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Une militante féministe arrêtée au Maroc pour avoir porté un t-shirt « Allah est lesbienne »

(Temps de lecture: 7 - 14 minutes)

Ibtissame Lachgar arrêtée au Maroc pour son t-shirt « Allah est lesbienne » : la militante féministe et défenseure des droits LGBTQ+ a été incarcérée à Rabat en août 2025 puis condamnée à 30 mois de prison pour blasphème

Une photo, un t-shirt, une phrase : trois éléments suffisent pour faire basculer la vie d'Ibtissame « Betty » Lachgar dans une cellule marocaine. Cofondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), psychologue clinicienne et figure connue du féminisme nord-africain, elle a été arrêtée le 10 août 2025 à Rabat après avoir publié une photo où elle porte un t-shirt portant l'inscription « Allah est lesbienne ». Quatre semaines plus tard, le tribunal de première instance de la capitale la condamne à 30 mois de prison ferme et 50 000 dirhams d'amende pour « offense à l'islam ». Sa peine a été confirmée en appel le 8 octobre 2025.

📅 Date de l'arrestation : 10 août 2025 à Rabat
⚖️ Condamnation en première instance : 3 septembre 2025 - 30 mois de prison + 50 000 dirhams d'amende
📜 Confirmation en appel : 8 octobre 2025, cour d'appel de Rabat
📖 Chef d'accusation : article 267-5 du Code pénal marocain (offense à l'islam)
🏛️ Lieu de détention : prison locale d'Al Arjat 2, Salé

Sommaire

Qui est Ibtissame Lachgar, militante féministe arrêtée au Maroc ?

Née en 1975, Ibtissame Lachgar est psychologue clinicienne spécialisée en victimologie et figure historique du féminisme marocain. Elle cofonde en 2009 le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), une organisation qui défend la dépénalisation des relations sexuelles hors mariage, l'accès à l'avortement, la liberté de conscience et les droits des personnes LGBTQ+. Le MALI est notamment connu pour avoir organisé en 2009 un pique-nique pendant le ramadan à Mohammédia, action qui visait à protester contre l'article 222 du Code pénal réprimant la rupture publique du jeûne.

Lachgar intervient régulièrement dans la presse francophone et anglophone sur les questions de droits des femmes, de laïcité et de répression des minorités sexuelles dans le monde arabe. Avant son arrestation, elle devait participer à FiLiA 2025, conférence féministe internationale prévue à Brighton (Royaume-Uni) en octobre, où elle figurait au programme comme intervenante.

Le t-shirt « Allah est lesbienne » : ce que dit la publication du 31 juillet 2025

Le 31 juillet 2025, Ibtissame Lachgar publie sur X (anciennement Twitter) une photo d'elle portant un t-shirt blanc imprimé du slogan « Allah est lesbienne ». La légende qui accompagne le cliché formule une critique frontale de l'islam comme institution :

💬 "Au Maroc, je me promène avec des t-shirts portant des messages contre les religions, l'islam, etc. Vous nous épuisez avec votre hypocrisie, vos accusations. Oui, l'islam, comme toute idéologie religieuse, est fasciste, phallocratique et misogyne."

- Ibtissame Lachgar, X, 31 juillet 2025

Le slogan « Dieu est lesbienne » circule dans les milieux féministes occidentaux depuis les années 1970, popularisé par les théologiennes lesbiennes de la deuxième vague féministe. Sa transposition arabe par Lachgar fait basculer la formule du registre théologique vers celui du blasphème pénalement puni au Maroc. La publication devient virale en quelques heures.

Dans les jours qui suivent, la militante affirme avoir reçu « des milliers de menaces de viol et de mort, des appels au lynchage et à la lapidation » et trois jours de cyberharcèlement intensif. Plusieurs comptes marocains réclament publiquement son arrestation, parfois relayés par des personnalités médiatiques.

Arrestation à Rabat : la chronologie de la mise en détention

Le 10 août 2025, soit dix jours après la publication, des policiers en civil interpellent Ibtissame Lachgar à Rabat. Le parquet de la cour d'appel de Rabat publie immédiatement un communiqué :

💬 "À la suite de la publication par une femme d'une photo sur son compte de réseau social, la montrant portant un t-shirt avec des phrases offensantes envers le divin, accompagnée d'une légende insultant l'islam, le procureur a ordonné une enquête. En raison de l'urgence de l'affaire, la personne a été placée en garde à vue conformément à la loi."

- Communiqué du parquet de Rabat, 10 août 2025

Lachgar est transférée à la prison locale d'Al Arjat 2, dans la commune de Salé, où elle est toujours incarcérée au printemps 2026. Selon Amnesty International, elle s'y trouve dans le quartier des femmes, sans accès régulier à ses proches en raison de l'éloignement géographique et des restrictions imposées aux visites.

L'article 267-5 du Code pénal marocain et la pénalisation du blasphème

Le chef d'accusation retenu est l'article 267-5 du Code pénal marocain, qui réprime « l'atteinte intentionnelle à la religion islamique » par des écrits, paroles, images ou supports électroniques. Introduit en 2016, cet article prévoit des peines de six mois à deux ans de prison, doublées si l'auteur est un fonctionnaire public ou si l'infraction a été commise dans un lieu de culte. La peine encourue maximale atteint cinq ans en cas de circonstances aggravantes.

Ce dispositif s'ajoute à un arsenal législatif déjà restrictif : article 489 sur les relations homosexuelles (six mois à trois ans de prison), article 490 sur les relations sexuelles hors mariage, article 222 sur la rupture publique du jeûne. La constitution marocaine de 2011 garantit pourtant la liberté d'expression dans son article 25, en précisant qu'elle ne peut être restreinte que par la loi.

Une condamnation à 30 mois de prison confirmée en appel

Le 3 septembre 2025, après une audience tenue à huis clos partiel, le tribunal de première instance de Rabat reconnaît Ibtissame Lachgar coupable d'« atteinte intentionnelle à l'islam » et la condamne à deux ans et demi d'emprisonnement et 50 000 dirhams d'amende, soit environ 5 500 dollars américains ou 4 700 euros. La peine figure parmi les plus lourdes prononcées au Maroc pour une infraction de blasphème depuis l'introduction de l'article 267-5.

Le 8 octobre 2025, la cour d'appel de Rabat confirme la condamnation et la peine, malgré la plaidoirie de la défense centrée sur la liberté d'expression et la protection internationale des défenseuses des droits humains. Les avocats de Lachgar ont annoncé leur intention de déposer un pourvoi en cassation, sans calendrier confirmé à ce jour.

La situation des femmes lesbiennes dans les pays à majorité musulmane forme un continuum de violence dont l'affaire Lachgar n'est qu'un point visible. Pour approfondir ce parcours intime et politique, lisez notre dossier sur le parcours des lesbiennes musulmanes entre rejet familial et acceptation, qui restitue la voix de femmes prises entre lesbophobie et islamophobie.

Mobilisation internationale : Amnesty, HRW et FiLiA en première ligne

Dès l'annonce de l'incarcération, plusieurs organisations internationales se mobilisent pour réclamer sa libération. Amnesty International publie une action urgente (UA 103/25) demandant aux autorités marocaines de la libérer immédiatement, considérant qu'elle est emprisonnée pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d'expression. L'organisation la qualifie de prisonnière d'opinion.

Human Rights Watch dénonce dans un communiqué publié le 11 septembre 2025 une condamnation qui « viole les obligations internationales du Maroc en matière de liberté d'expression » et appelle à sa disculpation. La National Secular Society britannique réclame également sa libération immédiate par la voix de sa responsable des campagnes :

💬 "Les lois sur le blasphème n'ont leur place nulle part. La liberté d'expression doit inclure la liberté de critiquer la religion, même si cela implique d'offenser les convictions religieuses. Nous demandons que Lachgar soit libérée sans inculpation et que le Maroc mette fin à ses lois draconiennes sur le blasphème."

- Megan Manson, National Secular Society

Du côté du mouvement féministe, FiLiA, qui devait l'accueillir à Brighton en octobre, prend position via sa directrice générale Lisa Marie Taylor :

💬 "Nous sommes fières de donner la parole à des femmes qui disent la vérité au pouvoir, y compris à celles qui remettent en question et critiquent la religion, car c'est fondamentalement une question féministe. Réduire au silence les femmes pour 'blasphème' constitue une violation de leurs droits humains et une atteinte à la liberté des femmes de penser, de s'exprimer et de vivre sans crainte."

- Lisa Marie Taylor, directrice générale de FiLiA

Tableau récapitulatif de l'affaire Ibtissame Lachgar

Élément Détail
Nom complet Ibtissame « Betty » Lachgar
Profession Psychologue clinicienne, militante féministe et défenseure des droits LGBTQ+
Organisation Cofondatrice du MALI (Mouvement alternatif pour les libertés individuelles)
Publication incriminée Photo X/Twitter du 31 juillet 2025 avec t-shirt « Allah est lesbienne »
Arrestation 10 août 2025 à Rabat
Condamnation initiale 3 septembre 2025 : 30 mois de prison + 50 000 dirhams
Confirmation en appel 8 octobre 2025, cour d'appel de Rabat
Article du Code pénal Article 267-5 (atteinte à l'islam)
Lieu de détention Prison locale d'Al Arjat 2, Salé
Statut au printemps 2026 Toujours incarcérée, prisonnière d'opinion selon Amnesty International

L'affaire Lachgar s'inscrit dans une géographie répressive plus large où la criminalisation de l'homosexualité féminine reste une réalité. Pour comprendre comment ces lois fonctionnent dans un autre pays musulman souvent visité par des touristes français, lisez notre analyse de la situation des homosexuels en Turquie, qui détaille les zones grises juridiques et les risques concrets sur place.

Lesbianisme, féminisme et blasphème : pourquoi le slogan dérange autant

Le choix du mot « lesbienne » associé au nom d'Allah n'est pas anodin. Dans la tradition islamique majoritaire, l'attribution d'une sexualité, et plus encore d'une orientation homosexuelle féminine, à la divinité constitue une rupture symbolique majeure. Le slogan condense en trois mots plusieurs lignes de fracture : la critique de l'autorité religieuse, la revendication d'une liberté féminine sur le corps et le désir, l'affirmation visible du lesbianisme comme catégorie politique.

Au Maroc, où l'homosexualité féminine demeure pénalement réprimée et où les réseaux sociaux relaient régulièrement des outings de couples lesbiennes, l'apparition publique d'un slogan associant Dieu et lesbianisme heurte simultanément le pouvoir religieux institutionnel, les lobbies conservateurs et une partie de l'opinion. Les cyberharceleuses et cyberharceleurs qui ont visé Lachgar ont mobilisé un répertoire genré (menaces de viol, lapidation) qui rappelle d'autres campagnes contre des féministes maghrébines, comme celle subie par Amina Sboui en Tunisie en 2013.

💡 Le saviez-vous ? Le slogan « Dieu est lesbienne » trouve son origine dans le manifeste éponyme publié en 1980 par la philosophe et théologienne italienne Mary Daly et l'écrivaine américaine Sally Gearhart, dans la mouvance du féminisme radical lesbien des années 1970-1980. Sa résurgence contemporaine en Amérique latine, notamment au Chili et en Argentine, en a fait un emblème des marches féministes laïques depuis 2018.

L'affaire Lachgar dans le contexte plus large des persécutions LGBTQ+

L'incarcération d'une militante lesbienne et féministe pour expression religieuse critique survient dans un climat international où les droits des minorités sexuelles connaissent un recul documenté. En 2025, plusieurs pays à majorité musulmane ont durci leur arsenal pénal : durcissement des peines en Iran et en Indonésie, exécutions en Arabie saoudite, criminalisation accrue en Ouganda. Le Maroc, considéré comme l'un des pays plus modérés du Maghreb sur les libertés individuelles, marque un tournant en infligeant à Lachgar une peine plus lourde que celles habituellement prononcées pour des infractions équivalentes.

Cette affaire a ravivé le débat sur la responsabilité des États occidentaux dans le silence diplomatique. La France, partenaire économique majeur du Maroc, n'a publié aucune déclaration officielle. L'Union européenne s'est limitée à une mention dans son rapport annuel sur les droits humains, sans condamnation explicite. Plusieurs eurodéputées de groupes féministes et LGBT ont déposé des questions écrites à la Commission européenne pour obtenir une position officielle.

D'autres militantes lesbiennes payent au prix fort leur engagement dans des régimes hostiles aux minorités sexuelles. Le sort tragique de plusieurs Iraniennes en témoigne : notre dossier sur les militantes LGBT iraniennes condamnées à mort documente une répression que la communauté internationale peine à enrayer.

Soutenir Ibtissame Lachgar : campagnes en cours en 2026

Au printemps 2026, plusieurs collectifs poursuivent la mobilisation pour sa libération. Le Collectif pour la libération politique des prisonnier.e.s d'opinion (CLP) coordonne une pétition européenne. FiLiA continue de relayer son cas dans ses publications. Des associations féministes francophones, dont le Collectif Ibtissame Lachgar Liberté, organisent des actions symboliques devant les ambassades du Maroc à Paris, Bruxelles et Madrid.

Les particulières et particuliers peuvent envoyer des courriers aux autorités marocaines via les modèles fournis par Amnesty International, signer la pétition d'Amnesty France ou faire un don aux organisations qui paient les frais juridiques de la défense. Les peines prononcées au Maroc pour blasphème sont rarement annulées en cassation, mais l'opinion publique internationale a, par le passé, joué un rôle dans plusieurs grâces royales.

Questions fréquentes sur l'affaire Ibtissame Lachgar

Pourquoi Ibtissame Lachgar a-t-elle été arrêtée au Maroc ?

Elle a été arrêtée le 10 août 2025 à Rabat après avoir publié sur X une photo d'elle portant un t-shirt « Allah est lesbienne », accompagnée d'une légende critiquant l'islam. Le parquet marocain a invoqué l'article 267-5 du Code pénal qui réprime l'atteinte intentionnelle à la religion islamique.

Quelle est la peine d'Ibtissame Lachgar ?

Le tribunal de première instance de Rabat l'a condamnée le 3 septembre 2025 à 30 mois de prison ferme (deux ans et demi) et 50 000 dirhams d'amende, soit environ 4 700 euros. La cour d'appel de Rabat a confirmé cette peine le 8 octobre 2025.

Que signifie le slogan « Allah est lesbienne » ?

Le slogan reprend une formule féministe occidentale des années 1970-1980 (« Dieu est lesbienne ») popularisée par les théologiennes lesbiennes radicales. Sa transposition au mot arabe Allah dans un pays musulman est interprétée comme une provocation politique destinée à dénoncer le pouvoir religieux et la pénalisation de l'homosexualité féminine.

Qu'est-ce que le MALI fondé par Ibtissame Lachgar ?

Le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) est une organisation marocaine cofondée en 2009 par Ibtissame Lachgar. Il défend la dépénalisation des relations sexuelles hors mariage, le droit à l'avortement, la liberté de conscience et les droits LGBTQ+. Le mouvement a été à l'origine du « pique-nique du ramadan » de Mohammédia en 2009.

Comment soutenir Ibtissame Lachgar depuis la France ?

Plusieurs voies existent : signer la pétition Amnesty International, envoyer un courrier aux autorités marocaines via le modèle fourni par Amnesty, soutenir financièrement les organisations qui défendent sa cause, relayer son nom et son histoire sur les réseaux sociaux, participer aux rassemblements organisés par les collectifs féministes devant l'ambassade du Maroc.

Quelles sont les lois marocaines contre l'homosexualité féminine ?

L'article 489 du Code pénal marocain réprime « tout acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe » par six mois à trois ans d'emprisonnement et une amende. Cette disposition s'applique aussi bien aux hommes qu'aux femmes. L'article 490 punit en parallèle les relations sexuelles hors mariage.

📌 À retenir

Ibtissame Lachgar, militante féministe et défenseure des droits LGBTQ+ marocaine, est emprisonnée depuis le 10 août 2025 pour une publication associant le mot Allah au lesbianisme. Sa condamnation à 30 mois de prison, confirmée en appel, mobilise Amnesty International, Human Rights Watch, FiLiA et de nombreux collectifs féministes francophones qui réclament sa libération immédiate.

Sources


Article mis à jour le 6 mai 2026
LM
Article signé
La rédaction de Lesbia Mag
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