Santé des lesbiennes en France : pourquoi tant d'entre nous n'ont jamais fait de frottis

Derrière la formule rassurante « les lesbiennes sont moins à risque », des études françaises et internationales dessinent un tableau inverse. 60 % des femmes lesbiennes interrogées dans l'enquête Presse Gays et Lesbiennes n'ont jamais réalisé de frottis cervico-utérin. La moitié n'a pas été dépistée ces trois dernières années. Pour la Semaine des Visibilités Lesbiennes 2026, consacrée à la santé, Lesbia Magazine fait le point sur les angles morts du suivi gynécologique lesbien et sur les ressources francophones qui existent.
Sommaire
- Le mythe de « l'immunité sexuelle » entre femmes
- Ce que disent les chiffres français
- Le cancer du col de l'utérus concerne aussi les lesbiennes
- Cancer du sein et santé reproductive
- Les barrières à l'accès aux soins
- Comment trouver un·e soignant·e LGBT-friendly ?
- Où se faire dépister ?
- Questions fréquentes sur la santé des lesbiennes
Le mythe de « l'immunité sexuelle » entre femmes
L'idée circule depuis des décennies, dans la bouche de certains soignants comme dans la culture populaire : les rapports sexuels entre femmes seraient à faible risque, voire sans risque. Cette croyance a un nom dans la littérature médicale : le mythe de l'immunité sexuelle lesbienne.
Ce mythe repose sur une confusion entre absence de pénétration pénienne et absence de risque d'infection sexuellement transmissible (IST). Il néglige plusieurs réalités : le papillomavirus humain (HPV) se transmet par simple contact cutanéo-muqueux, les jouets partagés peuvent véhiculer des virus et bactéries, et la majorité des femmes ayant des rapports avec des femmes ont aussi, à un moment de leur vie, eu des partenaires masculins.
Ce que disent les chiffres français
L'enquête EPGL (Enquête Presse Gays et Lesbiennes) menée par Santé publique France a dressé un état des lieux alarmant du suivi gynécologique des lesbiennes. Plus d'une décennie plus tard, les données n'ont pas été significativement améliorées selon les professionnelles de santé qui travaillent sur le sujet.
| Indicateur | Femmes ayant uniquement des rapports avec des femmes |
|---|---|
| N'ont jamais consulté pour une raison gynécologique | 36 % |
| N'ont jamais eu de frottis cervico-utérin | 60 % |
| Dépistées (frottis) dans les 3 dernières années | 50 % |
| N'ont jamais été dépistées pour une chlamydia | 90 % |
À titre de comparaison, 90 % des femmes hétérosexuelles interrogées déclaraient un suivi gynécologique régulier. L'écart est massif. Il ne s'explique pas par un risque objectif plus faible, mais par une combinaison de facteurs : hétéronormativité des consultations, crainte du jugement, sous-estimation des risques par les soignantes et par les patientes elles-mêmes.
Le cancer du col de l'utérus concerne aussi les lesbiennes
Le cancer du col de l'utérus est, dans 99 % des cas, lié à une infection persistante par le papillomavirus humain (HPV). L'idée que les lesbiennes seraient épargnées est médicalement fausse.
Ce que montrent les études
Plusieurs travaux internationaux ont documenté la présence du HPV chez les femmes ayant des rapports avec des femmes :
- Environ 6 % des femmes ayant déclaré uniquement des partenaires féminines sur toute leur vie sont porteuses d'HPV.
- Chez les femmes bisexuelles, le taux de détection d'ADN du HPV peut atteindre 30 % selon les études.
- La majorité des femmes lesbiennes (entre 53 % et 99 % selon les enquêtes) ont eu au moins un partenaire masculin au cours de leur vie, le plus souvent en début de parcours sexuel.
Les recommandations de dépistage
La Haute Autorité de Santé recommande un frottis cervico-utérin tous les trois ans après deux frottis négatifs à un an d'intervalle, entre 25 et 29 ans, puis un test HPV tous les cinq ans entre 30 et 65 ans. Ces recommandations s'appliquent à toutes les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle, dès lors qu'elles sont porteuses d'un col de l'utérus.
Cancer du sein et santé reproductive
Les lesbiennes sont également concernées par le dépistage du cancer du sein. Certaines études évoquent même un risque potentiellement plus élevé, associé à des facteurs comme la nulliparité plus fréquente, l'indice de masse corporelle, la consommation d'alcool ou de tabac. Le programme national de dépistage organisé propose une mammographie gratuite tous les deux ans aux femmes de 50 à 74 ans, sans condition d'orientation sexuelle.
Les barrières à l'accès aux soins
Pourquoi tant d'entre nous évitent-elles le cabinet médical ? Les recherches identifient plusieurs obstacles qui se cumulent.
Pourquoi tant de lesbiennes évitent-elles la consultation ?
La peur du jugement ressort dans la majorité des enquêtes qualitatives. Nombreuses sont celles qui anticipent des questions intrusives, des remarques déplacées ou un inconfort à corriger un·e soignant·e qui suppose une sexualité hétérosexuelle. Une étude britannique relayée en 2026 estime qu'une femme LGBTQ+ sur trois retarde ou évite un soin par crainte de discrimination.
Quelle est la part de l'hétéronormativité médicale ?
Les questions posées en consultation sont souvent formulées sur un présupposé hétérosexuel : « Prenez-vous une contraception ? », « Avez-vous un compagnon ? ». Cette hétéronormativité place les patientes dans une position défensive dès les premières minutes de l'échange. Les chercheuses recommandent depuis plusieurs années des formulations inclusives et ouvertes, comme « Avez-vous un·e partenaire ? » ou « Avez-vous des rapports sexuels, avec qui, et de quel type ? ».
Qu'est-ce que le stress minoritaire ?
Le stress minoritaire, concept développé par le psychologue Ilan Meyer, désigne la surcharge cognitive et émotionnelle liée à l'exposition répétée au stigmate. Chez les lesbiennes, il se traduit par une vigilance constante dans les espaces de soin et une fatigue à expliquer sa vie privée à chaque nouveau rendez-vous.
Comment trouver un·e soignant·e LGBT-friendly ?
Plusieurs ressources permettent d'identifier des professionnel·les sensibilisé·es au public lesbien et queer.
- Le Planning familial propose dans plusieurs régions des consultations gynécologiques explicitement inclusives. Les antennes locales sont listées sur le site national.
- Les Centres Gratuits d'Information, de Dépistage et de Diagnostic (CeGIDD) offrent un accès gratuit aux dépistages IST et à la santé sexuelle, sans condition et sans rendez-vous systématique.
- Le CRIPS Île-de-France met à disposition un guide LGBTQI+ à l'attention des soignant·es et des patient·es.
- Les associations LGBT locales (Centre LGBTI+, SOS Homophobie, Acthé, Fédération LGBTI+) tiennent souvent à jour des listes informelles de praticien·nes recommandé·es.
Ce qu'on peut dire en consultation — « Je suis lesbienne/bisexuelle. Je souhaite un suivi gynécologique adapté à ma sexualité. » Si la réaction est inadaptée, il est possible et légitime de changer de praticien·ne. Un·e bon·ne soignant·e adapte ses questions, ses examens et ses conseils à votre réalité.
Où se faire dépister ?
Plusieurs dispositifs gratuits existent en France, ouverts à toutes, sans condition d'orientation sexuelle.
Trouver un Planning familial Annuaire des CeGIDD
Questions fréquentes sur la santé des lesbiennes
Les lesbiennes doivent-elles faire un frottis ?
Oui. Le frottis cervico-utérin est recommandé à toutes les femmes porteuses d'un col de l'utérus, entre 25 et 65 ans, quelle que soit leur orientation sexuelle. Le papillomavirus humain peut se transmettre lors de rapports sexuels entre femmes.
Le HPV se transmet-il entre femmes ?
Oui. Le HPV se transmet par contact cutanéo-muqueux, y compris entre partenaires féminines, via la bouche, les doigts, le sexe ou des jouets partagés non protégés. C'est pourquoi le dépistage du col de l'utérus concerne toutes les femmes.
Comment trouver un gynéco lesbien-friendly ?
En passant par les centres de santé sexuelle, les Plannings familiaux et les associations LGBT locales, qui tiennent à jour des listes informelles de praticien·nes sensibilisé·es. Les forums et groupes lesbiens privés sont aussi une ressource précieuse.
Qu'est-ce qu'un parcours de santé LGBT-friendly ?
Un parcours où la patiente n'a pas à masquer son orientation sexuelle ou son identité de genre, où les questions posées sont neutres, où les examens sont expliqués sans présupposé, et où les recommandations prennent en compte la réalité de sa vie sexuelle et affective.
Les lesbiennes peuvent-elles attraper des IST ?
Oui. Les IST (chlamydia, gonorrhée, syphilis, HPV, herpès, VIH, trichomonas) peuvent toutes se transmettre lors de rapports sexuels entre femmes, même si les taux diffèrent selon les infections et les pratiques. Un dépistage régulier est recommandé.
Existe-t-il une contraception pour les couples lesbiens ?
Pas au sens strict, puisque les rapports entre femmes n'entraînent pas de grossesse. Mais les lesbiennes peuvent avoir besoin d'une contraception dans certains contextes : projet parental, rapports occasionnels avec un homme, régulation hormonale médicale. Cette question doit être posée sans présupposé par le·la soignant·e.
Sources
Vous aimerez aussi
Articles sur le même sujet
- Divorce lesbien : pourquoi 41 % des couples de femmes se séparent après 10 ans
- Top 5 des couples lesbiens célèbres qui nous inspirent et brisent les stéréotypes
- Relation lesbienne à distance, 5 stratégies pour rester en couple
- PMA pour toutes : bilan pour les couples lesbiens et femmes seules en France
- Témoignage : Est-ce une chance d'être lesbienne ? La preuve par trois !
Pour participer au Mag, lisez cet article



