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Marlene Dietrich : l'icone bisexuelle qui defia Hollywood

(Temps de lecture: 6 - 12 minutes)

Marlene Dietrich icône bisexuelle de Hollywood, portrait glamour en clair-obscur des années 1930

Un smoking, un haut-de-forme, un baiser donné à une femme en plein écran : nous sommes en 1930, et Marlene Dietrich vient de réécrire les règles. Bien avant que l'on parle de visibilité queer, l'actrice et chanteuse allemande menait de front une carrière hollywoodienne, des amours avec des hommes et des femmes, et une résistance frontale au nazisme. Portrait d'une femme qui a fait de la liberté un art de vivre.

📅 Naissance : 27 décembre 1901, à Schöneberg (Berlin)
🕯️ Décès : 6 mai 1992, à Paris
🎬 Films clés : L'Ange bleu, Morocco, Shanghai Express
🏳️‍🌈 Identité : bisexuelle, icône queer du XXe siècle
🎖️ Engagement : résistante au nazisme, citoyenne américaine

❓ Qui était Marlene Dietrich ?

Marlene Dietrich (1901-1992) était une actrice et chanteuse germano-américaine, figure majeure du cinéma du XXe siècle. Révélée par L'Ange bleu en 1930, elle devint une star de Hollywood, une résistante au nazisme et l'une des icônes bisexuelles les plus célèbres de son époque, connue pour son androgynie et sa liberté assumée.

Sommaire

De Berlin à Hollywood : la naissance d'une légende

Née Marie Magdalene Dietrich le 27 décembre 1901 dans le quartier de Schöneberg à Berlin, la future star contracte ses deux prénoms vers l'âge de onze ans pour forger celui de Marlene. Elle rêve d'abord de devenir violoniste, avant qu'une blessure au poignet ne la détourne de la musique. Elle se tourne alors vers le théâtre et le cabaret, dans le Berlin effervescent des années 1920.

Sa vie bascule en 1930 avec L'Ange bleu (Der blaue Engel), réalisé par Josef von Sternberg. Son personnage de Lola Lola, chanteuse de cabaret fatale, lui vaut une reconnaissance internationale et un contrat avec le studio Paramount. Le tandem qu'elle forme avec Josef von Sternberg produira sept films, dont six tournés à Hollywood : Morocco (1930), Agent X 27 (1931), Shanghai Express et Blonde Vénus (1932), L'Impératrice rouge (1934) et La Femme et le Pantin (1935).

Dès son premier film américain, Morocco, Marlene Dietrich impose son image. Dans une scène devenue mythique, elle apparaît en smoking et haut-de-forme, puis embrasse une femme sur la bouche. Ce rôle lui vaut sa seule nomination à l'Oscar de la meilleure actrice. L'androgynie n'est pas un accessoire : c'est une signature.

Marlene Dietrich appartient à un panthéon de femmes qui ont bousculé leur époque. Retrouvez d'autres trajectoires marquantes dans notre dossier sur douze femmes lesbiennes célèbres qui ont réécrit les règles.

Le Berlin des années 1920, matrice de sa liberté

Pour comprendre Marlene Dietrich, il faut revenir au Berlin de la République de Weimar. Dans les années 1920, la capitale allemande était l'une des villes les plus libres d'Europe pour les minorités sexuelles : cabarets, bars gays, bals travestis, revues où les genres se brouillaient. La jeune Marlene y a fait ses armes comme choriste et figurante, fréquentant des établissements comme le Mali und Igel tenu par Elsa Conrad.

Cette effervescence a forgé son rapport au corps, au vêtement et au désir. Elle y a appris qu'une femme pouvait porter le costume d'homme, séduire qui elle voulait et faire de la provocation une élégance. Quand elle a emporté cette liberté à Hollywood, elle n'a fait que prolonger une éducation berlinoise. Le contraste n'en était que plus saisissant dans une Amérique puritaine et soumise au code de censure des studios.

Le « sewing circle » : les amours féminines de Marlene

Marlene Dietrich n'a jamais fait de coming out public, l'époque ne le permettait pas, mais sa bisexualité n'était un secret pour personne dans le Hollywood des studios. Elle avait grandi dans le Berlin libertaire des années 1920, fréquentant les bars gays et les bals travestis, défiant les codes de genre jusque dans la boxe, qu'elle pratiquait dans un club ouvert aux femmes.

À Hollywood, elle multiplie les liaisons avec des hommes et des femmes, souvent simultanées, presque toujours connues de son mari Rudolf Sieber, qu'elle avait épousé en 1923 et auquel elle restera mariée jusqu'à la mort de celui-ci. Pour désigner le cercle des actrices lesbiennes et bisexuelles vivant cachées, elle popularise une expression restée célèbre : le « sewing circle », le cercle de couture. Ce terme devint un code pour les rassemblements de femmes queer du cinéma.

Parmi ses amours féminines documentées figure l'écrivaine cubano-américaine Mercedes de Acosta, au début des années 1930, qui se disait aussi l'amante de Greta Garbo. À Paris, elle noue une longue relation avec Frede, hôtesse de cabaret rencontrée en 1936 au Monocle, célèbre boîte de nuit pour femmes du boulevard Edgar-Quinet ; leur amitié durera jusque dans les années 1970. On lui prête aussi une liaison avec l'aristocrate et pilote Joe Carstairs.

💡 Le saviez-vous ? C'est en grande partie la biographie écrite par sa fille, Maria Riva, et publiée en 1993, qui a confirmé en détail l'ampleur des amours féminines de Marlene Dietrich et le fonctionnement de son fameux « sewing circle ».

Une résistante face au nazisme

Au milieu des années 1930, alors que le régime nazi cherche à récupérer la plus célèbre actrice allemande, Marlene Dietrich refuse net. Les émissaires d'Adolf Hitler lui proposent des contrats mirobolants pour qu'elle revienne tourner en Allemagne. Elle dit non, demande la nationalité américaine en 1937 et l'obtient en 1939, renonçant alors à sa citoyenneté allemande.

Son engagement va plus loin que le symbole. Elle aide des exilés à fuir l'Allemagne, héberge des réfugiés, et place l'intégralité de son cachet pour le film Knight Without Armor sous séquestre afin de financer leur fuite. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle se produit inlassablement devant les troupes alliées, au plus près du front. Cet engagement lui vaudra la Légion d'honneur française, la Médaille de la Liberté américaine et, en 1965, la Médaille de la Vaillance israélienne, dont elle est la première femme et la première personne allemande récompensée.

Ce courage a un prix. Quand elle revient chanter en Allemagne de l'Ouest en 1960, des manifestants la huent au cri de « Marlene, rentre chez toi », deux alertes à la bombe visent ses concerts. Une partie de ses compatriotes ne lui pardonne pas d'avoir choisi le camp des Alliés. Le maire de Berlin Willy Brandt, lui-même opposant exilé sous le nazisme, l'accueille au contraire chaleureusement.

💬 « Elle a vécu comme un soldat et aurait voulu être enterrée comme un soldat. »

- Le prêtre officiant lors des funérailles de Marlene Dietrich, à Paris

Une carrière qui a traversé les décennies

La collaboration avec Josef von Sternberg s'achève au milieu des années 1930, mais la carrière de Marlene Dietrich, elle, se prolonge bien après. À la fin des années 1940 et dans les années 1950, elle tourne pour les plus grands : Billy Wilder dans La Scandaleuse de Berlin, Alfred Hitchcock dans Le Grand Alibi, puis de nouveau Billy Wilder dans Témoin à charge. Orson Welles lui offre une apparition mémorable dans La Soif du mal, et Stanley Kramer un rôle grave dans Jugement à Nuremberg.

À partir des années 1950, elle se réinvente en artiste de scène. Pendant près de deux décennies, elle parcourt le monde avec un tour de chant devenu légendaire, en robe scintillante moulante, transformant le récital en spectacle total. Sa voix grave, son phrasé, sa présence font de chaque concert un événement. Elle a ainsi sa place dans toute histoire des musiques et voix queer qui ont marqué la culture. Retirée à Paris dans ses dernières années, elle y vit recluse jusqu'à sa mort, le 6 mai 1992, à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Ses funérailles, célébrées à l'église de la Madeleine, rassemblent des milliers de personnes avant que son corps ne soit transféré à Berlin.

L'androgynie comme manifeste

Le costume masculin, chez Marlene Dietrich, n'a jamais été un déguisement ponctuel. Le smoking, le pantalon, le chapeau d'homme sont devenus des éléments de son identité publique, à une époque où une femme en pantalon pouvait faire scandale. En portant ces vêtements avec élégance et autorité, elle a ouvert un espace pour toutes celles qui refusaient les assignations. Avant elle, d'autres femmes avaient déjà brouillé les codes du genre et du désir, comme George Sand, qui scandalisa le XIXe siècle par sa liberté.

Cette image androgyne a fait d'elle une référence pour des générations d'artistes et de figures queer. Sa silhouette, sa voix grave, son regard en clair-obscur ont nourri une esthétique reprise jusque dans la pop contemporaine. En 1999, l'American Film Institute l'a classée neuvième plus grande légende féminine du cinéma hollywoodien classique. En 2002, Berlin, sa ville natale qui l'avait longtemps boudée, l'a faite citoyenne d'honneur à titre posthume.

Repère Détail vérifié
Révélation L'Ange bleu (1930), de Josef von Sternberg
Scène culte Baiser à une femme en smoking dans Morocco (1930)
Amours féminines Mercedes de Acosta, Frede, Joe Carstairs
Nationalité Citoyenne américaine en 1939, contre le nazisme
Reconnaissance 9e légende féminine du cinéma selon l'AFI (1999)

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Un héritage queer toujours vivant

Marlene Dietrich appartient à cette lignée de femmes qui ont vécu leur bisexualité « sans s'excuser », à une époque où le placard était la règle. Sa façon d'aimer les hommes et les femmes, de brouiller les genres et de revendiquer son indépendance, en fait une pionnière dont l'aura n'a pas faibli. Elle a montré qu'une femme pouvait être une star mondiale, une amante libre et une résistante, sans rien renier. Le cinéma a mis des décennies à filmer le désir entre femmes avec la même liberté qu'elle vivait la sienne, jusqu'à des oeuvres comme la romance lesbienne de Carol, héritière lointaine de ces pionnières.

Son nom revient régulièrement dans les généalogies de la culture lesbienne et bisexuelle, aux côtés d'autres icônes qui ont caché ou affirmé leurs amours. Son image continue d'inspirer la mode, la scène et la pop, preuve qu'une silhouette en smoking peut traverser un siècle sans prendre une ride.

Cet héritage est aussi documenté. À sa mort, ses archives personnelles, lettres, costumes, photographies, ont été rassemblées à Berlin, où elles forment l'une des collections les plus riches consacrées à une star du cinéma. La correspondance conservée éclaire ses amitiés et ses amours, dont sa longue relation avec Frede. La biographie publiée par sa fille, Maria Riva, a complété ce portrait intime, sans complaisance, en assumant la complexité d'une femme à la fois libre et secrète, généreuse et difficile.

Le paradoxe Dietrich tient peut-être là : elle a passé sa vie à se montrer tout en se protégeant, à incarner le désir sans jamais s'expliquer. Cette tension, entre l'exposition glorieuse et le secret farouche, fait d'elle une figure profondément moderne. Beaucoup de personnes queer s'y reconnaissent encore : la liberté arrachée, jamais offerte, et le refus de rendre des comptes sur sa façon d'aimer.

D'autres amours célèbres restées longtemps dans l'ombre ? Lisez notre enquête sur l'histoire d'amour cachée de Whitney Houston et Robyn Crawford, et notre dossier sur les rumeurs entourant Marie-Antoinette.

Questions fréquentes

Marlene Dietrich était-elle lesbienne ou bisexuelle ?

Marlene Dietrich était bisexuelle. Elle a eu de nombreuses liaisons avec des hommes et des femmes tout au long de sa vie, souvent connues de son mari Rudolf Sieber. Elle n'a jamais fait de déclaration publique, mais sa bisexualité était notoire dans le milieu du cinéma.

Quel est le film le plus connu de Marlene Dietrich ?

L'Ange bleu (1930), de Josef von Sternberg, l'a révélée au monde entier dans le rôle de Lola Lola. À Hollywood, Morocco la même année et Shanghai Express en 1932 comptent aussi parmi ses films les plus célèbres.

Qu'est-ce que le « sewing circle » de Marlene Dietrich ?

C'est l'expression qu'elle employait pour désigner le cercle des actrices lesbiennes et bisexuelles vivant cachées à Hollywood. Le terme, qui signifie « cercle de couture », est devenu un code pour les rassemblements discrets de femmes queer du cinéma de l'époque.

Pourquoi Marlene Dietrich est-elle une icône queer ?

Pour sa bisexualité vécue sans honte, son androgynie assumée et sa façon de porter le smoking à une époque où cela faisait scandale. Dès 1930, elle embrassait une femme à l'écran dans Morocco. Son image a inspiré des générations d'artistes LGBTQ+.

Quel a été son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Elle a refusé les offres du régime nazi, est devenue citoyenne américaine en 1939, a aidé des réfugiés à fuir l'Allemagne et s'est produite devant les troupes alliées au front. Elle a reçu pour cela la Légion d'honneur, la Médaille de la Liberté et la Médaille de la Vaillance israélienne.

Où redécouvrir les films de Marlene Dietrich aujourd'hui ?

Ses grands classiques, de L'Ange bleu à Shanghai Express, ressortent régulièrement en versions restaurées, dans les cinémas de patrimoine, les rétrospectives et les éditions vidéo. Plusieurs plateformes de cinéma d'auteur les proposent par cycles ; mieux vaut vérifier leur disponibilité au moment de la recherche.

📌 À retenir

Marlene Dietrich a incarné une liberté rare pour son temps : star mondiale révélée par L'Ange bleu, amante d'hommes et de femmes réunies dans son « sewing circle », résistante au nazisme devenue citoyenne américaine en 1939. Son androgynie et sa bisexualité assumée en font une icône queer durable, dont l'héritage continue d'irriguer la mode, la scène et la culture lesbienne et bisexuelle.

Sources


Article mis à jour le 5 juillet 2026
LM
Article signé
La rédaction de Lesbia Mag
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