-t-elle subie ? Et que reste-t-il du libre arbitre quand chaque choix coûte une famille, une foi, une communauté ?
Cette épaisseur morale rapproche le film d'autres œuvres qui interrogent le poids des institutions sur le désir entre femmes. On pense à l'art classique qui codait l'amour saphique pour mieux le dire, comme dans le tableau Le Sommeil de Gustave Courbet, ou à la longue tradition picturale décryptée dans notre dossier sur la représentation de l'amour entre femmes à travers les siècles.
Disobedience dans la lignée du grand cinéma lesbien
Là où certaines romances WLW misent sur la lumière, Disobedience choisit le clair-obscur et la pudeur. Il appartient à cette famille de films où l'amour entre femmes se vit contre un cadre hostile, et trouve sa force dans la contrainte même. Le tableau ci-dessous le situe parmi quelques jalons que toute cinéphile lesbienne croise tôt ou tard.
| Film | Cadre du désir interdit | Ton |
|---|---|---|
| Disobedience | Communauté juive orthodoxe | Sombre, retenu |
| Carol | Amérique des années 1950 | Élégant, mélancolique |
| Ammonite | Angleterre victorienne | Âpre, charnel |
Envie de continuer l'exploration ? Notre panorama des films et séries sapphiques les plus attendus recense les prochaines histoires d'amour entre femmes à venir à l'écran.
Le film dialogue aussi avec d'autres œuvres récentes du désir féminin, du drame d'auteur signé A24 autour d'Anne Hathaway et Michaela Coel dans Mother Mary jusqu'aux relectures queer de figures historiques comme la reine Marie-Antoinette et ses amitiés féminines. Pour les amatrices de séries dans le même registre trouble, notre lecture de la série Gypsy portée par Naomi Watts creuse la même ambiguïté du désir. Et côté distinctions, le palmarès queer le plus suivi reste celui de la Queer Palm au Festival de Cannes.
Un parcours en festivals et un accueil critique solide
Disobedience est d'abord montré au Festival international du film de Toronto, en septembre 2017, vitrine traditionnelle des films qui visent une carrière en salles soignée. La sortie américaine suit au printemps suivant, portée par le distributeur indépendant Bleecker Street, avant une exploitation européenne. Le film ne vise pas le blockbuster : il s'adresse à un public d'auteur, et c'est ce créneau qui assoit peu à peu sa réputation.
La critique salue surtout l'équilibre du film et la performance de ses interprètes. On loue la finesse avec laquelle Sebastián Lelio filme une communauté sans la juger, et le courage de Rachel Weisz et Rachel McAdams dans des scènes d'une intimité sans filet. Quelques voix regrettent un classicisme de forme, une retenue qui frôle parfois la froideur. Mais l'ensemble s'impose comme l'une des romances lesbiennes les plus citées de la fin des années 2010, régulièrement recommandée à qui veut dépasser les classiques évidents du genre.
Le female gaze et la question du regard
Un point mérite attention : la manière de filmer le désir. Beaucoup de scènes d'amour entre femmes au cinéma ont été pensées pour un spectateur masculin, transformant l'intimité en spectacle. Disobedience prend le contre-pied. La caméra reste à hauteur des personnages, attentive aux gestes et aux hésitations plutôt qu'à l'exhibition. Le plaisir y est réciproque, maladroit, humain. Cette approche rapproche le film d'une réflexion plus large sur le regard féminin à l'écran, que prolonge notre exploration des prochaines fictions lesbiennes au cinéma et en série.
Reste le personnage de Dovid, souvent oublié dans les résumés. Le mari d'Esti n'est pas un obstacle de carton. Croyant sincère, il doit à son tour choisir entre la loi de sa communauté et l'amour qu'il porte à sa femme. C'est lui qui, dans la dernière partie, prononce les mots qui libèrent. Ce déplacement, absent du roman, donne au film sa dimension morale la plus rare : la transgression n'y est pas l'affaire des seules amantes, mais une épreuve partagée par tous ceux qui s'aiment vraiment.
La bande annonce
La bande annonce officielle pose d'emblée le climat du film : lumière froide, gestes contenus, et cette tension qui ne demande qu'à céder.
Où voir Disobedience ?
Le film circule en vidéo à la demande et sur plusieurs plateformes de streaming selon les périodes. La disponibilité variant souvent d'un pays et d'un mois à l'autre, vérifiez l'offre en cours sur votre service habituel plutôt que de vous fier à une mention figée. Pour rester à jour sur les fictions du même genre, gardez un œil sur notre sélection de films et séries WLW à venir.
Foire aux questions
Disobedience est-il un film lesbien ?
Oui. Disobedience place au centre de son récit la relation amoureuse et sexuelle entre deux femmes, Ronit et Esti. Le film traite frontalement du désir lesbien, de sa répression par une communauté religieuse et du choix de vivre, ou non, selon ses sentiments.
Disobedience est-il tiré d'une histoire vraie ?
Non, mais il s'appuie sur un terrain réel. Le film adapte le roman de Naomi Alderman, autrice ayant grandi dans la communauté juive orthodoxe de Londres. La fiction est inventée, mais le cadre, les rites et les tensions décrits sont nourris par cette expérience vécue.
Qui joue dans Disobedience ?
Rachel Weisz incarne Ronit Krushka, Rachel McAdams joue Esti Kuperman, et Alessandro Nivola interprète Dovid, le mari d'Esti. Rachel Weisz est également productrice du film, qu'elle a porté après sa lecture du roman.
Que raconte la fin de Disobedience ?
La fin privilégie la liberté de choisir plutôt qu'une réunion simple des amantes. Esti revendique le droit de décider de sa vie, y compris au sein de sa communauté, tandis que Ronit repart. Le dénouement laisse ouverte la possibilité d'une émancipation, sans happy end imposé.
Qui a réalisé Disobedience ?
Le film est réalisé par le cinéaste chilien Sebastián Lelio, déjà connu pour Une femme fantastique, récompensé par l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Le scénario est coécrit avec la dramaturge britannique Rebecca Lenkiewicz.
Existe-t-il une suite à Disobedience ?
À ce jour, aucune suite n'est annoncée et le récit se referme sur lui-même, sans intrigue laissée en suspens. Le film fonctionne comme une œuvre close. Pour de nouvelles histoires d'amour entre femmes à l'écran, mieux vaut suivre les prochaines sorties WLW plutôt que d'attendre un second volet.
📌 À retenir
Disobedience raconte le retour d'une femme dans la communauté juive orthodoxe qui l'a bannie, et la passion ravivée avec son amour d'adolescence. Porté par Rachel Weisz et Rachel McAdams, mis en scène par Sebastián Lelio d'après Naomi Alderman, le film évite le manichéisme pour interroger la liberté de choisir. Un drame lesbien retenu, charnel et durable, à ranger aux côtés de Carol et Ammonite.
⭐ Note de la rédaction
★★★★☆
Une mise en scène d'une pudeur exemplaire et deux actrices au diapason. On peut regretter un rythme parfois trop sage, mais l'épaisseur des personnages et la justesse du propos en font un drame lesbien marquant.
Sources
- The Watermelon Woman : le film lesbien de Cheryl Dunye
- Top 10 des meilleurs films féministes à voir absolument
- Season of Love : un film lesbien de Noël à voir pendant les vacances
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