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Témoignage : adopter un enfant quand on est lesbienne

(Temps de lecture: 4 - 8 minutes)

Témoignage : adopter un enfant quand on est lesbienne 

Mon histoire remonte à loin, fiston va avoir 17 ans !

Je suis heureuse de me replonger dans l’une des plus belles aventures de ma vie. C’est parti !

Sommaire

La procédure d'adoption

Le plus long dans ce processus particulier, c’est la procédure. À l’époque (je parle de 2006), il fallait écrire au Conseil Départemental de son lieu de résidence pour faire part de sa candidature à l’obtention de l’agrément. Déjà, pour cette démarche, ce sont des jours et des nuits d’angoisse et de questions : est-ce que je peux le faire toute seule ? Est-ce que je serai une bonne mère ? Je choisis de l’élever sans père, sera-t-il déséquilibré si on en croit l’opinion publique ?

Puis les rendez-vous s’enchaînent. D’abord avec une assistante sociale qui vérifie les conditions matérielles de l’accueil de l’enfant, votre parcours, votre profession...

Ensuite, ce qui a été le plus compliqué pour moi, les entretiens avec la psychologue. Je n’ai rien contre ce corps de métier mais il m’a été très pénible de devoir prouver que je serai une bonne mère, que je suis bien entourée de la gent masculine pour l’équilibre de l’enfant et que je vais plus que bien dans ma tête. On ne demande pas ça aux parents biologiques qui ne réfléchissent pas forcément avant d’enfanter, pourquoi aller jusqu’à parfois nous faire douter dans ce procédé ?

J’ai tenu bon. Il a fallu que je lâche des éléments que j’estimais intimes mais bon, mon choix était limité, j’ai dû lâcher. Cependant, j’ai tu mon homosexualité. En 2006, la loi sur le mariage pour tous n’était même pas une idée lancée en l’air lors d’une soirée bien arrosée donc...

Certains critiquent mon positionnement, le fait que j’ai fait fi du contexte législatif de l’époque. C’est vrai, je le reconnais. Cependant, s’il fallait le refaire, je recommencerais, sans aucun scrupule. Mon pays ne me reconnaît pas le droit d’accéder à la parentalité ? Je biaise, après tout il s’agit de ma vie et oui, je la priorise. Sinon, pour le reste, je respecte la loi.

L’attente

L’attente de l’obtention de l’agrément est une étape stressante. j’avais déjà sélectionné dix Organismes Autorisés pour l’Adoption (OAA). Les courriers étaient prêts, jamais je ne me suis montrée aussi rigoureuse et organisée. Mon choix s’est porté sur un enfant africain ou descendant. En tant qu’Antillaise, cela allait de soi. Je voulais un élément de « ressemblance » et éviter à mon enfant les remarques de type « Ben non, ce n’est pas ta mère, vous ne vous ressemblez pas ». De toute façon, si je m’étais projetée en tant que maman d’un enfant asiatique par exemple, ma demande aurait été refusée. j’ai appris que lorsqu’on est « typée » comme on me l’a dit, certaines destinations se ferment d’emblée.

Le 31 juillet 2007, ma vie a commencé à s’illuminer, j’ai obtenu mon agrément ! Les dix courriers sont partis le jour-même. Moins d’une semaine après, je recevais un appel d’une des OAA sollicitées, qui m’informait qu’ils étaient disponibles pour me recevoir. Il n’y avait pas de liste d’attente. Un vrai miracle car nombreux sont les couples dont l’agrément expire sans apparentement (cinq ans). Les battements de mon cœur se sont accélérés, j’allais sans doute devenir maman d’un petit Haïtien.

Le 12 novembre 2007, ma vie a pris son tournant définitif.

J’ai rencontré la directrice de l’OAA et elle m’a très rapidement présenté une pochette, souple, jaune, je m’en rappelle très bien. Je n’arrêtais pas de la regarder en me disant que dedans, il y avait les renseignements concernant mon futur enfant. Battements de cœur incontrôlés, j’entends à peine la directrice parler. Je me focalise quand elle m’informe que « si je suis prête à accueillir un enfant qui aura trois ans à son arrivée en France, elle a quelqu’un à me présenter ! ».

Le paradis sur Terre. Je donne mon accord bien sûr et elle m’annonce qu’il s’agit d’un petit garçon, qu’il est né en fin d’année et que son prénom commence par la lettre « M ». Comment vous dire ? Tout simplement que c’était lui et personne d’autre car ces trois critères, je les avais rêvés un certain nombre de fois. Et la vie me les offrait, comme un cadeau inattendu.

La préparation

Une semaine après cette phase nommée « apparentement », j’apprends que fiston se met à marcher, lui qui ne se déplaçait quasiment qu’à quatre pattes. Il a une photo de moi, mais je flippe, car les enfants s’échangent entre eux les photos de leurs parents. Va-t-il me reconnaître ?

Une longue attente s’installe ensuite. Le dossier de l’enfant et du parent adoptant doivent franchir plusieurs étapes administratives internes au pays. Je ne me souviens plus exactement des détails et peu importe. En attendant mon fils, je lui écris une fois par mois, je lui décris les saisons et ce que je fais en attendant qu’il arrive. Je prépare sa chambre et je l’informe que toute la famille l’attend.

Le temps passe, et, fin novembre 2008, je reçois un appel de la directrice de l’OAA. Je n’oublierai jamais ses paroles : « Noël est en avance chez vous cette année ! » Je mets du temps à comprendre ce qu’elle voulait dire puis mon esprit se réveille enfin. Fiston m’attend, je peux aller le chercher en Haïti !

Le départ

Branle-bas de combat ! Sa marraine devait m’accompagner, finalement je partirai seule. La galère pour faire comprendre à l’agence de voyage que, au départ de Paris, je serai seule, mais qu’au retour nous serons deux. Bientôt Noël, je fais un tour à l’OAA, j’embarque les cadeaux offerts par les autres parents qui attendent leur enfant et me voici à l’aéroport à Paris. Plus de huit heures de vol, une escale en Guadeloupe, et je débarque en Haïti. Il fait nuit, la compagnie ne retrouve pas mes bagages, super ! Je ne m’habille pas en 38, il faudra donc que je lave mes vêtements durant les trois jours de mon séjour prévu.

Je suis prise en charge par un membre de l’association et je découvre ce pays si mal en point. Pas de route goudronnée sur la majeure partie de notre trajet, pas d’éclairage public, les gens qui traversent n’importe où quitte à se faire renverser. Bref, j’arrive dans la résidence où se trouve mon bouchon. La gouvernante m’emmène vers une chambre. Elle ouvre la porte, me laisse passer et me dit : «  Voilà ! Il est là, dans le lit, il dort ! » et elle se barre !!!

La panique s’empare de moi, il va se réveiller, qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je dis ?!

Je m’approche tout doucement du lit et j’observe ce tout petit bout de garçon qui fait de moi une maman. Ça y est, j’y suis, je suis mère ! Je laisse dormir le petit et je sors m’aérer la tête, c’est beaucoup d’émotion. La gouvernante ne tarde pas à revenir vers moi en me disant que l’enfant est réveillé. Je souffle un bon coup et... c’est parti !

L'arrivée

Trois jours sur place, le temps d’obtenir un ultime tampon sur le passeport du petit. C’est peu, mais, après tout, il ne s’agit que du début de l’aventure. Et, vu le pays, les risques de kidnapping, d’agression ou autres, il vaut mieux ne pas séjourner longtemps. J’ai beau avoir la couleur locale, je n’ai pas le droit de me balader seule. Nous sommes tout le temps accompagnés et il faut que je me montre persuasive pour que le chauffeur nous emmène au bord de la mer. Je tiens à effectuer là-bas les premiers clichés de mon statut de mère, je m’en servirai pour les faire-parts de l’arrivée de mon fils.

Ainsi, le 18 décembre 2008, j’arrive en métropole, fiston dans les bras. À l’aéroport, nous sommes accueillis par mon père dont fiston est le seul petit-enfant à porter le patronyme. La famille défile chez moi pour faire connaissance du nouveau-venu, intimidé, mais observateur.

Je fête ses trois ans en famille le 26 décembre, et, depuis, ce n’est que du bonheur !

 

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Émouvant !
1 month ago
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Très beau témoignage !
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Mady D.



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