Mariage homosexuel : le soutien recule aux États-Unis (Gallup)

Pendant vingt ans, la courbe ne faisait que monter. Elle redescend. Selon l’enquête annuelle de Gallup publiée le 3 juin, 65 % des Américaines et Américains soutiennent le mariage entre personnes de même sexe, six points de moins qu’au pic de 2022-2023. Le recul, concentré chez les électeurs républicains, touche aussi la perception morale de l’homosexualité. Décryptage de chiffres qui concernent directement les femmes lesbiennes et bisexuelles, aux États-Unis et au-delà.
📅 Publication : 3 juin 2026 (enquête Values and Beliefs, terrain du 1er au 17 mai)
📺 Source : Gallup, échantillon de 1 001 adultes, marge d’erreur ±4 points
🎬 Chiffre clé : 65 % de soutien au mariage homosexuel, contre 71 % au pic de 2022-2023
👥 Fracture partisane : 87 % chez les démocrates, 67 % chez les indépendants, 37 % chez les républicains
🔥 Tendance : troisième année consécutive d’érosion
❓ Le soutien au mariage homosexuel baisse-t-il aux États-Unis ?
Oui. Selon Gallup (enquête publiée le 3 juin 2026), 65 % des adultes américains jugent que les mariages entre personnes de même sexe doivent être reconnus par la loi, contre 71 % au pic de 2022-2023. La baisse provient surtout des républicains, dont le soutien est passé de 55 % en 2021-2022 à 37 %.
Sommaire
- Que dit exactement l’enquête Gallup ?
- Qui fait baisser les chiffres ? La fracture partisane se creuse
- Le mariage homosexuel est-il menacé juridiquement aux États-Unis ?
- Et en Europe ? Un contraste qui interroge
- Ce que ce recul change concrètement pour les lesbiennes américaines
- Comment lire ces chiffres sans paniquer ni minimiser ?
- FAQ : le sondage Gallup sur le mariage homosexuel en questions
- Quel pourcentage d’Américains soutient le mariage homosexuel ?
- Pourquoi le soutien au mariage homosexuel recule-t-il aux États-Unis ?
- Le mariage homosexuel est-il toujours légal aux États-Unis ?
- Que pensent les Américains des relations lesbiennes et gays en 2026 ?
- Combien d’Américains s’identifient comme LGBTQ+ ?
- Comment l’enquête Gallup a-t-elle été réalisée ?
- Le mariage homosexuel peut-il être remis en cause aux États-Unis ?
- Sources
Que dit exactement l’enquête Gallup ?
Trois indicateurs reculent en parallèle, et c’est leur convergence qui rend la photographie inquiétante. Le soutien au mariage homosexuel s’établit à 65 %, en baisse de six points par rapport au sommet atteint en 2022 et 2023. La part des Américains qui jugent les relations gays et lesbiennes « moralement acceptables » tombe à 62 %, son niveau le plus bas depuis 2016. Et l’acceptation morale du changement de genre chute à 38 %, contre 46 % lors de la première mesure en 2021, tandis que 57 % la jugent désormais moralement condamnable.
L’enquête Values and Beliefs a été menée par téléphone du 1er au 17 mai auprès de 1 001 adultes répartis dans les cinquante États, avec une marge d’erreur de quatre points. Ces chiffres ne décrivent donc pas un effondrement, mais une inflexion nette et durable : Gallup parle d’attitudes qui ont « plafonné puis commencé à reculer modestement » après deux décennies de progression continue.
La perspective longue donne la mesure du chemin parcouru, et de ce qui se rejoue. En 1996, lorsque Gallup posait la question pour la première fois, 27 % des Américains seulement soutenaient le mariage entre personnes de même sexe. Le score a grimpé de 44 points en un quart de siècle, jusqu’à 71 % en 2022, avant d’entamer sa décrue : 69 % en 2024, puis un point de moins chaque année environ.
Qui fait baisser les chiffres ? La fracture partisane se creuse
Le recul est presque entièrement républicain, et les données partisanes de Gallup ne laissent guère de place à l’interprétation. En 2021 et 2022, 55 % des électeurs républicains soutenaient le mariage homosexuel ; ils ne sont plus que 37 %, un niveau comparable à celui de 2015, l’année de la légalisation fédérale. Chez les indépendants, la baisse existe mais reste contenue, six points de moins, à 67 %. Les démocrates, eux, n’ont pas bougé : 87 % de soutien, identique à 2022.
Même mécanique sur la question morale. Depuis 2022, la part des républicains jugeant les relations gays et lesbiennes moralement acceptables a fondu de 21 points, à 35 %, retrouvant ses niveaux de la période 2005-2014. Les indépendants reculent de huit points, à 64 %, les démocrates restent stables à 81 %. Sur le changement de genre, l’écart devient abyssal : 5 % d’acceptation morale chez les républicains, contre 42 % chez les indépendants et 60 % chez les démocrates.
Dans sa conclusion, Gallup relie explicitement cette dynamique au climat politique : le retournement intervient alors que des responsables conservateurs ont multiplié les offensives contre les programmes de diversité, d’équité et d’inclusion. Les personnes trans, premières cibles de ces campagnes, voient l’opinion se durcir plus vite à leur sujet qu’à propos du mariage.
💬 « Les attitudes pro-LGBTQ+ ont culminé il y a environ cinq ans et s’érodent depuis, principalement chez les républicains. »
- Jeffrey M. Jones, analyste Gallup, 3 juin 2026 (traduction de la rédaction)
Le mariage homosexuel est-il menacé juridiquement aux États-Unis ?
Pas directement, et c’est une distinction essentielle. Le mariage entre personnes de même sexe reste légal dans tout le pays depuis l’arrêt Obergefell v. Hodges de la Cour suprême, rendu en 2015. Depuis 2022, le Respect for Marriage Act, voté par le Congrès avec des voix des deux partis, impose en outre à l’État fédéral et à chaque État de reconnaître les mariages valablement célébrés ailleurs, même en cas de revirement jurisprudentiel.
L’inquiétude porte donc moins sur la loi que sur le climat. Une opinion publique qui se refroidit facilite les offensives législatives locales, les discours de stigmatisation et les reculs administratifs. Pour les couples de femmes, qui représentent une part importante des mariages entre personnes de même sexe, la sécurité juridique acquise ne dit rien de l’hostilité sociale qui peut renaître autour d’elle.
Un autre chiffre de Gallup éclaire l’enjeu démographique : 9 % des adultes américains s’identifient comme lesbiennes, gays, bisexuels ou transgenres selon la mesure publiée en février, plus du double d’il y a une décennie. L’écart se creuse donc entre une population queer toujours plus visible et assumée, et une fraction de l’électorat qui s’en détourne.
💡 Le saviez-vous ? Lorsque Gallup a interrogé pour la première fois les Américains sur la moralité des relations homosexuelles, en 2001, 40 % les jugeaient acceptables. Le score a culminé à 71 % en 2022 avant de redescendre à 62 % aujourd’hui, son plus bas niveau en dix ans.
Et en Europe ? Un contraste qui interroge
Le mouvement américain ne se réplique pas mécaniquement ailleurs, mais il résonne. En France, le mariage pour tous est en vigueur depuis 2013 et ne fait plus l’objet d’une contestation politique majeure, même si les actes anti-LGBT recensés par les associations restent élevés. À l’échelle de l’Union européenne, Bruxelles a présenté une feuille de route pour la période 2026-2030, que nous avons analysée dans notre article sur la stratégie européenne pour l’égalité LGBTIQ+ : pratiques de conversion, haine en ligne, reconnaissance des familles arc-en-ciel.
La leçon du sondage Gallup vaut pourtant pour tous les pays : aucun acquis n’est irréversible quand l’opinion se retourne. Les militantes lesbiennes francophones le savent, elles qui continuent de défiler chaque année, de la marche lesbienne parisienne aux marches des fiertés de juin, pour rappeler que la visibilité se défend dans la rue autant que dans les urnes.
Les cycles de progrès et de retour de bâton traversent toute l’histoire des luttes lesbiennes, des bars clandestins aux victoires législatives. Notre rubrique histoire lesbienne et féministe retrace ces allers-retours, comme en témoigne aussi notre interview d’archive de Sheila Lapinski, lesbienne engagée contre l’apartheid.
Ce que ce recul change concrètement pour les lesbiennes américaines
D’abord, rien ne change pour les couples déjà mariés : leurs unions restent valides et reconnues. Ensuite, tout peut changer dans l’ambiance : un soutien qui passe de 71 % à 65 % en trois ans signifie des millions de personnes qui ont basculé du côté de la désapprobation, avec des effets concrets sur la vie quotidienne, au travail, à l’école, dans les familles. Les enquêtes d’opinion ne mesurent pas seulement des idées abstraites, elles dessinent le niveau d’hostilité qu’une lesbienne peut rencontrer en tenant la main de sa compagne dans la rue.
La dimension générationnelle et militante du symbole reste forte. Le mariage a longtemps été le marqueur ultime de l’égalité revendiquée, célébré dans la culture populaire à travers des unions très médiatisées de figures publiques, dont certaines figurent dans notre dossier sur les couples lesbiens célèbres. Voir l’adhésion s’effriter rappelle que la normalisation culturelle, des symboles comme le drapeau lesbien à la représentation à l’écran, demeure un travail continu plutôt qu’une étape franchie une fois pour toutes.
Le suivi de ces évolutions, sondage après sondage, loi après loi, fait partie de la mission que s’est donnée la rédaction dans son fil d’actualités lesbiennes.
Besoin de respirer après les chiffres ? La culture reste une arme douce : retrouvez notre sélection des films et séries sapphiques les plus attendus pour nourrir la visibilité autrement.
Comment lire ces chiffres sans paniquer ni minimiser ?
Un sondage isolé ne fait pas une tendance, mais ce n’est pas le cas ici : Gallup mesure la même question avec la même méthode depuis 1996, et la baisse se répète sur trois années consécutives, au-delà de la marge d’erreur cumulée. C’est ce qui distingue une inflexion réelle d’un simple bruit statistique. À l’inverse, il faut résister à la lecture catastrophiste : 65 % de soutien reste un niveau historiquement élevé, deux fois et demie supérieur à celui de 1996, et la majorité des Américains de toutes générations continue d’approuver ces unions.
La vraie information se loge dans la décomposition partisane. Quand un camp politique passe de 55 % à 37 % de soutien en quatre ans, le basculement ne reflète pas une évolution spontanée de la société, mais l’effet d’un discours politique organisé. Les attitudes envers les personnes trans, qui chutent plus vite et plus fort que celles envers le mariage, confirment ce mécanisme de ciblage. Pour les observatrices des droits LGBTQ+, le sondage fonctionne donc comme un avertissement précoce plutôt que comme un constat de défaite.
FAQ : le sondage Gallup sur le mariage homosexuel en questions
Quel pourcentage d’Américains soutient le mariage homosexuel ?
65 % des adultes américains estiment que les mariages entre personnes de même sexe doivent être reconnus par la loi, selon l’enquête Gallup publiée le 3 juin 2026. C’est six points de moins que le record de 71 % mesuré en 2022 et 2023.
Pourquoi le soutien au mariage homosexuel recule-t-il aux États-Unis ?
L’essentiel du recul vient des électeurs républicains, dont le soutien est passé de 55 % en 2021-2022 à 37 % aujourd’hui, selon Gallup. L’institut relie cette érosion aux offensives de responsables conservateurs contre les politiques de diversité et d’inclusion, dans un climat politique durci.
Le mariage homosexuel est-il toujours légal aux États-Unis ?
Oui. L’arrêt Obergefell v. Hodges de la Cour suprême garantit depuis 2015 le droit au mariage dans tout le pays, et le Respect for Marriage Act de 2022 impose la reconnaissance fédérale et interétatique des unions célébrées. Le recul mesuré par Gallup concerne l’opinion publique, pas la loi.
Que pensent les Américains des relations lesbiennes et gays en 2026 ?
62 % des adultes américains jugent les relations gays et lesbiennes moralement acceptables, d’après Gallup. C’est le niveau le plus bas depuis 2016, après un pic à 71 % en 2022, et la fracture partisane est marquée : 81 % chez les démocrates contre 35 % chez les républicains.
Combien d’Américains s’identifient comme LGBTQ+ ?
9 % des adultes américains s’identifient comme lesbiennes, gays, bisexuels ou transgenres, selon la mesure annuelle de Gallup publiée en février 2026. Cette proportion a plus que doublé en une décennie, portée par les jeunes générations.
Comment l’enquête Gallup a-t-elle été réalisée ?
L’enquête Values and Beliefs de Gallup a été conduite par téléphone du 1er au 17 mai 2026 auprès d’un échantillon aléatoire de 1 001 adultes vivant dans les cinquante États américains et le district de Columbia. La marge d’erreur est de plus ou moins quatre points au niveau de confiance de 95 %.
Le mariage homosexuel peut-il être remis en cause aux États-Unis ?
À ce jour, aucune procédure n’abroge le droit au mariage : Obergefell v. Hodges reste en vigueur et le Respect for Marriage Act de 2022 verrouille la reconnaissance des unions existantes. Selon Gallup, le risque actuel se situe surtout dans l’opinion, où le soutien recule pour la troisième année consécutive, un terrain qui peut nourrir de futures offensives politiques.
📌 À retenir
Le soutien au mariage homosexuel aux États-Unis tombe à 65 %, six points sous son record de 2022-2023, selon Gallup. La baisse est presque entièrement portée par les républicains, passés de 55 % à 37 % de soutien en quatre ans, tandis que démocrates et indépendants restent largement favorables. La loi ne change pas, Obergefell et le Respect for Marriage Act tiennent, mais le climat se durcit, et l’acceptation morale de l’homosexualité retrouve son niveau de 2016. Un rappel que les droits acquis vivent aussi de l’opinion qui les entoure.
Sources
Gallup : U.S. Support for LGBTQ+ Issues Remains Down From Peak
Gallup : LGBTQ+ Identification Holds at 9% in U.S.
GO Magazine : Americans' Support for Same-Sex Marriage Declines to Lowest Point in Years
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