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Un beau mariage lesbien pour Miss Argentine et Miss Porto Rico

(Temps de lecture: 3 - 5 minutes)

Un beau mariage lesbien pour Miss Argentine et Miss Porto Rico

L'une des nouvelles virales de cette semaine concerne deux jeunes femmes dont la plupart des gens ne connaissent sûrement pas les noms. Mariana Varela et Fabiola Valentin, qui ont remporté respectivement les titres de Miss Argentine et Miss Porto Rico lors d'un concours de beauté en 2020, ont annoncé dans un message Instagram commun qu'elles se sont mariées vendredi dernier.

L'annonce du mariage a fait la une de plusieurs grands médias aux États-Unis et dans le monde entier. "Après avoir atteint le top 10 du concours de beauté, les deux reines de beauté semblaient rester des amies proches sur les médias sociaux", a rapporté CNN jeudi. "Ce que les fans ne savaient pas, c'est qu'elles sortaient secrètement ensemble pendant tout ce temps".

Les mariages lesbiens sont des célébrations de bonheur. Aujourd'hui, lorsque deux femmes découvrent et célèbrent publiquement leur amour dans des pays où la non-conformité de genre peut mener à la peine de mort, cela représente un triomphe indéniable. C'est une affirmation courageuse de leur identité et un acte de résistance face à des normes oppressives, soulignant leur droit à l'amour et à la liberté personnelle malgré les risques significatifs.

Je m'excuse d'avance car la suite de mon article relève finalement plus du billet d'humeur et d'un coup de gueule que de véritables informations sur le couple, informations personnelles qui ne m'intéressent pas vraiment... 

Je pense que les concours de beauté sont des affaires purement commerciales et d'une vulgarité flagrante présentant les femmes comme des objets. D'ailleurs, ils n'ont jamais été aussi dépourvus de sens et de pertinence qu'aujourd'hui, à une époque où n'importe quelle personne attrayante (passant souvent sous le bistouri) peut devenir une influenceuse sur Instagram sans jamais avoir eu le moindre talent. Bienvenue dans l'ère incontestable de l'ego et de l'apparence. Pour cette raison, des dizaines de médias s'emparent naïvement des titres portés par ces (belles) femmes, comme si elles occupaient des fonctions politiques ou similaires, comme si nous comprenions tous ce que signifie être « Miss Argentine ». Pourquoi ? Uniquement en raison de leur beauté. 

La seule raison pour laquelle le mariage entre Varela et Valentin suscite de l'intérêt, c'est parce qu'il est inattendu, et il est inattendu uniquement à cause d'un préjugé homophobe. Nous sommes souvent surpris d'apprendre que des femmes à l'apparence conventionnellement attrayante et très féminine sont homosexuelles, surtout lorsqu'elles sont assez séduisantes et féminines pour remporter des concours basés justement sur ces critères. Ces femmes ont construit leur carrière en incarnant l'idéal féminin, largement défini par le désir masculin, pour finalement se découvrir une attirance réciproque. Il n'est pas surprenant que deux personnes attirantes travaillant dans le même milieu partagent de nombreux points communs et tombent amoureuses. Cependant, en raison de nos stéréotypes sur l'apparence des femmes lesbiennes, cette union devient une curiosité.

Nous ne nous attendons pas non plus à ce que les femmes queer embrassent avec autant d'ardeur le fascisme corporel des concours de beauté, de la même manière que certains segments de la culture gay masculine adoptent l'obsession des salles de sport, le culte de la jeunesse et l'utilisation de substances dopantes. Cette réflexion est plus nuancée et constitue, à mon avis, l'aspect le plus fascinant de cette histoire virale. Historiquement, les lesbiennes ont été à la pointe des mouvements prônant la positivité corporelle et s'opposant à l'idée que la valeur d'une femme peut être jugée sur son attrait esthétique. Pourtant, aujourd'hui, nous mettons en lumière l'histoire de deux femmes queer qui ont choisi de lier leur destin à une institution qui promeut avec enthousiasme ce modèle exact de valeur féminine réductrice.

Cela révèle une autre dimension de l'excitation virale que cette histoire a suscitée. À l'instar des candidates de l'émission "The Bachelor" en Australie et au Vietnam, qui auraient développé des sentiments l'une pour l'autre plutôt que pour l'homme au centre de l'émission, l'histoire de Varela-Valentin a capté l'attention en jouant sur l'idée (non reconnue, une fois de plus, par les journalistes) que ces deux femmes étaient jusqu'alors perçues comme sexuellement disponibles pour les hommes, comme en témoigne leur participation à des concours de beauté sexistes. Leur union représente donc un rejet spectaculaire et quelque peu trompeur de ce marché sexuel. D'ailleurs, plusieurs médias ont décrit leur mariage comme un "rebondissement". Pitoyable n'est-ce pas ?

L'erreur réside peut-être dans l'hypothèse que ces femmes devaient correspondre à certaines attentes : qu'elles étaient supposés être hétérosexuelles alors qu'elles ne l'étaient pas, ou qu'elles étaient concurrents dans un concours avant de devenir partenaires dans la vie. 

Il semble que la véritable question qui fâche hétéroland soit la manière dont elles ont géré leur image publique, prétendant être juste des amies lors d'événements, tout en étant en réalité en couple, ce qui contraste avec la révélation "joyeuse" de leur relation. Ce rebondissement final qui réjouit la communauté queer ne suscite pas de sentiment de joie chez les hétéros, mais plutôt une profonde tristesse.

Le fait que les concours de beauté puissent être perçus comme des lieux de rencontre possibles de relations lesbiennes, et que les médias s'emparent de ces histoires avec avidité, prétendant que les vies amoureuses de concurrentes d'un concours mineur méritent de l'attention, symbolise peut-être la fin de quelque chose. Est-ce le clou dans le cercueil de l'hétérosexualité, où même les derniers bastions de respect inconditionnel sont désormais ouverts au questionnement ? Ou bien cela marque-t-il un tournant vers un homo-pessimisme, où les femmes homosexuelles commencent à adopter des positions de plus en plus visibles et controversées dans la structure de conformité de genre et les expressions institutionnalisées du désir hétérosexuel masculin ? Il appartient aux juges du concours de maillot de bain de trancher cette question.