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Bury Your Gays : pourquoi tant de lesbiennes meurent à l'écran

Arts et Culture
(Temps de lecture: 6 - 11 minutes)

Bury Your Gays : Clarke (Eliza Taylor) et Lexa (Alycia Debnam-Carey) dans The 100, exemple emblematique du trope

Vous avez sans doute déjà ressenti cette appréhension : un couple de femmes se forme à l'écran, le bonheur s'installe, et une part de vous attend déjà le drame. Ce réflexe a un nom : Bury Your Gays, le trope qui consacre la mort répétée des personnages queer, et tout particulièrement des lesbiennes. Voici d'où il vient, pourquoi il a déclenché une révolte des fans, et comment la fiction commence à s'en défaire.

📺 Nom du trope : Bury Your Gays, aussi appelé « Dead Lesbian Syndrome »
🎯 Cible principale : personnages lesbiens et bisexuels féminins
🕰️ Origine : littérature de gare et cinéma sous censure
💥 Bascule médiatique : la mort de Lexa dans The 100 (2016)
📊 Ampleur : plus de 200 personnages lesbiens et bis recensés morts à la télévision

❓ C'est quoi le trope Bury Your Gays ?

Bury Your Gays (« enterrez vos homos ») désigne la tendance de la fiction à faire mourir ou mal finir ses personnages LGBTQ. Le problème n'est pas une mort isolée, mais la fréquence : les personnages lesbiens et bisexuels meurent bien plus souvent que les personnages hétérosexuels, au point qu'on parle aussi de « Dead Lesbian Syndrome », le syndrome de la lesbienne morte.

Sommaire

Aux origines : censure, pulp et homosexuels « punis »

Le trope ne date pas d'hier. Selon les bases d'analyse culturelle, il descend en partie de la figure de l'« homosexuel dépravé », ce personnage explicitement gay ou lesbien que la fiction cantonnait au rôle de méchant avant de l'éliminer, pour mieux laver l'honneur des héros hétérosexuels. La mort fonctionnait comme une punition morale.

La littérature lesbienne de gare, le fameux pulp du milieu du vingtième siècle, en offre un exemple frappant. Pour passer les fourches de la censure et des lois sur l'obscénité, ces romans devaient se conclure par le malheur des amantes : séparation, folie ou mort. Le désir entre femmes pouvait exister sur la page à condition d'être châtié à la dernière. Cette mécanique a survécu bien après la fin des codes officiels, par habitude scénaristique autant que par frilosité.

💡 Le saviez-vous ? Après la mort de Lexa, le site lesbien Autostraddle a entrepris de recenser chaque personnage lesbien ou bisexuel féminin tué à la télévision. La liste dépasse aujourd'hui les 200 noms, un décompte qui a frappé les esprits par son ampleur.

Lexa, l'électrochoc de The 100

Si le trope existait depuis des décennies, c'est en 2016 qu'il devient un sujet de débat grand public. Dans la série The 100, le personnage de Lexa, commandante interprétée par Alycia Debnam-Carey, meurt par balle perdue quelques instants à peine après avoir enfin consommé son histoire d'amour avec Clarke, jouée par Eliza Taylor. La scène déclenche une colère immédiate et massive.

Pour des milliers de spectatrices, le scénario reproduisait à la lettre le vieux schéma : la lesbienne heureuse, donc condamnée. La mobilisation en ligne donne naissance au mouvement « LGBT Fans Deserve Better » et à des collectes de fonds pour des associations. Le scénariste Javier Grillo-Marxuach reconnaîtra publiquement la douleur causée. La mort de Lexa devient le symbole d'un ras-le-bol accumulé depuis des années.

Autre histoire d'amour culte minée par la violence narrative : celle de Eve et Villanelle dans Killing Eve, dont le dénouement a divisé les fans.

Pourquoi ce trope fait mal

On pourrait objecter que les personnages meurent dans toutes les fictions. C'est vrai, mais l'argument manque l'essentiel. Le cœur du problème tient à la disproportion : quand une catégorie de personnages déjà rare à l'écran meurt bien plus souvent que les autres, le message implicite devient assourdissant. L'amour entre femmes y apparaît comme un sursis, jamais comme un horizon.

Cet effet se double d'un manque de modèles positifs. Pour beaucoup de jeunes spectatrices, ces récits étaient les seuls miroirs disponibles. Voir mourir, encore et encore, les rares personnages auxquelles s'identifier laisse une trace. La représentation n'est pas un détail cosmétique : elle façonne l'idée qu'on se fait de ses propres possibles. C'est tout l'enjeu que nous explorons dans notre panorama de l'histoire et la représentation lesbiennes des origines à nos jours.

Le sujet touche aussi à la mémoire intime des spectatrices, comme le raconte ce témoignage sur la représentation lesbienne et son importance pour une jeune lectrice. Avant même la mort, beaucoup de récits se contentaient du sous-texte, ce désir suggéré mais jamais nommé, comme dans la relation entre Xena et Gabrielle.

Forme du trope Mécanisme
La mort punition Le personnage queer meurt peu après avoir vécu son amour ou son désir.
La méchante éliminée L'unique personnage lesbien est aussi le vilain, supprimé à la fin.
Le sous-texte sans suite L'amour est suggéré mais jamais assumé, puis abandonné.
La fin tragique obligée Séparation ou drame imposé, là où un couple hétéro aurait sa fin heureuse.

Un trope qui résiste, mais qui recule

Le débat n'a rien d'un vestige. En 2026, la polémique a resurgi autour de la série Rivals, selon le magazine DIVA, preuve que la vigilance des spectatrices reste vive. Chaque mort de personnage lesbien est désormais scrutée, commentée, réclamée comme un choix à justifier plutôt qu'une facilité de scénario.

La bonne nouvelle, c'est que la pression a porté ses fruits. De plus en plus de récits offrent enfin aux femmes qui aiment les femmes des fins ouvertes, heureuses, ordinaires. La romance feutrée de Carol, qui refuse le destin tragique, a montré la voie au cinéma. Côté jeunesse, la conclusion lumineuse de Heartstopper avec le film Forever incarne ce basculement vers la douceur.

Les séries grand public suivent, parfois maladroitement. Le premier baiser lesbien de Yellowstone ou la longévité de personnages comme Shane McCutcheon dans l'univers The L Word prouvent qu'on peut écrire des lesbiennes vivantes et complexes. De nouvelles fictions revendiquent même fièrement leurs héroïnes, à l'image de Gillian Anderson et Lena Headey dans The Abandons.

Pour célébrer les modèles qui durent, voici notre top des couples lesbiens célèbres qui brisent les stéréotypes.

Cette évolution accompagne une génération plus visible et plus exigeante, comme le montre la plus grande étude jamais menée sur l'identité saphique de la génération Z. Pour suivre les fictions qui font le pari de l'amour heureux, gardez un œil sur notre sélection des films et séries sapphiques les plus attendus.

Avant Lexa : une longue série de deuils

La colère de 2016 n'est pas sortie de nulle part. Elle s'est nourrie d'une mémoire collective faite de morts marquantes. L'exemple le plus souvent cité en amont reste celui de Tara Maclay, dans Buffy contre les vampires, tuée par une balle perdue au début des années 2000, peu après que sa relation avec Willow se soit enfin stabilisée. Là encore, le bonheur précédait immédiatement le drame, et la scène avait déjà choqué une génération de spectatrices.

Entre ce choc et celui de Lexa, des dizaines de personnages ont connu le même sort, dans des séries de tous genres. La répétition a fini par dessiner un motif impossible à ignorer : la lesbienne ou la bisexuelle qui ose vivre son désir paie souvent de sa vie quelques épisodes plus tard. C'est cette accumulation, plus qu'un cas isolé, qui a transformé une gêne diffuse en revendication politique.

La révolte qui a changé les règles

La mort de Lexa a produit une mobilisation d'une ampleur inédite. Au-delà du mouvement « LGBT Fans Deserve Better », les spectatrices ont organisé des collectes de fonds au profit d'associations, multiplié les analyses et interpellé directement les scénaristes. Cette pression a installé une nouvelle norme : tuer un personnage lesbien n'est plus un acte anodin, mais une décision attendue au tournant, qui expose la série à un retour de bâton immédiat.

Les créateurs eux-mêmes ont dû s'expliquer. Le débat a gagné les rédactions, les conventions de fans et les réseaux, transformant une question de scénario en enjeu de représentation. Surtout, il a obligé l'industrie à se demander pourquoi elle réservait si systématiquement le malheur à ces personnages. Cette prise de conscience, lente mais réelle, a ouvert la voie à des récits plus apaisés.

Lire et regarder autrement

Comprendre le trope change la façon de consommer les fictions. Cela permet de repérer les ressorts paresseux, de saluer les œuvres qui prennent le risque du bonheur, et de soutenir les créatrices qui écrivent des lesbiennes vivantes. Le sous-texte d'hier, la mort punition d'avant-hier et les fins heureuses d'aujourd'hui racontent ensemble une histoire de la représentation en mouvement.

Côté francophone, la prise de conscience progresse plus lentement, faute d'un volume de fictions lesbiennes comparable à celui de la télévision anglo-saxonne. Mais le public français et québécois consomme largement ces séries internationales, et il en partage les attentes. Mettre des mots sur le trope, en français, aide les spectatrices à nommer ce qu'elles ressentent depuis longtemps et à réclamer mieux auprès des plateformes qui dominent désormais le marché.

Pour les lectrices, l'enjeu n'est pas de bannir toute tristesse des récits queer : une histoire peut être grave sans être punitive. L'enjeu est l'équilibre, et la fin du réflexe qui faisait de la mort le seul horizon possible. À mesure que les fictions diversifient leurs dénouements, le plaisir de s'attacher à un couple de femmes sans redouter le pire redevient enfin envisageable.

Questions fréquentes sur le trope Bury Your Gays

Que signifie « Bury Your Gays » ?

L'expression « Bury Your Gays » désigne la tendance de la fiction à faire mourir ses personnages LGBTQ, surtout lesbiens et bisexuels. Le terme souligne que ces personnages survivent rarement, contrairement aux personnages hétérosexuels, ce qui envoie un message décourageant aux spectatrices concernées.

Pourquoi parle-t-on de « Dead Lesbian Syndrome » ?

Parce que les personnages féminins lesbiens et bisexuels sont les premières victimes du trope. On parle de « syndrome de la lesbienne morte » pour pointer cette surmortalité spécifique : ce sont elles qui meurent le plus souvent, et souvent juste après avoir trouvé le bonheur.

Quel est l'exemple le plus célèbre du trope ?

La mort de Lexa dans The 100, en 2016, reste l'exemple emblématique. Tuée par une balle perdue juste après avoir consommé son amour avec Clarke, elle a cristallisé la colère des fans et lancé le mouvement « LGBT Fans Deserve Better ».

D'où vient le trope Bury Your Gays ?

Il puise ses racines dans la figure de l'« homosexuel dépravé » et dans la littérature lesbienne de gare, qui devait punir ses héroïnes pour échapper à la censure. La mort ou le malheur conditionnaient l'existence même du désir queer sur la page et à l'écran.

Le trope existe-t-il toujours en 2026 ?

Oui, mais il recule. Des polémiques récentes, comme celle entourant la série Rivals rapportée par DIVA, montrent que les morts queer restent scrutées. Dans le même temps, de plus en plus de fictions offrent des fins heureuses, signe d'une prise de conscience durable.

Quelles séries et films évitent le trope Bury Your Gays ?

Plusieurs œuvres assument des fins heureuses ou ouvertes : Carol au cinéma, Heartstopper côté jeunesse, ou des personnages durables comme Shane dans l'univers The L Word. Pour repérer les prochaines fictions qui misent sur l'amour heureux, mieux vaut suivre l'actualité des sorties saphiques et les retours des spectatrices avant de s'investir dans une série.

📌 À retenir

Bury Your Gays nomme la surmortalité des personnages queer, surtout lesbiens, dans la fiction. Héritier de la censure et du pulp, le trope a explosé au grand jour avec la mort de Lexa dans The 100 en 2016, qui a fédéré une révolte des fans. Plus de 200 personnages lesbiens ou bis recensés morts à la télévision plus tard, la tendance recule : les fins heureuses gagnent du terrain, portées par des spectatrices qui ne lâchent rien.

Sources


Article mis à jour le 20 juin 2026
LM
Article signé
La rédaction de Lesbia Mag
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