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| Audrey | Actualités lesbiennes

100 hommes prêts à coucher avec une femme endormie

(Temps de lecture: 6 - 11 minutes)
Consentement : enquête sur 100 hommes prêts à coucher avec une femme endormie

En janvier 2026, Savoir média a diffusé un documentaire court, mais percutant : « 100 hommes prêts à coucher avec une femme endormie ». L’enquête, portée par Hugo Meunier et réalisée par Cloé (Chloé) Giroux pour URBANIA, s’inspire d’un fait divers français très médiatisé - l’affaire dite “Pelicot” (soumission chimique, rapports sexuels sans consentement, organisation via annonces) - pour poser une question simple : un scénario comparable serait-il encore “possible” aujourd’hui au Québec ?

La réponse que met en scène le documentaire est glaçante : selon la page de présentation de Savoir média, une annonce “similaire” à celle utilisée dans l’affaire française, publiée sur un site de rencontres nommé JALF, a récolté plus de 100 réponses en moins de deux semaines. Dans une entrevue radio (98,5 FM), Hugo Meunier affirme aussi que plus de 100 hommes ont répondu en 48 heures, et que seuls trois ou quatre ont soulevé la question du consentement.

Sommaire

Ce que révèle le documentaire de Savoir média

Le documentaire (format d’environ 20 minutes) se présente comme une expérience de terrain : le journaliste teste la réaction d’utilisateurs d’un site de rencontres à une annonce proposant une relation sexuelle impliquant une femme incapable de consentir sur le moment (car endormie/inconsciente). L’objectif affiché n’est pas de piéger “un profil” précis, mais d’observer la facilité avec laquelle des internautes acceptent un scénario qui, juridiquement et éthiquement, repose sur l’absence de consentement.

Selon la description officielle de Savoir média, l’enquête porte explicitement sur le sexe sans consentement, la soumission chimique et la culture du viol. Le constat central est moins une statistique qu’un signal social : malgré des années de sensibilisation, une partie des personnes contactées semblent traiter l’absence de consentement comme un détail, ou la recouvrir d’un vocabulaire de fantasme.

Le documentaire insiste également sur un point souvent rappelé par les spécialistes en violences sexuelles : les agresseurs n’ont pas de “profil type”. L’enjeu n’est pas de pointer une catégorie sociale unique, mais de comprendre les mécanismes (banalisation, pornographie extrême, rationalisations, sentiment d’impunité, effet de groupe, anonymat numérique) qui rendent “acceptable” un scénario pourtant illégal.

Urbania, Savoir média : deux versions d’une même enquête

L’enquête a d’abord circulé via URBANIA (micromag), puis a été reprise et bonifiée dans une diffusion sur Savoir média. URBANIA explique, dans une publication, qu’après l’écho suscité à l’automne, le reportage est revenu à l’antenne dans une version enrichie d’analyses d’expert·e·s, preuve que le sujet touche un nerf collectif.

Du côté des bases professionnelles (Qui fait Quoi / Guide), la fiche du projet présente l’émission comme une enquête “glaçante” sur le sexe sans consentement et la soumission chimique, créditant URBANIA en production, Cloé Giroux à la réalisation, et Hugo Meunier à l’animation/enquête. Autrement dit : le documentaire n’est pas une simple “chronique virale”, c’est un contenu éditorial revendiqué, identifié, et programmé.

Pourquoi “une femme endormie” ne peut pas consentir : rappel légal au Canada et au Québec

Le documentaire choque parce qu’il met en scène un scénario que le droit considère très clairement : le consentement doit être volontaire, actuel et conscient. Au Canada, la définition du consentement en matière d’agression sexuelle figure dans le Code criminel : il s’agit de “l’accord volontaire” de la plaignante ou du plaignant à l’activité sexuelle en question, et cet accord doit exister au moment où l’activité a lieu.

En termes simples : on ne “suppose” pas le consentement, on ne l’invente pas après coup, et on ne le remplace pas par le silence, l’inaction, la passivité ou l’inconscience. Des organismes de vulgarisation juridique au Québec, comme Éducaloi, le résument sans ambiguïté : une personne endormie ou inconsciente ne peut pas consentir - et un “accord” donné avant de dormir n’a pas la même portée si la personne n’est pas en état de consentir au moment de l’acte.

Cette clarté juridique est essentielle, parce qu’une partie de la culture numérique (et de certains récits pornographiques) entretient l’idée inverse : que le fantasme, le couple, l’habitude, ou le “elle ne dira rien” suffisent à produire un consentement. Or le droit canadien insiste justement sur le caractère affirmatif et contemporain du consentement.

Ce que la méthode journalistique soulève : enquête, éthique, plateformes

Une enquête de ce type pose forcément des questions éthiques : créer une annonce fictive, interagir avec des utilisateurs, observer leurs réponses… Le documentaire n’est pas un tribunal, et il ne prononce pas de condamnation judiciaire à l’écran. Il fait plutôt apparaître un phénomène : la disponibilité d’un public prêt à franchir certaines lignes, dans un environnement où l’anonymat réduit la peur des conséquences.

Autre point mis en lumière par la diffusion sur Savoir média : la responsabilité des plateformes. Selon la page de Savoir média, l’annonce n’a été bloquée qu’après un délai, malgré la nature explicite du scénario. Sans détailler des “procédures” (ce qui serait dangereux), l’enquête illustre un problème concret : les dispositifs de modération ne réagissent pas toujours immédiatement, et les services peuvent devenir des zones grises où l’illégal se déguise en “fantasme”.

C’est l’un des nœuds du débat : comment concilier liberté d’expression, sexualité entre adultes consentants, et prévention des violences ? L’enquête suggère qu’une plateforme peut héberger des interactions qui ressemblent, dans les faits, à une recherche de partenaires pour des agressions, si la modération et les règles ne sont pas suffisamment strictes, ni appliquées rapidement.

“Ils n’ont pas de profil type” : ce que cette phrase veut dire (et ce qu’elle ne veut pas dire)

Dire que les agresseurs n’ont “pas de profil type” ne signifie pas que “tout le monde se vaut” ni que la société ne peut rien faire. Cela signifie plutôt que les violences sexuelles ne sont pas un accident marginal réservé à quelques monstres identifiables : elles peuvent être le produit de normes, d’occasions, d’impunités, et d’une socialisation qui apprend à certaines personnes que le désir prime sur la volonté de l’autre.

Le documentaire, tel qu’il est présenté par Savoir média et discuté dans les médias, renvoie à des facteurs déjà documentés : banalisation de l’inconscience comme scénario excitant, confusion entretenue entre “jeu” et contrainte, pression de groupe, et circulation de récits où l’autre n’existe plus comme sujet. Ce qui inquiète, ce n’est pas seulement le nombre de réponses : c’est la vitesse, et la rareté des messages qui posent explicitement la question du consentement.

Pourquoi cette enquête fait écho à l’affaire Pelicot en France

L’affaire Pelicot (souvent associée à la ville de Mazan dans la couverture médiatique) est devenue, dans l’espace francophone, un symbole de la soumission chimique et de la facilité avec laquelle des hommes ont pu être recrutés via des annonces pour commettre des actes sexuels sur une femme rendue inconsciente. L’enquête québécoise ne prétend pas reproduire les faits : elle teste la disponibilité sociale du scénario, un an après l’onde de choc.

Autrement dit : même lorsqu’un fait divers est connu, commenté, jugé moralement, il ne disparaît pas automatiquement des pratiques. L’intérêt journalistique est là : mesurer l’écart entre le discours public (“on condamne”) et certains comportements privés (“on accepte”), et rappeler que l’évolution culturelle n’est ni linéaire, ni garantie.

Ce que l’enquête change pour le débat public : consentement, prévention, éducation

La force d’un documentaire comme celui-ci, c’est d’obliger à sortir des slogans. Parce qu’en matière de consentement, la plupart des gens savent “quoi dire”. La question est : que fait-on, quand la situation devient concrète ? Dans l’entretien radio de 98,5 FM, Hugo Meunier décrit sa surprise face au décalage entre l’image d’un Québec “en avance” sur les valeurs féministes, et la réalité de certaines réponses obtenues.

À partir de là, plusieurs pistes reviennent dans les discussions :

  • Éducation au consentement : insister sur un consentement affirmatif, spécifique, révocable, et présent au moment de l’acte.
  • Prévention de la soumission chimique : sensibilisation, repérage des situations à risque, formation des milieux festifs et de la santé.
  • Responsabilité numérique : règles et modération plus rapides sur les plateformes, canaux de signalement efficaces, sanctions réelles.
  • Justice et accompagnement : accès à l’aide, réduction des obstacles au dépôt de plainte, soutien psychosocial et juridique.

Le documentaire ne “résout” rien à lui seul, mais il a une utilité civique : il remet la réalité du consentement au centre, non pas comme un concept abstrait, mais comme un test immédiat qui révèle des angles morts.

FAQ : questions fréquentes autour du documentaire et du consentement

Où voir « 100 hommes prêts à coucher avec une femme endormie » ?

Le documentaire est accessible sur le site de Savoir média, qui en propose une page de détails et de visionnement.

Qui a réalisé et présenté le documentaire ?

Les crédits publiés dans les fiches de production indiquent Cloé (Chloé) Giroux à la réalisation et Hugo Meunier à l’enquête/animation, pour URBANIA, avec diffusion sur Savoir média.

Sur quel site l’annonce a-t-elle été publiée ?

Selon la page de présentation de Savoir média, l’annonce a été publiée sur un site de rencontres nommé JALF.

Est-ce légal d’avoir une relation sexuelle avec une personne endormie ?

En droit canadien, le consentement doit être un accord volontaire et présent au moment de l’activité sexuelle. Une personne endormie ou inconsciente n’est pas en état de donner un consentement valide. (Voir la définition du consentement dans le Code criminel et les explications d’Éducaloi.)

Pourquoi parle-t-on de “culture du viol” dans ce contexte ?

Parce que l’enquête met en évidence un ensemble de croyances et de justifications qui minimisent l’absence de consentement, normalisent l’idée d’un corps disponible, et transforment une agression en “fantasme”. Le terme renvoie à des mécanismes sociaux (banalisation, excuses, invisibilisation) plutôt qu’à une accusation globale indistincte.

À retenir

Le documentaire « 100 hommes prêts à coucher avec une femme endormie » a provoqué des réactions parce qu’il documente une réalité dérangeante : la demande pour des scénarios sexuels sans consentement peut exister, s’exprimer vite, et s’installer sur des plateformes où l’illégal se dissimule derrière le vocabulaire du “fantasme”. La portée du film tient autant à sa conclusion qu’à sa question : sommes-nous capables de reconnaître l’absence de consentement quand elle se présente sans violence “spectaculaire” ?

Si vous publiez sur le sujet, l’approche la plus utile (et la plus juste) consiste à : rappeler le cadre légal du consentement, nommer la réalité de la soumission chimique sans la sensationaliser, et interroger la responsabilité des environnements numériques. Car c’est là, souvent, que tout se joue : dans ce que les gens se permettent quand ils pensent que personne ne les voit.

Sources (liens)

Mise à jour : 22 janvier 2026

Audrey


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