Perquisition à la Librairie Violette and Co : Scandale de censure sur un livre Pro-Palestinien ?

- Que s'est-il passé lors de la perquisition à Violette and Co ?
- Le livre From the River to the Sea : contenu et origines
- Critiques du livre exprimées par des organisations et médias israéliens
- Défenses et lectures favorables du livre
- Réactions politiques et sociétales
- Liberté d’expression et publication : quelles implications ?
- "From the river to the sea, Palestine will be free" : pourquoi ce slogan fait polémique ?
Que s'est-il passé lors de la perquisition à Violette and Co ?
Le 7 janvier 2026, cinq policiers en uniforme, accompagnés d’un substitut du procureur de la République, ont procédé à une perquisition au sein de la librairie Violette and Co, située dans le 11e arrondissement de Paris. L’intervention visait la recherche d’exemplaires du livre de coloriage From the River to the Sea. La fouille, d’une durée d’environ 45 minutes, a concerné les rayonnages, les cartons de stockage et les réserves, et a été filmée à l’aide de caméras-piétons.
Les salariées présentes ont coopéré avec les forces de l’ordre. Aucun exemplaire du livre n’a été saisi, l’ouvrage n’étant plus proposé à la vente depuis plusieurs mois. Selon un communiqué de la librairie relayé par Le Monde, des documents d’identité et certaines informations personnelles ont toutefois été relevés, sans explication détaillée donnée sur le moment.
Cette intervention fait suite à un avis défavorable émis en octobre 2025 par la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à la jeunesse (CSCPJ), estimant que le contenu du livre n’était pas adapté à un public mineur en raison de son orientation idéologique. L’éditeur, Social Bandit Media, n’a été officiellement informé de cet avis que le 8 janvier 2026, soit après la perquisition, ce qui a suscité des interrogations sur la chronologie de la procédure, comme l’a rapporté France Info. Le parquet de Paris a confirmé l’opération, indiquant qu’elle concernait des objets susceptibles d’être interdits à la vente, sans qu’un arrêté ministériel d’interdiction n’ait été pris.
Le livre From the River to the Sea : contenu et origines
Publié en janvier 2024 par Social Bandit Media, maison d’édition basée entre Johannesburg et New York, From the River to the Sea: A Colouring Book est un ouvrage illustré destiné aux enfants de 6 à 10 ans, ainsi qu’aux adultes. Il a été conçu par l’illustrateur sud-africain Nathi Ngubane et le journaliste Azad Essa. Le livre alterne dessins à colorier et textes explicatifs consacrés à l’histoire et à la culture palestiniennes.
Les thèmes abordés incluent notamment la Nakba (l’exode palestinien de 1948), l’histoire des territoires palestiniens, les mouvements de résistance, ainsi que la solidarité internationale. Le titre fait référence à une expression désignant la Palestine historique entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée, une formule dont l’interprétation varie fortement selon les contextes politiques et culturels.
Les auteurs expliquent vouloir proposer un support pédagogique permettant de mieux comprendre l’histoire palestinienne et ses représentations culturelles. Dans une interview accordée à Left Berlin, Nathi Ngubane a déclaré que le projet visait à « rehumaniser un peuple souvent présenté de manière abstraite ou déshumanisée ». L’éditeur indique par ailleurs que les bénéfices du livre sont reversés à des organisations humanitaires opérant à Gaza.
Critiques du livre exprimées par des organisations et médias israéliens
Plusieurs médias et organisations israéliens ont exprimé de vives critiques à l’encontre du livre. Selon le South African Jewish Report, relayé par le Jerusalem Post, l’ouvrage présenterait une vision unilatérale du conflit et véhiculerait des messages susceptibles d’être perçus comme hostiles à l’existence de l’État d’Israël. Le slogan From the River to the Sea est notamment interprété par ces sources comme un appel à la disparition d’Israël, une lecture également défendue par le South African Jewish Board of Deputies.
Ces critiques estiment que le livre décrit Israël comme une entité oppressive, sans représentation positive de la société israélienne ou de citoyens juifs, et qu’il valorise des épisodes violents du conflit, notamment les Intifadas, présentées comme des périodes ayant causé de nombreuses victimes israéliennes.
Certaines figures évoquées dans le livre font également l’objet de controverses.
- Ghassan Kanafani est présenté par ces sources comme un membre dirigeant du Front populaire de libération de la Palestine, organisation classée comme terroriste par plusieurs États occidentaux.
- Refaat Alareer est décrit par certains médias pro-israéliens comme ayant tenu des propos justifiant les attaques du 7 octobre 2023 ou minimisant certaines accusations.
- Ahed Tamimi est quant à elle accusée, par ces mêmes sources, d’avoir diffusé des messages jugés antisémites et appelant à la violence.
Le Jewish Journal a qualifié l’ouvrage de « livre de coloriage pour futurs terroristes », estimant qu’il glorifierait la lutte armée et des figures qualifiées de « martyrs », et que certaines illustrations pourraient évoquer des groupes armés palestiniens. Ces appréciations relèvent toutefois d’analyses éditoriales et ne constituent pas des décisions judiciaires.
Défenses et lectures favorables du livre
À l’inverse, les auteurs et leurs soutiens défendent le livre comme un outil éducatif centré sur l’histoire et la culture palestiniennes, sans intention de promouvoir la violence. Nathi Ngubane et Azad Essa affirment que les figures présentées sont abordées sous un angle culturel et historique, et que le livre cherche à susciter empathie et compréhension.
Dans ses prises de parole publiques, Ngubane explique que l’expression From the River to the Sea doit être comprise, selon lui, comme un appel à la liberté et à la coexistence, et non comme une négation de l’existence d’Israël. Social Bandit Media rejette les accusations portées contre l’ouvrage, qu’elle qualifie de campagne de pression menée par certaines organisations politiques.
Des organisations de solidarité avec la Palestine, telles que la Palestine Solidarity Campaign, considèrent les critiques et les retraits du livre dans certains pays comme des formes de censure culturelle. Elles soulignent que l’ouvrage a été diffusé à plusieurs milliers d’exemplaires dans le monde et qu’il s’inscrit, selon elles, dans une tradition de narration alternative de l’histoire palestinienne.
Réactions politiques et sociétales
En France, la perquisition à Violette and Co a suscité des réactions contrastées. Des responsables politiques de gauche, dont la députée Clémence Guetté (LFI), ont dénoncé une atteinte à la liberté de publication. Le Syndicat de la Librairie Française a également exprimé son inquiétude quant aux conséquences de cette intervention pour les librairies indépendantes.
À l’inverse, plusieurs élus et commentateurs favorables à Israël ont soutenu l’action des autorités, estimant que le livre véhiculait des messages antisémites. Ces positions ont contribué à une forte polarisation du débat public autour de cette affaire.
Liberté d’expression et publication : quelles implications ?
L’affaire interroge le cadre juridique de la liberté d’expression et de publication en France. L’absence d’interdiction formelle, combinée à une perquisition fondée sur un avis administratif, a alimenté le débat sur l’équilibre entre protection des mineurs, lutte contre les discours haineux et liberté éditoriale.
Pour les librairies indépendantes, certains observateurs estiment que ce type d’intervention pourrait avoir un effet dissuasif sur la diffusion d’ouvrages controversés. Des pistes de recours juridiques ont été évoquées, notamment devant les juridictions européennes, au titre de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme relatif à la liberté d’expression.
La controverse autour de From the River to the Sea illustre ainsi les difficultés à traiter de sujets géopolitiques sensibles dans l’espace culturel, et invite à une réflexion sur la place du pluralisme des idées dans une société démocratique.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de débats récents autour de la diffusion de contenus controversés en France. D’autres polémiques ont également interrogé les critères de retrait, de contextualisation et de responsabilité des distributeurs culturels, notamment celle concernant la vente en libre accès, début 2026, d’un ouvrage religieux médiéval contenant des passages appelant explicitement à la violence contre certaines minorités, avant son retrait par la FNAC et Amazon.
"From the river to the sea, Palestine will be free" : pourquoi ce slogan fait polémique ?
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