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Margot Heuman : survivante lesbienne de l'Holocauste

(Temps de lecture: 8 - 15 minutes)

Margot Heuman, survivante lesbienne de l'Holocauste, déportée juive amoureuse de Dita Neumann à Theresienstadt et Auschwitz, photographiée à 94 ans

Margot Heuman a été la première femme juive ouvertement lesbienne à témoigner d'une histoire d'amour saphique vécue dans les camps nazis. Déportée à 15 ans depuis l'Allemagne, elle survit à Theresienstadt, Auschwitz, Hambourg et Bergen-Belsen aux côtés de Dita Neumann, Viennoise rencontrée au ghetto. Pendant des décennies, elle parla d'une "amitié" qui les avait maintenues en vie. Ce n'est qu'à 90 ans, en 2018, après sa rencontre avec l'historienne Anna Hajkova, qu'elle accepta de nommer cette relation pour ce qu'elle était : une romance lesbienne. Margot Heuman s'est éteinte le 11 mai 2022 à Green Valley, Arizona, à l'âge de 94 ans, laissant derrière elle un témoignage rare dans la Shoah orale.

👤 Nom : Margot Cecile Heumann (puis Heuman)
📅 Naissance : 17 février 1928, Hellenthal, Allemagne
🕯️ Décès : 11 mai 2022, Green Valley, Arizona (94 ans)
💞 Compagne dans les camps : Dita Neumann (Vienne, 1928-2011)
🏕️ Camps traversés : Theresienstadt (1943), Auschwitz, Hambourg, Bergen-Belsen (1945)
📖 Récit publié : "People Without History Are Dust : Queer Desire in the Holocaust", Anna Hajkova, University of Toronto Press, 2025

❓ Qui est Margot Heuman ?

Margot Heuman (1928-2022) est une survivante juive allemande de la Shoah, première femme à avoir témoigné publiquement d'une relation amoureuse lesbienne vécue dans les camps de concentration nazis. Selon l'historienne Anna Hajkova (Université de Warwick), aucun des 52 000 entretiens conservés à la Fondation de la Shoah n'évoquait ce désir homosexuel avant son récit.

Sommaire

Margot Heuman, déportation à 15 ans depuis l'Allemagne nazie

Margot Cecile Heumann naît le 17 février 1928 à Hellenthal, dans la région d'Eifel, en Allemagne. Son père Karl tient un magasin de produits secs ; sa mère Johanna Falkenstein est femme au foyer. La famille s'installe à Lippstadt et y mène, jusqu'aux lois antisémites du Troisième Reich, une vie modeste mais stable. Les interdictions qui suivent la Nuit de cristal en novembre 1938 enferment progressivement les Juifs allemands dans une assignation à résidence.

En 1943, à 15 ans, Margot Heuman est déportée avec ses parents et sa jeune sœur Lore à Theresienstadt, ghetto de "transit" en Tchécoslovaquie utilisé par les nazis comme étape avant les camps d'extermination. Le ghetto, paradoxalement, conserve une vie culturelle juive : Margot Heuman y voit son premier opéra, "La Bohème" de Giacomo Puccini, et tombe amoureuse d'une jeune Viennoise déportée comme elle, Dita Neumann.

💡 Le saviez-vous ? Theresienstadt fut utilisé par la propagande nazie pour tromper la Croix-Rouge internationale en 1944, dans un "embellissement" filmé qui présentait le ghetto comme une "ville modèle" pour Juifs. Plus de 33 000 personnes y moururent et 88 000 furent déportées vers les camps d'extermination.

De Theresienstadt à Auschwitz, la séparation des familles

En 1944, le père de Margot Heuman est surpris en train de voler de la nourriture. La famille entière est envoyée à Auschwitz quelques jours plus tard. Dita Neumann et sa famille suivent dans les jours qui suivent. Karl Heuman meurt à Auschwitz. Johanna et la petite Lore périssent ensuite au camp de Stutthof, en Pologne occupée. Margot Heuman, sélectionnée pour le travail forcé, choisit de suivre Dita Neumann lors d'un transport vers un camp de travail à Hambourg, plutôt que de rester avec sa mère et sa sœur. Elle ne les reverra jamais.

Les deux jeunes femmes sont affectées dans une usine d'amiante où elles creusent des tranchées pour l'armée allemande. Elles partagent un lit superposé, mettent en commun leur ration, se racontent ce qu'elles feront "lorsque", et non "si" elles sortiraient libres. Cette projection partagée, selon Margot Heuman elle-même, leur sauva la vie.

💬 "Parce que j'ai pris soin d'un autre être humain, nous n'avons jamais perdu notre dignité ni notre humanité."

- Margot Heuman, témoignage oral enregistré par le United States Holocaust Memorial Museum, 1992

Une romance lesbienne dans les camps nazis : le récit longtemps enfoui de Margot Heuman et Dita Neumann

Pendant plus de soixante-dix ans, Margot Heuman raconta cette histoire comme une amitié intense, jamais comme une romance. Le silence sur le désir saphique pendant la Shoah n'est pas une exception : sur les 52 000 entretiens conservés par la Fondation de la Shoah à l'Université de Californie du Sud, "pratiquement aucun ne parle de désir homosexuel", a déclaré l'historienne Anna Hajkova, professeure associée d'histoire moderne d'Europe centrale à l'Université de Warwick (Royaume-Uni). La déportation des lesbiennes ne relevait pas du paragraphe 175 du Code pénal allemand qui visait spécifiquement les hommes homosexuels, mais l'homophobie restait endémique dans les camps, malgré l'héritage progressiste de la République de Weimar.

Margot Heuman et Dita Neumann ne furent réprimandées qu'une seule fois. Un groupe de codétenues les vit se câliner et lança : "Ce n'est pas naturel !" La tante de Dita, internée avec elles, intervint en leur faveur d'un simple : "Ce ne sont que des enfants." L'épisode dit beaucoup de la précarité de la tendresse saphique en captivité, et du regard d'une génération devant la possibilité même qu'une telle relation existe.

Margot Heuman s'inscrit dans une longue lignée de femmes effacées par l'histoire officielle. Pour situer sa trajectoire dans la généalogie des figures saphiques, notre dossier sur 12 femmes lesbiennes célèbres qui ont réécrit les règles retrace les ruptures dans lesquelles son témoignage prend tout son sens.

La rencontre avec Anna Hajkova et la nomination tardive du désir

Margot Heuman et Anna Hajkova se rencontrent en 2018 au domicile arizonien de la survivante. Un cousin de Margot Heuman, informé des recherches de l'historienne sur la sexualité dans les camps, met les deux femmes en relation. Au cours d'entretiens prolongés, Margot Heuman finit par accepter de qualifier sa relation avec Dita Neumann pour ce qu'elle fut : une histoire d'amour, et non une simple amitié de captivité. Elle avait alors 90 ans.

Cette nomination tardive éclaire un angle mort de l'histoire orale de la Shoah : le récit hétérocentré qui a structuré la mémoire des camps depuis 1945. L'arrivée d'historiennes ouvertement lesbiennes comme Anna Hajkova a fait surgir des récits que personne n'avait su, ou voulu, entendre auparavant. Margot Heuman elle-même expliqua qu'elle n'avait jamais osé en parler avant : ce n'était pas tabou, c'était inaudible.

Représentation théâtrale : "The Amazing Life of Margot Heuman" et "People Without History Are Dust"

L'histoire de Margot Heuman a été portée à la scène en 2021 dans une pièce en un acte intitulée "The Amazing Life of Margot Heuman", co-créée par Anna Hajkova et la metteuse en scène Erika Hughes, professeure de théâtre à l'Université de Portsmouth (Hampshire). Diffusée d'abord en ligne au Brighton Fringe Festival en juin 2021, la pièce a ensuite été jouée à l'Université de Hambourg et au Musée juif de Vienne, parmi d'autres institutions de mémoire.

Anna Hajkova a publié en 2025 son ouvrage "People Without History Are Dust : Queer Desire in the Holocaust" aux University of Toronto Press, dans lequel le parcours de Margot Heuman occupe une place centrale aux côtés de ceux d'Anne Frank, de Molly Applebaum et de Gad Beck. Le livre a reçu le 75e National Jewish Book Award dans la catégorie Holocauste.

Tableau récapitulatif : la chronologie de Margot Heuman

Année Événement
1928 Naissance à Hellenthal, Allemagne, dans une famille juive de Lippstadt
1943 Déportation à Theresienstadt à 15 ans, rencontre avec Dita Neumann
1944 Transfert à Auschwitz puis camp de travail à Hambourg avec Dita Neumann
1945 Libération à Bergen-Belsen, accueil par la Croix-Rouge suédoise à Stockholm
1947 Émigration à New York, premiers emplois et rencontre avec Lu Burke
1952 Naturalisation américaine, mariage avec Charles Mendelson, suppression du "n" final du nom
1976 Divorce de Charles Mendelson après le départ de ses deux enfants
2011 Décès de Dita Neumann ; Margot Heuman est à ses côtés
2018 Rencontre avec Anna Hajkova en Arizona, premier récit assumé d'une relation lesbienne
2021 Création de la pièce "The Amazing Life of Margot Heuman" au Brighton Fringe Festival
2022 Décès le 11 mai à Green Valley, Arizona, à 94 ans

L'après-camp à New York : Lu Burke, le mariage et le coming out tardif

Libérée à Bergen-Belsen en avril 1945, Margot Heuman ne pèse plus que 76 livres et survit à un typhus avancé. La Croix-Rouge suédoise la conduit à Stockholm, où une institutrice volontaire la prend en charge et la fait scolariser dans des écoles privées. La jeune femme aimait Stockholm et envisageait d'y rester. En 1947, sur insistance de son oncle maternel souhaitant rassembler ce qui restait de la famille, elle quitte la Suède pour New York.

À New York, Margot Heuman travaille dans une fabrique de boutons, comme nounou et serveuse, avant de rencontrer Lu Burke, qui deviendra plus tard rédactrice en chef au New Yorker. Les deux femmes vécurent en couple dans le West Village et Lu Burke perfectionna l'anglais de Margot Heuman en lisant le dictionnaire avec elle. Lu Burke, surnommée "Sarge" par le personnel de production du New Yorker, fut une figure légendaire et redoutée pour sa rigueur linguistique au sein du magazine.

Margot Heuman fréquenta ensuite le City College de New York, puis intégra au début des années 1950 l'agence de publicité Doyle Dane Bernbach comme "fille du vendredi". Elle y resta jusqu'à la retraite à 60 ans, finissant directrice du trafic de l'entreprise. En 1952, elle épousa Charles Mendelson, un comptable, dont elle divorça en 1976.

💬 "J'avais le sentiment que je devais à mes parents d'avoir des enfants."

- Margot Heuman, conférence publique, 2019

Un coming out familial à plus de 80 ans

Quelques années avant sa mort, Margot Heuman annonce officiellement son homosexualité à son fils et à sa belle-fille Lyndsey Layton, rédactrice en chef adjointe du bureau climatique du New York Times. La nouvelle ne surprit personne. Sa fille Jill Mendelson confia : "Je l'ai toujours su même si ça n'a jamais été un sujet de discussion." Lyndsey Layton, en apprenant la nouvelle au téléphone, répondit simplement : "Oui, oui, tu l'es, Margot !" Un coming out posthume au sens littéral : non en tant que révélation, mais en tant que reconnaissance partagée.

La trajectoire de Margot Heuman, restée silencieuse pendant des décennies, rejoint celle d'autrices francophones qui ont attendu d'avoir l'âge de la liberté pour parler. Paula Dumont, autrice engagée au service de la visibilité lesbienne, illustre la même endurance : témoigner après des années de silence imposé.

La date du 17 mai, choisie pour la mémoire des persécutions homosexuelles, prolonge le devoir de transmission incarné par Margot Heuman. Pour mesurer la chaîne historique qui relie la déportation aux droits actuels, notre dossier sur la Journée internationale de lutte contre les LGBTphobies rappelle ce que ces témoignages obligent à défendre.

Pourquoi le témoignage de Margot Heuman compte pour la mémoire lesbienne

La mémoire de la Shoah s'est construite, dès 1945, autour d'archives orales massives : Spielberg's Shoah Foundation à Los Angeles, Yad Vashem à Jérusalem, United States Holocaust Memorial Museum à Washington. Mais ces archives ont longtemps reproduit un cadre hétéronormé, qui rendait inaudible le désir saphique vécu en captivité. La déportation des hommes homosexuels au triangle rose est aujourd'hui mieux documentée, en partie grâce au travail de Heinz Heger ("Les Hommes au triangle rose", 1972) ; celle des lesbiennes, jamais codifiée par le paragraphe 175, reste largement à écrire.

Le témoignage de Margot Heuman, recueilli puis nommé tardivement, ouvre une brèche. Il rappelle que la mémoire collective dépend des questions que l'on pose, et que les femmes interrogées ne pouvaient parler que dans la mesure où l'on consentait à les entendre. Sa parole, croisée avec celle d'Anna Hajkova et avec les recherches contemporaines, fait entrer une histoire saphique dans le récit officiel de la Shoah.

La bande annonce de la pièce

"The Amazing Life of Margot Heuman" a été co-créée par Anna Hajkova et Erika Hughes pour donner voix au témoignage de la survivante. Voici un extrait vidéo officiel.

⚖️ En un coup d'œil

✅ Première femme juive à témoigner publiquement d'une romance lesbienne en camp nazi
✅ Survivante de Theresienstadt, Auschwitz, Hambourg, Bergen-Belsen
✅ Récit central du livre primé d'Anna Hajkova "People Without History Are Dust" (2025)
✅ Pièce de théâtre "The Amazing Life of Margot Heuman" (2021)
❌ A vécu plus de soixante-dix ans avant d'oser nommer cette relation amoureuse

📌 À retenir

Margot Heuman incarne la part longtemps silencieuse de la mémoire lesbienne dans la Shoah. Sa relation avec Dita Neumann, vécue à Theresienstadt puis dans plusieurs camps jusqu'à Bergen-Belsen, n'a été nommée comme romance qu'en 2018, à 90 ans, grâce à l'historienne Anna Hajkova. Son récit, désormais inscrit dans la recherche universitaire et dans le théâtre de mémoire, oblige à relire la déportation au prisme du désir saphique effacé.

Questions fréquentes sur Margot Heuman et la mémoire lesbienne de la Shoah

Qui était Dita Neumann, la compagne de Margot Heuman ?

Dita Neumann était une jeune Juive viennoise déportée à Theresienstadt en 1943, où elle rencontra Margot Heuman. Toutes deux survécurent ensemble à Auschwitz, à un camp de travail à Hambourg, puis à Bergen-Belsen. Après-guerre, Dita Neumann s'installe en Angleterre, devient infirmière, épouse un médecin et émigre au Canada. Elle décède d'un cancer en 2011, avec Margot Heuman à ses côtés.

Combien de lesbiennes ont été déportées par les nazis ?

Le chiffre exact reste inconnu. Les lesbiennes n'étaient pas explicitement visées par le paragraphe 175, qui criminalisait les rapports sexuels entre hommes. Certaines furent toutefois internées comme "asociales", politiques ou Juives, et l'homosexualité féminine resta réprimée socialement. Selon Anna Hajkova, l'absence de catégorie pénale spécifique a longtemps invisibilisé la déportation lesbienne dans les archives orales.

Qui est Anna Hajkova et quel est son rôle dans le témoignage de Margot Heuman ?

Anna Hajkova est professeure associée d'histoire moderne d'Europe centrale à l'Université de Warwick, en Angleterre, ouvertement lesbienne, spécialiste des questions de sexualité et d'Holocauste. Elle a recueilli le témoignage de Margot Heuman en 2018 et l'a publié dans son livre "People Without History Are Dust : Queer Desire in the Holocaust" (University of Toronto Press, 2025), lauréat du 75e National Jewish Book Award.

Où voir la pièce "The Amazing Life of Margot Heuman" ?

Créée pour le Brighton Fringe Festival en juin 2021, la pièce d'Erika Hughes a été jouée à l'Université de Hambourg, au Musée juif de Vienne et dans plusieurs institutions de mémoire en Europe et en Amérique du Nord. Sa programmation actualisée est consultable auprès de l'Université de Portsmouth, où Erika Hughes enseigne le théâtre.

Pourquoi Margot Heuman n'a-t-elle parlé de cette relation amoureuse qu'à 90 ans ?

Margot Heuman ne s'est jamais cachée de son orientation après 1976, mais le cadre hétéronormé des entretiens d'archives sur la Shoah ne lui posait jamais la question. Selon Anna Hajkova, "pratiquement aucun" des 52 000 entretiens de la Fondation de la Shoah n'aborde le désir homosexuel. C'est la rencontre avec une historienne lesbienne qui a permis à Margot Heuman de renommer son histoire pour ce qu'elle était.

Margot Heuman a-t-elle des descendants ?

Oui. Margot Heuman et Charles Mendelson ont eu un fils et une fille, Jill Mendelson. À sa mort en 2022, elle laissait également cinq petits-enfants et un arrière-petit-fils. Sa belle-fille Lyndsey Layton est rédactrice en chef adjointe du bureau climatique du New York Times.

Quels livres lire pour comprendre la mémoire saphique de la Shoah ?

Le livre de référence est désormais "People Without History Are Dust : Queer Desire in the Holocaust" d'Anna Hajkova (University of Toronto Press, 2025). Il rassemble les récits de Margot Heuman, Anne Frank, Molly Applebaum et Gad Beck, et a reçu le 75e National Jewish Book Award. À compléter par "Les Hommes au triangle rose" de Heinz Heger (Persona, 1981) sur la déportation homosexuelle masculine.

Existe-t-il d'autres témoignages de survivantes lesbiennes de la Shoah ?

À ce jour, Margot Heuman demeure la seule survivante juive ayant publiquement nommé une relation amoureuse lesbienne vécue dans les camps. D'autres récits indirects existent, notamment dans le travail d'Anna Hajkova et dans les archives de l'Université de Warwick, mais sans que les témoins ne se soient eux-mêmes identifiés comme lesbiennes. Ce silence reste l'un des angles morts les plus marqués de la mémoire de la Shoah.

Sources


Article mis à jour le 7 mai 2026
LM
Article signé
La rédaction de Lesbia Mag
Lesbia Mag s'inscrit dans l'héritage de Lesbia Magazine, revue lesbienne fondée en 1982 et publiée jusqu'en 2012, longtemps considérée comme la plus importante publication lesbienne francophone. Notre équipe éditoriale prolonge aujourd'hui ce travail d'information, de critique culturelle et de visibilité, avec la même exigence : couvrir la culture, le cinéma, les séries et l'actualité lesbiennes à destination d'un lectorat francophone.
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