Biais anti-LGBTQ+ des IA : l'alerte de GLAAD et de Sarah Kate Ellis

Les intelligences artificielles apprennent en lisant Internet. Or Internet, en ce moment, regorge de haine anti-LGBTQ+. C'est le constat que la présidente de GLAAD, Sarah Kate Ellis, est venue poser début juin au sommet Axios AI+ de New York : les grands modèles comme ChatGPT, Gemini ou Claude absorbent des données biaisées, et ce qu'ils absorbent aujourd'hui façonnera la manière dont les personnes queer seront représentées pendant des années. Décryptage d'une alerte qui concerne directement les lesbiennes, leurs créatrices de contenu et leurs données les plus sensibles.
📅 Contexte : intervention de Sarah Kate Ellis au sommet Axios AI+ de New York, début juin
📺 Organisation : GLAAD, principale association américaine de surveillance des médias sur les questions LGBTQ+
🎬 Document de référence : Social Media Safety Index, édition publiée en mai
👥 Plateformes évaluées : TikTok, Instagram, Facebook, Threads, YouTube, X : aucune n'obtient la moyenne
🔥 Alerte principale : les biais anti-LGBTQ+ des réseaux sociaux contaminent l'entraînement des IA
❓ Pourquoi GLAAD alerte-t-elle sur l'intelligence artificielle ?
GLAAD alerte parce que les modèles d'IA s'entraînent sur des contenus en ligne saturés de désinformation anti-LGBTQ+, et risquent de reproduire ces biais à grande échelle. Sa présidente Sarah Kate Ellis l'a exposé au sommet Axios AI+ de New York, en annonçant un rapport de recommandations destiné aux entreprises d'IA.
Sommaire
- Ce que Sarah Kate Ellis a dit au sommet Axios AI+
- D'où vient le problème ? Des réseaux sociaux qui n'ont pas la moyenne
- Pourquoi les lesbiennes sont doublement concernées ?
- La désinformation en ligne, un vieux combat sous une forme nouvelle
- Ce que demandent GLAAD et ses alliées
- FAQ : vos questions sur GLAAD, les IA et la sécurité en ligne
- Qu'est-ce que le Social Media Safety Index de GLAAD ?
- Quelles plateformes protègent le mieux les personnes LGBTQ+ ?
- Pourquoi l'intelligence artificielle peut-elle reproduire des biais anti-LGBTQ+ ?
- Que reproche GLAAD à Meta et YouTube ?
- Le hashtag #lesbian a-t-il vraiment été bloqué sur Instagram ?
- Que recommande GLAAD aux entreprises d'intelligence artificielle ?
- Comment protéger ses données quand on est lesbienne sur les réseaux sociaux ?
- Sources
Ce que Sarah Kate Ellis a dit au sommet Axios AI+
Le message tient en une mécanique simple. Les attaques contre les personnes LGBTQ+, et d'abord contre les personnes trans et non binaires, se sont multipliées en ligne. Les modèles d'IA, qui apprennent à partir de ces contenus publics, ingèrent cette rhétorique avec le reste. « Pendant que ces modèles d'IA apprennent, ils apprennent avec ces informations et cette rhétorique qui entrent en eux », a expliqué Sarah Kate Ellis à la journaliste Ina Fried, selon le compte rendu d'Axios.
La dirigeante de GLAAD pointe un risque d'effet domino : les erreurs des modèles propriétaires comme ChatGPT, Gemini ou Claude se propagent ensuite à tous les systèmes qui en dépendent, des assistants intégrés aux moteurs de recherche. D'où sa demande : que les modèles de fondation garantissent l'exactitude de leurs contenus sur les sujets LGBTQ+. GLAAD publiera prochainement un rapport de recommandations pour réduire ces biais.
💬 « Les modèles d'IA peuvent détecter qui vous êtes à partir des questions que vous posez et de ce que vous faites, et dans 60 pays, être LGBTQ+ reste illégal. Si vous êtes criminalisée dans un pays et que l'IA vous identifie comme LGBTQ, le risque est réel. »
- Sarah Kate Ellis, sommet Axios AI+ New York, juin 2026, propos rapportés par Axios
Cette question de la vie privée est sans doute la plus concrète pour les lectrices. Une conversation avec un chatbot peut révéler une orientation sexuelle, sans que l'utilisatrice ait jamais rien déclaré. Sarah Kate Ellis réclame des contrôles de confidentialité solides et la possibilité de refuser le partage de ses informations avec les agents conversationnels. Sa formule de conclusion résume l'enjeu commercial : « La confiance est la première monnaie de l'IA, et celui qui gagne cette guerre de la confiance gagne la guerre de l'IA. »
D'où vient le problème ? Des réseaux sociaux qui n'ont pas la moyenne
L'alerte sur l'IA ne sort pas de nulle part. Elle prolonge le Social Media Safety Index, le baromètre annuel que GLAAD publie depuis plusieurs années et dont l'édition parue en mai dresse un tableau sombre. Six plateformes ont été évaluées sur 14 indicateurs de sécurité, de vie privée et d'expression spécifiques aux personnes LGBTQ+. Aucune n'atteint la moyenne, comme le détaille The Advocate.
| Plateforme | Score actuel (sur 100) | Score un an plus tôt |
|---|---|---|
| TikTok | 56 | 56 |
| 41 | 45 | |
| 40 | 45 | |
| Threads | 39 | 40 |
| YouTube | 30 | 41 |
| X | 29 | 30 |
La chute la plus brutale est celle de YouTube, qui perd 11 points après avoir retiré l'identité de genre de la liste des caractéristiques protégées par sa politique contre les discours de haine. Meta n'est pas en reste : ses règles révisées au début de 2025 autorisent explicitement à qualifier les personnes LGBTQ+ de « malades mentales » ou d'« anormales », selon le rapport. « Meta et YouTube ont mis en place et maintenu des changements de politique calculés qui rendent sciemment les personnes LGBTQ moins sûres », écrit Sarah Kate Ellis dans le document.
Le lien avec l'IA est direct : ces mêmes plateformes, Meta, Google, X et TikTok en tête, entraînent leurs modèles d'IA générative sur les données de leurs utilisatrices et utilisateurs, publications publiques, photos, commentaires et données comportementales comprises. Moins la haine est modérée en amont, plus elle entre dans les jeux d'entraînement. GLAAD décrit une boucle de rétroaction : les biais anti-LGBTQ+ mal modérés aujourd'hui seront reproduits et amplifiés par les IA de demain.
Pourquoi les lesbiennes sont doublement concernées ?
D'abord parce que la censure algorithmique frappe déjà leurs contenus. Le rapport rappelle que Meta a discrètement bloqué, plusieurs mois durant fin 2024, les hashtags liés aux identités LGBTQ+ comme #lesbian dans la recherche pour les adolescentes, au titre d'une politique visant les « contenus sexuellement suggestifs ». Assimiler le mot « lesbienne » à du contenu adulte n'est pas une nouveauté : c'est une vieille mécanique de stigmatisation, que les créatrices subissent aussi sous forme de démonétisation et de shadowban. Cette double peine, être à la fois cible de haine et victime de suppression, touche l'expression lesbienne dans toute sa diversité, des comptes culturels aux voix les plus visibles, y compris celles qui assument une identité butch ou masculine que les algorithmes peinent déjà à catégoriser.
Ensuite parce que les données en jeu sont les plus intimes qui soient. Les plateformes peuvent collecter ou déduire l'orientation sexuelle et l'identité de genre de leurs utilisatrices pour cibler la publicité. GLAAD souligne qu'une fuite ou un accès étatique à ces données exposerait des personnes à l'outing, au harcèlement, voire à des poursuites dans les pays qui criminalisent l'homosexualité. Pour une lesbienne vivant dans l'un de ces 60 pays, une conversation anodine avec un chatbot peut devenir une pièce à charge.
💡 Le saviez-vous ? Selon l'enquête Make Meta Safe menée par GLAAD, Ultraviolet et All Out auprès de plus de 7 000 utilisatrices et utilisateurs de Meta dans 86 pays, 92 % des personnes interrogées s'inquiètent de l'augmentation des contenus nuisibles depuis l'assouplissement des règles de modération, et 77 % se sentent moins libres de s'exprimer sur ces plateformes.
Enfin, parce que l'espace numérique reste vital pour nos communautés. GLAAD le rappelle dans son rapport : les réseaux sociaux sont des lieux où les personnes LGBTQ+ se rencontrent, apprennent et se construisent. Pour beaucoup de jeunes lesbiennes isolées, le premier contact avec leur communauté passe par un écran, bien avant une marche lesbienne ou une marche des fiertés. Dégrader la sécurité de ces espaces, c'est couper des routes d'accès à soi-même.
La désinformation en ligne, un vieux combat sous une forme nouvelle
Le contexte chiffré donne la mesure du problème. Le rapport de GLAAD cite les travaux de l'Institute for Strategic Dialogue : pour la troisième année consécutive, plus de 20 % des crimes de haine signalés au FBI relèvent d'un mobile anti-LGBTQ+, selon les dernières données disponibles. L'observatoire ALERT Desk de GLAAD a recensé de son côté plus de 1 000 incidents anti-LGBTQ+ aux États-Unis sur la dernière année documentée. Et l'enquête de l'organisation LGBT Tech indique que 68 % des adultes LGBTQ ont vécu du harcèlement en ligne.
La désinformation visant nos communautés n'a pourtant rien d'inédit. Les lesbiennes ont été qualifiées de menaces pour la famille, de malades à guérir ou d'influences à cacher bien avant l'invention du moindre algorithme, une histoire que rappellent les figures lesbiennes qui ont réécrit les règles en leur temps, souvent contre la presse de leur époque. Ce qui change avec l'IA, c'est l'échelle et la vitesse : un stéréotype encodé dans un modèle utilisé par des centaines de millions de personnes pèse plus lourd qu'un éditorial haineux des années 1950. La leçon des militantes d'hier, de celles des archives de Lesbia Mag comme Sheila Lapinski, engagée contre l'apartheid, reste valable : la visibilité ne se reçoit pas, elle s'arrache.
L'Europe n'est pas spectatrice : la lutte contre la haine en ligne figure parmi les chantiers de la stratégie européenne pour l'égalité LGBTIQ+, et la justice européenne a déjà montré qu'elle pouvait frapper fort, comme dans l'arrêt de la CJUE contre la loi anti-LGBT hongroise.
Ce que demandent GLAAD et ses alliées
Les recommandations du Social Media Safety Index tiennent en quelques principes, applicables aux plateformes comme aux entreprises d'IA. Restaurer et appliquer les politiques de protection contre la haine, tout en cessant de supprimer l'expression LGBTQ+ légitime. Former les équipes de modération aux enjeux LGBTQ+, dans toutes les langues et toutes les régions, et réserver l'IA au signalement pour examen humain plutôt qu'aux suppressions automatiques. Ouvrir les algorithmes aux chercheuses et chercheurs indépendants. Minimiser la collecte de données sensibles, orientation sexuelle et identité de genre en tête, et mettre fin à la publicité de surveillance ciblée.
Sarah Kate Ellis ajoute un argument économique à destination des géants du secteur : consacrer ne serait-ce que 1 % des sommes levées par l'industrie de l'IA à corriger les fondations suffirait, selon elle, à rendre ces outils plus sûrs « pas seulement pour les personnes LGBTQ, mais pour tout le monde et toutes les familles ». Quant aux créatrices et créateurs visés par le harcèlement, sa réponse, citée par The Advocate, refuse la fatalité : les menaces et la désinformation « ne font pas partie du métier », ce sont « des défaillances systémiques que les dirigeants de la tech ont les outils de corriger, mais dont ils choisissent de tirer profit ».
En attendant que les modèles s'améliorent, la meilleure réponse reste celle que nos communautés pratiquent depuis toujours : produire et soutenir nos propres récits. Plus les contenus lesbiens fiables, documentés et visibles circulent, des dossiers culturels aux histoires de nos drapeaux et de nos symboles comme le labrys, plus les systèmes qui apprennent d'Internet ont une chance d'apprendre autre chose que des stéréotypes. C'est aussi vrai pour la fiction : chaque romance saphique qui trouve son public, parmi les films et séries sapphiques les plus attendus, nourrit un corpus culturel où les lesbiennes existent autrement que comme cible.
Pour suivre les questions de droits, de technologie et de société qui touchent nos vies, notre fil d'actualités lesbiennes et notre rubrique histoire lesbienne et féministe replacent chaque alerte dans le temps long.
FAQ : vos questions sur GLAAD, les IA et la sécurité en ligne
Qu'est-ce que le Social Media Safety Index de GLAAD ?
Le Social Media Safety Index est le baromètre annuel de GLAAD qui évalue les grandes plateformes sociales sur 14 indicateurs de sécurité, de vie privée et d'expression concernant les personnes LGBTQ+. Dans l'édition publiée en mai, aucune des six plateformes évaluées n'atteint la moyenne de 50 sur 100, TikTok obtenant le meilleur score avec 56.
Quelles plateformes protègent le mieux les personnes LGBTQ+ ?
Aucune plateforme évaluée par GLAAD n'obtient la moyenne. TikTok arrive en tête avec 56 sur 100, seul score stable d'une année sur l'autre, devant Instagram (41), Facebook (40), Threads (39), YouTube (30) et X (29). YouTube enregistre la plus forte chute, avec 11 points perdus, selon The Advocate.
Pourquoi l'intelligence artificielle peut-elle reproduire des biais anti-LGBTQ+ ?
Les modèles d'IA s'entraînent majoritairement sur des contenus publics du web et des réseaux sociaux. Quand la haine et la désinformation anti-LGBTQ+ y circulent sans modération, ces contenus entrent dans les données d'entraînement. La recherche citée par GLAAD montre que les systèmes peuvent absorber et reproduire ces stéréotypes, créant une boucle d'amplification.
Que reproche GLAAD à Meta et YouTube ?
GLAAD reproche à Meta d'avoir révisé début 2025 ses règles de modération en autorisant à qualifier les personnes LGBTQ+ de « malades mentales », et à YouTube d'avoir retiré l'identité de genre de ses caractéristiques protégées contre les discours de haine. Ces reculs ont fait chuter leurs scores dans le Social Media Safety Index.
Le hashtag #lesbian a-t-il vraiment été bloqué sur Instagram ?
Oui. Selon le rapport de GLAAD, Meta a bloqué pendant plusieurs mois fin 2024 les hashtags LGBTQ+ comme #lesbian dans la recherche et la découverte pour les comptes adolescents, au titre de sa politique sur les « contenus sensibles ». L'affaire, révélée par la journaliste Taylor Lorenz, illustre l'assimilation persistante des identités queer à du contenu adulte.
Que recommande GLAAD aux entreprises d'intelligence artificielle ?
GLAAD demande aux entreprises d'IA de garantir l'exactitude des contenus de leurs modèles sur les sujets LGBTQ+, d'offrir des contrôles de confidentialité permettant de refuser le partage de ses données, et de réserver l'IA de modération au signalement pour examen humain. Un rapport de recommandations détaillées a été annoncé par Sarah Kate Ellis.
Comment protéger ses données quand on est lesbienne sur les réseaux sociaux ?
Les recommandations de GLAAD invitent à limiter les informations sensibles confiées aux plateformes et aux chatbots, à utiliser les réglages de confidentialité et de publicité ciblée, et à privilégier les services qui minimisent la collecte de données. L'orientation sexuelle pouvant être déduite des usages, la prudence vaut aussi pour les questions posées aux IA.
📌 À retenir
Au sommet Axios AI+ de New York, Sarah Kate Ellis a alerté sur les biais anti-LGBTQ+ que les grands modèles d'IA absorbent via leurs données d'entraînement, et sur les risques d'identification des personnes queer par leurs conversations avec les chatbots. Son organisation GLAAD documente dans son Social Media Safety Index la dégradation continue de la sécurité en ligne : aucune grande plateforme n'atteint la moyenne. Un rapport de recommandations pour les entreprises d'IA est annoncé. La visibilité lesbienne en ligne, entre haine mal modérée et censure algorithmique, reste à défendre sur les deux fronts.
Sources
Axios : Sarah Kate Ellis sur les biais de l'IA au sommet Axios AI+ NY
GLAAD : Key Findings and Recommendations du Social Media Safety Index
The Advocate : scores des plateformes et analyse du rapport GLAAD
GO Magazine : l'alerte de la dirigeante de GLAAD sur les modèles d'IA
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