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Close, un film qui fait réfléchir sur les stéréotypes de genre, la discrimination et l'homophobie.

(Temps de lecture: 2 - 4 minutes)

close-film-lgbtq Close, un film qui fait réfléchir sur les stéréotypes de genre, la discrimination et l'homophobie.

Close est le second long-métrage du réalisateur belge Lukas DHONT. Ce drame porté par un jeu d’acteurs éblouissant (mention spéciale pour Eden DAMBRINE et Gustav de Waele qui incarnent respectivement Léo et Rémi) a remporté la palme d’or du festival de Cannes 2022 et (pour une fois) je comprends pourquoi.

Sommaire

Synopsis officiel

Léo et Rémi, 13 ans, sont amis depuis toujours. Jusqu'à ce qu'un événement impensable les sépare. Léo se rapproche alors de Sophie, la mère de Rémi, pour essayer de comprendre…

Le macabre pouvoir des codes sociaux

Premièrement, révisons un peu le système scolaire belge (oui, cela a de l’importance). Là où un élève français entre au collège entre 10 ou 11 ans, la première secondaire commence à 12 ou 13 ans dans le plat pays (pour citer Brel).

À voir Léo et Rémi galoper dans les champs de fleurs ou lutter avec leurs épées contre des ennemis imaginaires, le spectateur comprend la métaphore : petit oiseau deviendra grand, mais pour l’heure Léo et Rémi sont des oisillons simplement heureux d’exister et de partager une innocence que la vie aura tôt fait de reprendre. À la fin de l’été, ou à la faveur de l’automne (Tété sors de ce corps), les adolescents quittent la petite école, la candeur qui va avec, ses couleurs pastel de pétales diaprées, pour intégrer le monde plus monochrome du collège. Grandir ne va pas rimer ici avec élévation constructive et positive, car grandir est parfois un processus douloureux, grandir c’est se conformer, tenter de répondre aux normes sociales. Le choc est brutal, la transition inacceptable pour Rémi.

Suite à un banal incident en classe, le pouvoir des fleurs (merci Laurent) ne sera hélas plus suffisant pour sauver le lien puissant qui unissait les deux jeunes hommes depuis toujours. Quand deux camarades se questionnent sur la proximité entre Léo et Rémi et leurs demandent s’ils sont ensemble, l’harmonie du duo Léo/Rémi va se briser. Une question posée innocemment, qui va tout changer et conduire les deux amis vers l’irréparable.

Des stéréotypes de genre aux conséquences psychologiques

Après des remarques liées à sa prétendue homosexualité (question qu’il ne s’était, à vrai dire, pas encore posée puisque son lien avec Rémi était une évidence qui ne nécessitait d’entrer dans aucune case), Léo va progressivement céder à la coercition. Il commence à jouer au football, au hockey, tenter de se viriliser afin de répondre aux exigences d’une société normative et pour ce faire, il délaisse Rémi. Léo se détourne de celui avec qui il formait jusque-là un tout.

Comment Rémi peut-il survivre à l’éloignement, l’absence, l’abandon, le rejet ? Quand on n’a que 13 ans, la violence dans le manque des mots que Léo n’ose plus dire, des regards qui se détournent est insurmontable.

Petit rappel sur le développement du cerveau : le système limbique qui s’est rapidement développé autour d’une dizaine d’années permet au jeune de ressentir des émotions profondes et complexes, mais, le cortex préfrontal qui régule le comportement et la capacité à prendre des décisions lui, ne sera mature qu’autour de l’âge de vingt ans. Aussi, Rémi va-t-il réagir à l’insupportable de manière épidermique…

Mon avis

Vous l’aurez compris, la maman d’une adolescente de 13 ans que je suis a été remuée par ce film et a pleuré sur pas loin de la dernière heure de projection (cela dit, les reniflements et bruissements de mouchoirs faisaient légion dans la salle). J’ai été bouleversée par Léo et Rémi, par Sophie aussi, la maman de Rémi.

Pour conclure, ce film est empreint de poésie et de douceur, même dans l’horreur. Les dialogues sont finalement peu nombreux mais sonnent juste. Les images parlent sans mots et le rendu est puissant. Un film qui rappelle combien il est nécessaire de travailler sur les stéréotypes de genre et de lutter contre les discriminations dès le plus jeune âge. Un film à voir donc (avec un petit bémol tout de même, amateurs de sensations fortes ou âmes trop sensibles s’abstenir, on est loin du blockbuster avec ce drame psychologique).

La bande annonce

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Alexia Damyl



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