Practical Magic 2 : Sandra Bullock et Nicole Kidman réveillent les sœurs sorcières Owens, icônes saphiques discrètes

Le 20 avril 2026, Warner Bros. a mis en ligne la première bande-annonce officielle de Practical Magic 2, après une présentation au CinemaCon de Las Vegas la semaine précédente. Vingt-huit ans après l'original culte de 1998, Sandra Bullock et Nicole Kidman reprennent leurs rôles de Sally et Gillian Owens, sœurs sorcières d'une famille maudite. Sortie prévue le 11 septembre 2026 au cinéma. Pour les fans saphiques, le retour des Owens est tout sauf anodin.
Sommaire
- Une suite portée par les sœurs originelles et leurs filles devenues femmes
- Une mythologie féminine née d'un roman d'Alice Hoffman
- L'histoire : une malédiction qui frappe la nouvelle génération
- Pourquoi Practical Magic compte pour le public lesbien
- Maisie Williams et Joey King, deux relèves générationnelles attendues
- Le retour de Sally et Gillian, vingt-cinq ans plus tard
- Susanne Bier, une réalisatrice habituée aux territoires féminins
- The Book of Magic, le roman source
- Quels personnages saphiques dans le film ?
- Une économie féminine de la transmission
- La sorcière comme figure saphique politique
- Pour aller plus loin sur le cinéma lesbien et les figures saphiques
- L'attente du public francophone et la stratégie Warner
- Où voir Practical Magic 2 et le premier film
- La bande annonce
- Questions fréquentes sur Practical Magic 2
Une suite portée par les sœurs originelles et leurs filles devenues femmes
Dirigé par la cinéaste danoise Susanne Bier (The Night Manager, Bird Box), Practical Magic 2 reprend l'histoire vingt-cinq ans après le film de Griffin Dunne. Sally et Gillian Owens vivent toujours dans la grande maison familiale de Nouvelle-Angleterre. Les filles de Sally, Antonia et Kylie, ne sont plus les fillettes de l'original. Elles sont jouées par Maisie Williams (Game of Thrones) et Joey King (The Kissing Booth).
La distribution accueille également Lee Pace, Xolo Maridueña, Solly McLeod, et le retour des tantes Frances et Jet, incarnées par Stockard Channing et Dianne Wiest. Le scénario d'Akiva Goldsman et Georgia Pritchett s'appuie sur The Book of Magic, roman d'Alice Hoffman publié en 2021, dernier volet de la saga des sorcières Owens.
Une mythologie féminine née d'un roman d'Alice Hoffman
Avant d'être un film, Practical Magic est un roman publié en 1995 par Alice Hoffman, autrice américaine connue pour son écriture lyrique des matriarcats féminins, des sorcières domestiques et des malédictions familiales. Le succès du long-métrage de 1998 a relancé une saga qui compte aujourd'hui quatre volumes. Hoffman a longtemps refusé l'idée d'une suite cinématographique, jugeant le matériau original trop indissociable de son époque. Sa décision finale d'autoriser l'adaptation de The Book of Magic tient à la qualité du scénario présenté par Akiva Goldsman et Georgia Pritchett, ainsi qu'au retour de Bullock et Kidman comme productrices au générique.
Cette généalogie littéraire compte. Là où certaines suites hollywoodiennes opèrent des reprises mécaniques d'un succès passé, Practical Magic 2 s'inscrit dans un univers romanesque cohérent, alimenté en continu depuis trente ans par une autrice qui en maîtrise la grammaire. La cohérence d'écriture entre les volumes Hoffman et le scénario du film reste à vérifier, mais la chaîne d'adaptation, contrairement à beaucoup de franchises, n'est pas hors-sol.
L'histoire : une malédiction qui frappe la nouvelle génération
Le synopsis officiel reste volontairement allusif. Une découverte sur l'origine de la magie familiale plonge les Owens dans une nouvelle crise. Dans la bande-annonce, Sally lance à un personnage joué par Lee Pace une réplique-thèse : « Tout ceux que nous aimons meurent. » Gillian, fidèle à son cynisme assumé, surenchérit : « Et c'est une mort vraiment horrible. Pas top sur Tinder. » L'humour noir du premier film est intact.
Selon Deadline et Variety, l'aînée Kylie Owens est au cœur de l'intrigue. Joey King incarne une jeune femme qui découvre des secrets familiaux susceptibles de fragiliser la lignée. Maisie Williams en Antonia complète le quatuor générationnel. Le film conserve la double tonalité originale : comédie magique en surface, drame psychologique en profondeur, autour du deuil, de l'amour empêché et de la transmission entre femmes.
| Élément | Practical Magic (1998) | Practical Magic 2 (2026) |
|---|---|---|
| Réalisation | Griffin Dunne | Susanne Bier |
| Scénario | Robin Swicord, Akiva Goldsman, Adam Brooks | Akiva Goldsman, Georgia Pritchett |
| Source littéraire | Roman d'Alice Hoffman (1995) | The Book of Magic, Alice Hoffman (2021) |
| Sœurs Owens | Sandra Bullock, Nicole Kidman | Sandra Bullock, Nicole Kidman (retour) |
| Tantes Owens | Stockard Channing, Dianne Wiest | Stockard Channing, Dianne Wiest (retour) |
| Nouvelle génération | Filles enfants de Sally | Joey King, Maisie Williams (filles adultes) |
| Sortie cinéma | 16 octobre 1998 (États-Unis) | 11 septembre 2026 (États-Unis) |
Pourquoi Practical Magic compte pour le public lesbien
Le premier film n'est pas un long-métrage ouvertement WLW. Sally et Gillian sont deux sœurs hétérosexuelles dans la lettre du scénario. Mais la communauté lesbienne s'est emparée du film dès sa sortie pour des raisons que les théoriciennes de la lecture queer connaissent bien : un univers exclusivement féminin, une lignée matriarcale qui survit aux hommes, une malédiction qui transforme l'amour hétérosexuel en piège mortel, et une représentation explicite de la sorcellerie comme savoir transmis entre femmes.
La cuisine des Owens, les rituels de minuit, le plan d'ouverture où les femmes du village pendent l'aïeule pour avoir refusé d'être sauvée par un homme : tout dans Practical Magic dessine un imaginaire de communauté féminine autosuffisante. Pour beaucoup de spectatrices saphiques des années 1990 et 2000, le film fonctionne comme un baume queer-coded, à mi-chemin entre The Craft et la sœurtude littéraire de Louisa May Alcott.
Maisie Williams et Joey King, deux relèves générationnelles attendues
Le choix de Maisie Williams et de Joey King pour incarner Antonia et Kylie Owens n'est pas anodin. Maisie Williams, révélée par Arya Stark dans Game of Thrones, possède une légitimité de personnage féminin qui refuse les rôles assignés. Joey King, vue dans The Act et The Kissing Booth, sait alterner entre romance teen et drame psychologique tendu. Les deux actrices, nées en 1997 et 1999, incarnent la génération qui a grandi avec le premier Practical Magic en VHS familial.
Cette transmission générationnelle dépasse la simple coïncidence biographique. Le scénario joue précisément sur cet effet de génération : les filles adultes de Sally Owens portent à l'écran le souvenir des spectatrices qui ont vu le premier opus enfants ou adolescentes. Le film parie ainsi sur une double audience, celle des nostalgiques de 1998 et celle des jeunes adultes contemporains. La présence de Williams et King dans la promotion ciblée jeunes adultes confirme cette stratégie.
Le retour de Sally et Gillian, vingt-cinq ans plus tard
L'écart de temps n'est pas anodin. Bullock et Kidman ont 61 ans. Le simple fait de mettre en avant deux femmes de leur âge dans un blockbuster de fantastique grand public, hors de toute logique de jeunisme hollywoodien, constitue en soi un choix politique. Le synopsis insiste sur la maturité des personnages, leurs deuils accumulés, la transmission qu'elles s'apprêtent à effectuer.
Pour Susanne Bier, qui a notamment réalisé The Undoing avec Kidman, l'enjeu est de prolonger la mythologie sans la trahir. Le ton de la bande-annonce, équilibre dosé d'humour et de gravité, semble respecter l'ADN du premier opus. La photographie sépia-automnale, les bougies, la cuisine surchargée d'herbes, tout est là.
Susanne Bier, une réalisatrice habituée aux territoires féminins
Le choix de Susanne Bier ne relève pas du hasard. La cinéaste danoise, oscarisée en 2011 pour In a Better World, a construit son œuvre autour des dynamiques familiales, du deuil et des tensions féminines. Brothers, Open Hearts, The Night Manager, Bird Box, The Undoing : sa filmographie compose une cartographie de la fragilité émotionnelle, souvent portée par des actrices de premier plan.
Avec Practical Magic 2, elle hérite d'une mythologie populaire à l'esthétique très codifiée : palette automnale, intérieurs surchargés d'objets rituels, scènes de cuisine collective. Le défi consiste à respecter cet ADN tout en imposant son propre regard, plus dur, plus psychologique. La bande-annonce diffusée en avril 2026 laisse deviner ce mélange : l'humour du premier opus, mais traversé d'une mélancolie plus sourde, plus contemporaine.
The Book of Magic, le roman source
Publié en 2021, The Book of Magic conclut la saga d'Alice Hoffman ouverte avec Practical Magic en 1995. Entre les deux, l'autrice a écrit deux préquelles, The Rules of Magic (2017) et Magic Lessons (2020), qui retracent l'histoire des ancêtres Owens depuis le XVIIe siècle de Salem. The Book of Magic reprend les personnages adultes et fait peser sur la nouvelle génération le poids d'une malédiction familiale toujours active.
Pour les lectrices, le roman se lit comme une réflexion sur la transmission et le pardon : que faire d'une lignée qui aime au prix de mourir, qui guérit au risque de se perdre ? La transposition cinématographique, sous la plume d'Akiva Goldsman et de Georgia Pritchett, devra concentrer en deux heures cet arc générationnel et trouver une économie narrative entre les sœurs aînées et la jeunesse adulte que sont Antonia et Kylie.
Quels personnages saphiques dans le film ?
À la date de cette publication, aucun personnage explicitement lesbien n'a été annoncé dans Practical Magic 2. Susanne Bier n'a pas commenté un éventuel arc queer dans la nouvelle génération Owens. Le matériau source, The Book of Magic, n'inclut pas de romance saphique centrale. Il convient donc de tempérer les attentes les plus optimistes.
Cela étant, le film s'inscrit dans une vague d'œuvres récentes qui reprennent à leur compte le mythe des sorcières comme métaphore de l'altérité féminine, parfois avec un sous-texte saphique assumé. Les fans saphiques continueront probablement de lire les Owens dans une grille queer-coded, comme elles l'ont fait avec le premier film. Mais une romance lesbienne explicitement écrite au scénario n'est, pour l'instant, ni confirmée ni démentie.
Cette ambiguïté, du reste, fait partie de la mythologie Owens. La force du premier Practical Magic tenait précisément à son refus de nommer ce que ses images suggéraient. Aimer une sœur sans inceste, dépendre d'une femme sans sexualité explicite, vivre dans une maison sans hommes sans le revendiquer politiquement : ce trouble génère depuis vingt-cinq ans un attachement saphique qu'aucune romance officielle n'a jamais entamé.
Une économie féminine de la transmission
Au-delà du sous-texte amoureux, ce qui frappe dans la mythologie Practical Magic, c'est la circulation des savoirs entre femmes. Les tantes apprennent aux nièces, les sœurs s'enseignent mutuellement, les filles deviennent à leur tour des matriarches. Cette économie de la transmission, ancrée dans les corps féminins, dans les gestes culinaires, dans la médecine domestique, recoupe ce que les théoriciennes lesbiennes appellent depuis Adrienne Rich le continuum lesbien.
Pour les spectatrices saphiques de 2026, qui auront vu défiler depuis 1998 une vague d'œuvres explicitement WLW, retrouver les Owens pourra produire un effet contradictoire. D'un côté, la nostalgie d'un imaginaire suggestif, presque chuchoté. De l'autre, l'envie d'une représentation enfin nommée, qui rendrait hommage à ce que la communauté a longtemps lu entre les lignes. La projection de septembre 2026 dira de quel côté Susanne Bier a fait pencher la balance.
La sorcière comme figure saphique politique
La sorcière n'est pas une figure neutre dans la culture lesbienne contemporaine. Depuis les travaux de Silvia Federici, dont Caliban et la sorcière a été traduit en français en 2014, la sorcière incarne la femme qui refuse le mariage, qui pratique une médecine non patriarcale, qui transmet hors institution. Le mouvement néo-féministe des années 2010 a remobilisé cette figure dans les manifestations, sur les pancartes, dans les essais. Mona Chollet, avec Sorcières. La puissance invaincue des femmes en 2018, a popularisé en français cette généalogie.
Les sœurs Owens s'inscrivent, à leur manière, dans cette lignée. Sally et Gillian survivent à des hommes violents. Elles refusent l'autorité masculine et l'institution médicale. Elles transmettent à leurs filles un savoir hérité d'aïeules. Cette inscription dans une matrilinéarité sorcière nourrit la lecture saphique du film, sans qu'aucune romance lesbienne explicite ne soit nécessaire à cette lecture. Pour le public lesbien, voir Bullock et Kidman reprendre ces rôles, vingt-cinq ans après, c'est aussi voir une mythologie féministe trouver sa pérennité dans le cinéma populaire.
Pour aller plus loin sur le cinéma lesbien et les figures saphiques
- La queer-coding des films grand public reste un mécanisme central de la culture lesbienne, étudié notamment par les universitaires en Star Studies appliquées à Hollywood. À ce sujet, voir notre dossier consacré à l'évolution du cinéma et des séries lesbiennes.
- L'année 2026 est marquée par une vague exceptionnelle de productions explicitement lesbiennes, du cinéma à la série, comme le détaille notre dossier sur les sorties série lesbiennes 2026.
- Sandra Bullock et Nicole Kidman ne sont pas, à notre connaissance, lesbiennes ou bisexuelles. Aucune déclaration publique en ce sens n'a été faite. Toute lecture saphique des Owens relève donc de l'interprétation des œuvres, pas de la biographie des actrices.
L'attente du public francophone et la stratégie Warner
Pour la France, la Belgique francophone, le Luxembourg, le Québec et la Suisse romande, la stratégie de distribution de Warner Bros. n'a pas encore été détaillée. Le premier Practical Magic avait connu, en 1998, une exploitation française tardive, sortie en mars 1999, avec un succès modeste en salles avant de devenir culte sur les supports vidéo. La donne change avec la suite de 2026 : la franchise dispose désormais d'une base de fans francophones constituée, qui s'est exprimée massivement sur les réseaux sociaux dès l'annonce du tournage.
Une sortie simultanée mondiale serait cohérente avec la stratégie habituelle de Warner sur les franchises grand public. Un calendrier décalé, en revanche, pénaliserait les spectatrices francophones et pourrait alimenter un piratage prévisible. Les semaines à venir devraient apporter des précisions, alors que la promotion internationale du film se met en place. Pour les magazines lesbiens européens, Pratical Magic 2 constitue déjà l'un des événements cinéma de la rentrée 2026, à côté des autres sorties saphiques attendues.
Où voir Practical Magic 2 et le premier film
Sortie en salles : 11 septembre 2026 aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Irlande. Pour la France et le Québec, les dates seront annoncées par les distributeurs locaux dans les semaines à venir. Le premier Practical Magic est disponible à la location et à l'achat sur les principales plateformes de VOD.
Site officiel Warner Bros. Fiche IMDb
La bande annonce
Questions fréquentes sur Practical Magic 2
Quand sort Practical Magic 2 au cinéma ?
Le film sortira en salles aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Irlande le 11 septembre 2026. Les dates pour la France et le Québec n'ont pas encore été communiquées par les distributeurs.
Sandra Bullock et Nicole Kidman jouent-elles à nouveau les sœurs Owens ?
Oui. Sandra Bullock reprend le rôle de Sally Owens et Nicole Kidman celui de Gillian Owens, leurs personnages respectifs du film de 1998.
Qui réalise Practical Magic 2 ?
Le film est réalisé par la cinéaste danoise Susanne Bier, à partir d'un scénario d'Akiva Goldsman et Georgia Pritchett.
Le film inclut-il une romance lesbienne ?
Aucune romance saphique n'a été annoncée à ce jour dans Practical Magic 2. Le matériau source, The Book of Magic d'Alice Hoffman, n'en comporte pas. Le premier film fait toutefois l'objet d'une lecture queer-coded historique de la part du public lesbien.
Sur quel roman le film est-il adapté ?
Le scénario s'appuie sur The Book of Magic, publié par Alice Hoffman en 2021. Il s'agit du dernier volet de la saga des Owens, après Practical Magic (1995), The Rules of Magic (2017) et Magic Lessons (2020).
Pourquoi Practical Magic est-il considéré comme un film queer-coded ?
Le film met en scène une famille exclusivement féminine, une lignée matriarcale, une malédiction qui frappe les liaisons hétérosexuelles, et une mythologie de la sorcellerie comme savoir transmis entre femmes. Le public lesbien s'est emparé de ces motifs dès 1998 pour en faire un classique de la culture saphique, malgré l'absence de couple WLW canonique au scénario.
Sources
Variety — Practical Magic 2 Trailer (avril 2026)
