L'histoire de mon coming-out lesbien

Il existe autant de coming-out que de lesbiennes, gays ou personnes trans. Le mien ne s'est pas spécialement bien déroulé, et j'avais envie de le raconter. J'espère que les mentalités évoluent, que les parents s'ouvrent et comprennent que leur enfant ne change pas du fait de sa sexualité. Ou plutôt si : il devient lui, enfin.
Je viens d'une famille de trois filles, un père d'un autre temps, de vingt ans l'aîné de ma mère, qui m'a eue très jeune, dans un milieu catholique. Le terreau idéal pour un coming-out tel qu'il s'est déroulé.
Le coming-out lesbien reste, pour beaucoup, l'étape la plus redoutée du parcours d'acceptation de soi. Révéler son orientation à ses proches, c'est risquer leur regard, parfois leur rejet. Ce récit raconte ce passage de l'intérieur : le silence, la peur, le combat, et ce qu'il reste quand la réconciliation n'a pas lieu.
Sommaire
Avant de poser des mots sur son désir, beaucoup se demandent simplement par où commencer. Si vous en êtes là, notre article Suis-je lesbienne ? Comment savoir si j'aime les femmes aide à clarifier ce que l'on ressent avant d'en parler.
Coming-out lesbien : de quoi parle-t-on ?
Le coming-out, c'est la révélation volontaire de son orientation sexuelle ou de son identité de genre à son entourage : famille, amis, collègues. Il ne se fait pas une fois pour toutes, mais se rejoue à chaque nouvelle rencontre. En France, selon une étude Ipsos publiée en 2023, dans un peu plus d'un cas sur deux, il se joue d'abord dans le cercle familial.
Quelques repères
À l'époque où j'ai découvert que seules les femmes éveillaient en moi un intérêt certain, Internet n'existait pas. Je ne connaissais aucune autre jeune fille ni femme concernée par l'homosexualité féminine dans mon entourage. J'en ai sans doute côtoyées au lycée, mais je l'ignorais. Pas de campagne pour la cause LGBT, pas de mariage pour tous, pas même de numéro vert : c'était le désert.
Petit focus sur mes parents, les adultes responsables de moi, censés me soutenir, m'aider à m'épanouir et devenir une femme bien dans ses baskets.
Mon coming-out lesbien auprès de mon père ?
Du haut de mes dix-sept ans, je tente une approche. Un soir, je me dirige vers lui et lui pose la question fatidique :
- Papa ? Qu'est-ce que tu ferais si une de tes filles t'annonçait qu'elle est homosexuelle ?
Ses yeux bleus clairs, glaciaux, posés sur moi, me promettent une réponse haute en couleur. Il plisse légèrement les sourcils et me désarçonne, même si je me doutais déjà de son positionnement.
- Eh bien, je ne renierai pas ma fille, mais sa copine ne franchira jamais les portes de la maison !
Brrrrrr ! Il a tenu parole, j'ai pu le vérifier quelques années après.
Mon coming-out lesbien auprès de ma mère ?
Une jeune femme tombée enceinte tôt, issue d'une île des Antilles où on ne se pose pas ce type de question, ou alors on le cache. Comme ça, pas besoin de réfléchir, de se confronter, ni d'entendre les choses. Fervente catholique, elle récite les valeurs prônées par l'Église, donc l'homosexualité est forcément contre-nature. Pas de dialogue possible, pas d'échange, next.
Les faits
Dans ce milieu où je perçois que je risque de perdre ma famille si je verbalise le désir secret qui m'anime, je ne dis rien pendant longtemps. Enfermée dans le statut de célibataire, je regarde mes petites sœurs s'unir et fonder leur famille.
Un jour, pourtant, la réalité s'impose à moi. J'ai le coup de foudre pour une femme et cette fois, je compte bien vivre tout ce que cette réalité m'apporte. Je garde pour moi mon émoi et mes émotions. Lors d'un repas familial, mon entourage me parle mais je n'entends pas. Mon esprit est ailleurs, mes sens sont en éveil et mon cœur bat fort, tellement fort que c'en est douloureux. Les heures s'égrènent lentement, je n'ai qu'une hâte, rentrer chez moi pour penser à celle qui donne un autre sens à ma vie.
Ma petite sœur me connaît bien, elle sait que je cache quelque chose alors elle vient explorer. Elle me presse de questions et je finis par lâcher le morceau. Je suis tellement contente de pouvoir en parler à quelqu'un de ma famille, ma valeur refuge, en théorie tout du moins.
Dès lors, les événements s'enchaînent. Ma petite sœur a toujours été le vecteur de communication entre mon père et moi. Elle l'informe de la situation, il ne me dit rien directement mais, a priori, je suis habillée pour les hivers les plus rigoureux à venir.
Je vis à fond mon histoire d'amour, la première, une des plus belles. Ma compagne de l'époque ne s'offusque pas de ne pas être invitée dans ma famille, elle se débat déjà dans les affres de la sienne. Tout va bien alors, je vis des moments avec elle et je participe à d'autres avec ma famille. Le sujet de mon homosexualité n'est pas abordé, tout va bien.
Je reste ainsi pendant des années puisque personne, ou presque, ne souffre de la situation.
Les conséquences du silence
Hélas, oui, le silence fait mal. Je me rappelle ces fêtes de Noël où ma compagne n'est pas invitée. Je fais semblant de passer une bonne soirée, on s'offre des cadeaux, mes beaux-frères reçoivent une petite attention de mes parents, mais pour ma compagne, rien. Je fais comme si elle n'existait pas, comme si je n'étais pas affectée par son absence et cette indifférence familiale. Par lâcheté, j'accepte qu'on ignore que je l'aime. Je prends comme une normalité de faire la fête, celle censée rassembler les gens, tandis que ma compagne déguste un petit plateau-repas dans notre appartement.
Par peur d'être rejetée, par crainte de perdre ceux que j'aime malgré leur étroitesse d'esprit, malgré la douleur qu'ils m'infligent, je ne dis rien. Je prends sur moi, je me cache derrière le fait de les respecter, qu'ils ne comprennent rien et que je ne veux pas les blesser.
💡 Le saviez-vous ? Le rejet n'est plus la règle. Selon l'étude Ipsos de 2023, 82 % des proches ayant reçu un coming-out déclarent aujourd'hui avoir une bonne image des personnes LGBT+, et l'acceptation parentale complète est passée de 48 % au moment de l'annonce à 71 % avec le temps. Le silence, lui, reste le piège le plus fréquent.
Le combat
Un jour, les choses changent. Je suis amoureuse d'une autre femme. Elle quitte son mari et c'est le moment de vivre notre histoire au grand jour. Au fin fond d'un département rural où les familles grandissent et travaillent ensemble, ma chérie se bat pour moi, pour nous. Forte de l'amour que ses parents lui portent, elle m'impose et je suis accueillie avec méfiance, mais bienveillance. Je suis invitée aux repas de famille, je ne veux pas y aller mais elle y tient. Je croise des regards curieux, jamais d'hostilité. J'échange, je ris, je partage, et bien vite je fais partie intégrante de sa famille.
Et la mienne ?
Eh bien je décide de me battre et d'affronter à mon tour mes parents. Il est temps qu'ils me reconnaissent et m'acceptent telle que je suis. Tant pis s'ils me rejettent, je prends le risque de les perdre mais je réalise qu'ils me perdront à leur tour. De plus, je suis devenue mère entre-temps et je tiens à donner le bon exemple à mon fils, lui inculquer que se battre pour ce qu'on est est important. Alors, au cours d'un séjour chez eux, je me jette à l'eau. Peine perdue. Ils restent campés sur leurs positions, sur leurs préjugés et, sans doute, leur peur. Mon cœur saigne. Qu'est-ce qui les gêne autant ? En quoi le fait que j'aime les femmes leur porte préjudice ?
Je l'ignore, mais je refuse de capituler, pas cette fois. Bien dans mon couple, je décide de couper les ponts avec eux, de ne plus monter en région parisienne. Je le leur signifie par un simple appel téléphonique, c'est ma mère au bout du fil qui reçoit mes propos. La nouvelle lui fait mal, je le sais, mais elle ne manifeste rien.
Pour autant, je ne veux pas couper les ponts entre eux et mon fils. Il n'a qu'eux comme aïeuls. De fait, durant deux ans, à chaque période de vacances scolaires, mes parents d'un côté et moi de l'autre, nous nous retrouvons à Tours. Sur le parking, en milieu neutre, je leur confie mon fils et nous renouvelons ce processus pour le retour. Ces rencontres courtes ont des allures de famille divorcée, morcelée. C'est triste, mais c'est ce que nous sommes.
Je dois faire l'impasse sur l'anniversaire d'un de mes oncles à cause de mon père. Il a fait savoir au reste de la famille que si je venais accompagnée, il ne descendrait pas. J'en suis très affectée.
En réaction, je ne viens pas à son propre anniversaire quelques mois plus tard. Cette bataille est épuisante, terrible à vivre mais nécessaire. Je dois tenir le cap. Je dois montrer à mon fils que mes valeurs ne sont pas moindres que celles de mes sœurs, que mon combat est juste. Alors je tiens bon.
Un jour, de colère, j'envoie une lettre à mon père. Merde alors. Il a oublié que lui aussi s'est battu, à une autre époque, pour imposer à sa famille l'arrivée d'une jeune femme noire, déjà mère de surcroît. Je m'en vais le lui rappeler. Je lui demande comment il aurait réagi si les membres de sa famille lui avaient répondu : "Nous ne te renierons jamais, mais ta copine ne franchira jamais les portes de la maison."
Cette question restera en suspens, il est décédé en 2019, emportant avec lui le secret de sa réponse.
Ce passage de ma vie m'a amenée à me demander jusqu'où, et à quel prix, est-on enfant de ses parents. Je n'ai pas la réponse, juste la certitude que chacun doit pouvoir s'épanouir et s'entourer de personnes bienveillantes, famille ou pas.
Tous les récits ne se ressemblent pas. Pour mesurer cette diversité, lisez aussi Comment je n'ai pas fait mon coming-out et le témoignage d'un premier amour né au lycée, deux trajectoires très différentes de la mienne.
Quand la foi s'en mêle
Le poids religieux pèse lourd dans bien des familles. La mienne s'est réfugiée derrière l'Église pour ne pas avoir à comprendre. Cette tension entre foi et homosexualité n'est pourtant pas une fatalité : d'autres lesbiennes croyantes la vivent autrement, comme le raconte le témoignage Je suis lesbienne... et catho. La doctrine n'impose pas toujours le rejet ; ce sont souvent la peur et le silence qui font le reste.
Ce que ce parcours m'a appris
Avec le recul, je retiens une chose simple : le silence protège rarement, il isole. Tant que je me suis tue, j'ai cru ménager tout le monde. En réalité, je m'effaçais, et j'effaçais celle que j'aimais. Le jour où j'ai parlé, j'ai perdu mes parents, mais je me suis retrouvée.
Aux plus jeunes qui hésitent, je ne dirai pas qu'il faut se précipiter. Le bon moment existe, il dépend de votre sécurité, de votre indépendance, de votre entourage. Mais quand il vient, il vaut tous les sacrifices. Pour les parents qui découvrent l'homosexualité de leur enfant, quelques repères concrets existent dans notre article 5 conseils pour les parents qui découvrent que leur fille est lesbienne. Le coming-out ne s'arrête pas au cercle familial : il se rejoue ensuite dans la vie sociale et au bureau, comme le détaillent ces 5 conseils pour faire son coming-out lesbien au travail.
Mon histoire est une parmi tant d'autres. D'autres récits, parfois douloureux comme celui d'un amour pour une femme hétérosexuelle, parfois lumineux, peuplent nos billets d'humeur et rappellent qu'aucun parcours ne ressemble à un autre.
📌 À retenir
Le coming-out lesbien ne suit aucun scénario unique. Le rejet familial existe encore, surtout dans les milieux conservateurs, mais il recule : la majorité des proches finit par accepter. Le vrai danger reste le silence prolongé, qui pèse sur la personne concernée comme sur son couple. Parler, à son rythme et en sécurité, reste le geste qui libère.
Questions fréquentes sur le coming-out lesbien
C'est quoi un coming-out lesbien ?
Un coming-out lesbien est la révélation volontaire, par une femme, du fait qu'elle aime les femmes. Il s'adresse à la famille, aux amis ou aux collègues, et se répète à chaque nouveau cercle. Ce n'est pas un événement unique mais un processus, propre à chaque parcours.
Comment faire son coming-out à ses parents ?
Aucune méthode ne garantit une réaction parfaite. Choisissez un moment calme, un cadre où vous vous sentez en sécurité, et des mots simples. Anticipez votre indépendance matérielle si le rejet est possible. Rappelez que vous restez la même personne : c'est souvent ce que les parents ont besoin d'entendre en premier.
Que faire si ma famille rejette mon homosexualité ?
Le rejet n'est pas une vérité sur vous, mais une réaction de peur ou d'éducation. Préservez d'abord votre équilibre, appuyez-vous sur un entourage bienveillant choisi, et gardez la porte ouverte sans vous sacrifier. Beaucoup de relations familiales évoluent avec le temps, une fois la sidération passée.
Existe-t-il une ligne d'écoute pour le coming-out en France ?
Oui. SOS homophobie gère une ligne d'écoute anonyme et publie chaque année un rapport sur les LGBTphobies. L'association accompagne aussi les familles qui cherchent à comprendre et accepter l'orientation de leur proche. D'autres structures locales et associations étudiantes proposent un soutien similaire.
Le coming-out se passe-t-il bien en général ?
De plus en plus souvent. D'après Ipsos (2023), 80 % des personnes ayant reçu un coming-out ressentent des émotions positives, et l'acceptation parentale complète grimpe de 48 % au moment de l'annonce à 71 % avec le temps. Des disparités demeurent selon l'âge et le milieu, mais la tendance est nette.
Comment surmonter le rejet familial après un coming-out ?
Le deuil de la reconnaissance parentale prend du temps et n'est pas linéaire. S'entourer d'une famille choisie, parler à d'autres personnes concernées, parfois consulter un professionnel, aide à ne pas porter seule ce poids. Le rejet d'hier n'interdit pas une réconciliation plus tard, mais votre apaisement ne doit pas en dépendre.
Sources
- Suis-je lesbienne ? Comment savoir si j’aime les femmes et reconnaître les signes
- Comment je n’ai pas fait mon coming-out
- Témoignage : Je suis lesbienne et les livres lesbiens auraient pu changer ma vie
- La fille du président du Cameroun fait son coming-out en photo
- Suis-je transgenre ? Je suis une fille qui aime les filles, mais je ne me sens pas "femme"
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