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| Audrey | Actualités lesbiennes

Le Refuge : la démission de Caroline Lang dans l'affaire Epstein secoue le milieu associatif LGBT+

(Temps de lecture: 6 - 12 minutes)

Caroline Lang démission Le Refuge scandale Epstein

Le lundi 9 février 2026, Caroline Lang, ancienne productrice française et fille de Jack Lang, a annoncé sa démission du conseil d’administration de la Fondation Le Refuge. Ce retrait fait suite aux révélations de ses liens passés avec Jeffrey Epstein, dans ce qui devient une des ramifications françaises les plus marquantes du scandale Epstein France. Le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête fiscale visant Caroline Lang et son père pour blanchiment de fraude fiscale aggravée. Au-delà de l’impact judiciaire, cette affaire soulève une onde de choc morale et politique, en particulier au sein de la communauté LGBT+, dont Le Refuge est un acteur de premier plan.

Sommaire

Le Refuge : bastion du soutien aux jeunes homosexuels rejetés

La Fondation Le Refuge est une association d’utilité publique depuis 2011, dédiée à l’hébergement des jeunes LGBT confrontés à la rupture familiale, à la violence psychologique ou au rejet en raison de leur orientation sexuelle ou identité de genre. Créée en 2003, elle agit concrètement contre l’homophobie intrafamiliale, propose des foyers d’accueil, un suivi éducatif, psychologique et social.

Présente dans une dizaine de villes françaises, Le Refuge est aussi un symbole : celui de la solidarité, de l’entraide, et de la défense des jeunes homosexuels les plus vulnérables. Sa réputation repose sur la confiance, la transparence, et l’éthique — des piliers aujourd’hui ébranlés.

Caroline Lang : entre réseaux culturels et discrétion stratégique

Caroline Lang est issue d’un milieu politique influent. Fille de Jack Lang, ministre iconique de la culture sous Mitterrand, elle gravit les échelons dans l’audiovisuel, de Warner Bros. France à des mandats dans des institutions de production indépendante. En janvier 2026, elle est nommée à la direction du SPI (Syndicat de la production indépendante), tout en siégeant depuis 2021 au conseil d’administration du Refuge.

Affaire judiciaire Caroline Lang : les liens avec Jeffrey Epstein

Une société offshore partagée avec un criminel sexuel

Le 2 février 2026, Mediapart révèle que Caroline Lang a cofondé en 2016 une société offshore, Prytanee LLC, domiciliée dans les îles Vierges américaines, avec Jeffrey Epstein. L’objectif déclaré : créer un fonds pour financer l’acquisition d’œuvres d’art. Mais cette société n’aurait jamais été déclarée aux autorités fiscales françaises, déclenchant l’intervention du PNF.

Dans les documents judiciaires américains récemment rendus publics, Caroline Lang figure également comme bénéficiaire d’un legs de 5 millions de dollars inscrit dans le testament d’Epstein. Elle affirme ne jamais avoir touché cet argent ni été mise au courant de ce document. Son entourage évoque une "relation culturelle distante", tandis qu’elle qualifie Epstein de "mécène généreux".

Le Parquet national financier lance une enquête fiscale

Le PNF enquête fiscale contre Caroline Lang et Jack Lang pour blanchiment de fraude fiscale aggravée est une première dans l’histoire du scandale Epstein France. Les procureurs examinent non seulement les aspects financiers de la société offshore, mais aussi les flux d’argent et potentiels conflits d’intérêts liés aux fonctions publiques ou para-publiques exercées par les Lang.

La Fondation Le Refuge face à une crise morale

Dès le 6 février, Caroline Lang se met "en retrait" du conseil d’administration. Le 9, elle envoie officiellement sa lettre de démission. Le Refuge indique avoir convoqué son comité d’éthique en réunion extraordinaire. Un porte-parole affirme que ce retrait vise à "protéger l’action sociale de l’association et maintenir la confiance des jeunes et des partenaires".

Pourquoi cette affaire touche spécifiquement Le Refuge

Le Refuge n’est pas une association comme les autres. En tant que fondation LGBT œuvrant à la protection des jeunes homosexuels, elle se situe à l’intersection du militantisme, du social et du politique. L’implication d’une administratrice dans une affaire judiciaire Caroline Lang liée à un criminel sexuel mondialement connu pour ses abus sur mineures provoque un choc symbolique d'une rare intensité.

Le scandale interroge sur la vigilance dans le recrutement des membres de gouvernance et sur la capacité à garantir une totale intégrité dans la gestion des structures d’accueil pour jeunes vulnérables.

Impact sur la communauté lesbienne et confiance associative

La communauté lesbienne, souvent invisibilisée même dans les espaces LGBT+, regarde l’affaire avec inquiétude. Plusieurs militantes ont exprimé leur colère, notamment sur les réseaux sociaux, face à l’association d’une figure impliquée dans un scandale sexuel avec une structure censée offrir un refuge à des mineures rejetées par leurs familles.

Comme le souligne Émilie R., bénévole marseillaise : "On héberge des jeunes filles qui ont fui des violences sexuelles, familiales, religieuses… Comment expliquer qu'une proche de Jeffrey Epstein siège à notre conseil d'administration ? Le Refuge doit impérativement rétablir la confiance".

Plus largement, cette crise expose une fragilité de fond : la dépendance des fondations LGBT à des figures d’influence souvent extérieures aux communautés concernées, parfois placées plus pour leur carnet d’adresses que pour leur engagement militant réel.

Jack Lang et les zones d’ombre persistantes

Jack Lang, lui aussi visé par l’enquête du PNF, a présenté sa démission de l’Institut du Monde Arabe le 8 février, sous pression politique. L’Élysée aurait exigé ce retrait pour protéger l’image de l’institution. Mais cette affaire réactive aussi d’anciens soupçons à son égard dans d’autres précédents historiques non élucidés.

  • En 2001, il avait été cité dans une liste d’hommes politiques accusés de pédocriminalité par des témoignages anonymes dans l’affaire Coral — sans poursuites judiciaires, mais la mémoire reste vive dans certains milieux militants.
  • En 2011, ses prises de position floues sur l’âge de consentement et ses liens culturels avec certaines élites sulfureuses avaient alimenté les débats.
  • En 2013, il avait été indirectement associé à l’affaire dite de Marrakech, dans laquelle plusieurs personnalités françaises auraient fréquenté un réseau d’exploitation sexuelle présumé impliquant des mineurs au Maroc. Là encore, aucune charge n’a été retenue, mais la rumeur a nourri une méfiance durable dans les cercles militants.

Ces réminiscences, injustes ou fondées, pèsent désormais sur sa fille et renforcent l’idée d’une continuité de pouvoir entre sphères culturelles et zones d’influence opaques. Pour de nombreuses militantes lesbiennes et queer, il est urgent de couper le cordon ombilical entre ces réseaux d’élite et les espaces de refuge communautaire.

Pourquoi cette affaire fragilise durablement les associations LGBT+

Dans un contexte où les associations LGBT+ luttent au quotidien pour leur légitimité, leur financement, et leur sécurité, voir l'une des plus emblématiques éclaboussée par une affaire judiciaire liée à Epstein constitue un coup dur. Cette affaire alimente aussi les discours complotistes, souvent antisémites et LGBTphobes, en quête d'amalgames entre sexualité, pouvoir et réseaux secrets.

Elle rappelle cruellement qu’aucune association, aussi militante soit-elle, n’est à l’abri d’un problème de gouvernance ou d’un manque de vigilance dans la sélection de ses responsables.

Réactions politiques et institutionnelles

Interrogé à ce sujet, Emmanuel Macron a déclaré : "La justice doit faire son travail et c’est tout". Plusieurs élus LFI et écologistes ont toutefois demandé la mise en place d’un audit de gouvernance dans les fondations reconnues d’utilité publique recevant des subventions de l’État.

Et maintenant ? Vers un renouveau de la transparence associative

Dans un communiqué interne, la présidente de la Fondation Le Refuge a annoncé vouloir renforcer les critères d’entrée au conseil d’administration et proposer une nouvelle charte éthique d’ici mars 2026. Elle appelle à "tourner la page dans la transparence et la rigueur".

Plusieurs militantes lesbiennes appellent de leurs vœux à ce que la gouvernance de l’association reflète davantage la diversité réelle des personnes concernées : jeunes lesbiennes, trans, racisées, exilées. Comme le résume l’activiste Fatima B., "notre sécurité ne peut pas reposer sur des figures du pouvoir, fussent-elles célèbres. Nous devons reprendre nos structures".

Transparence et gouvernance : un enjeu vital pour les fondations LGBT

La Fondation Le Refuge, comme d'autres associations d’utilité publique, repose sur un conseil d’administration dont les membres sont cooptés. Ce mode de gouvernance, courant mais peu transparent, soulève des questions de légitimité, surtout quand il s’agit d’organisations censées représenter des communautés marginalisées.

Dans le cas présent, la nomination de Caroline Lang, personnalité issue des cercles du pouvoir culturel et politique, interroge : qui l’a proposée ? Quelle a été la validation interne ? Quels critères ont été utilisés pour juger de sa légitimité à siéger ?

Ce scandale révèle la nécessité urgente de repenser les processus internes dans les fondations LGBT, afin qu'ils ne soient plus dépendants des réseaux d’influence mais bien ancrés dans les besoins réels des bénéficiaires.

  • Mettre en place une élection démocratique des administrateurs, incluant des personnes concernées
  • Publier la liste complète des membres de gouvernance sur les sites des fondations
  • Imposer une charte éthique publique et contraignante, avec un audit régulier indépendant

Plusieurs associations LGBTQIA+ prônent déjà ce type de réforme interne, estimant qu’une crise de confiance comme celle du Refuge ne peut être réparée qu’en instaurant une gouvernance réellement représentative et transparente.

Réactions militantes : colère, déception et appel à l’autonomie communautaire

Dans les jours qui ont suivi la démission de Caroline Lang, les réseaux sociaux ont vu émerger une vague de témoignages et de critiques, notamment émanant de militantes lesbiennes, féministes et queer. Pour beaucoup, ce scandale n’est pas une simple affaire individuelle, mais bien le révélateur d’un système déconnecté des réalités de terrain.

Sur X (anciennement Twitter), des activistes ont relayé les hashtags #PasEnNotreNom ou #RefugeEnCrise, appelant à une "décolonisation interne des structures LGBT" encore trop dépendantes des mécènes et des figures politiques extérieures.

Plusieurs collectifs, dont Gouines contre la récupération et Front lesbien antifasciste, ont publié une tribune commune appelant à une "rupture avec les figures de pouvoir" et à une "reprise en main des structures d’hébergement LGBT par les concerné·es".

"Quand des jeunes lesbiennes se retrouvent à dormir dans des structures gouvernées par des amis de milliardaires liés à un prédateur sexuel, c’est qu’on a un problème", écrit le collectif dans sa publication.

Le silence de plusieurs grandes fédérations LGBT sur l’affaire a également été pointé du doigt, renforçant l’impression d’un certain malaise institutionnel à traiter les contradictions internes.

Précédents : quand les scandales ébranlent la sphère associative LGBT

L’affaire Caroline Lang n’est pas la première à faire vaciller la confiance dans une association LGBT reconnue d’utilité publique. Plusieurs scandales ou controverses ont, par le passé, mis en lumière des dérives ou des manques de contrôle dans des structures pourtant censées défendre les droits des minorités sexuelles et de genre.

Affaire Act Up Sud-Est (2018)

En 2018, une enquête interne révèle que la section sud-est d’Act Up France était dirigée par un président accusé de harcèlement moral et de gestion opaque des fonds. La section sera suspendue, mais l’image du réseau militant a souffert.

Polémique SOS Homophobie (2021)

Des ex-bénévoles dénoncent publiquement un "climat toxique" dans certaines antennes de SOS Homophobie, et pointent l'absence d'écoute réelle des concerné·es trans ou racisé·es. Une charte de gouvernance sera mise en place en 2022.

Départs en chaîne chez AIDES (2024)

Suite à une vague de démissions en 2024, plusieurs salarié·es dénoncent une gestion centralisée, déconnectée des réalités locales, et une difficulté à intégrer les revendications queer et racisées au sein d'une structure vieillissante.

Ces exemples montrent que la légitimité d’une structure ne garantit pas son immunité. L’affaire du Refuge pourrait bien devenir un cas d’école, obligeant toutes les fondations LGBT à revoir leurs pratiques internes et leur lien réel avec les communautés qu’elles prétendent défendre.

FAQ

Pourquoi Caroline Lang a-t-elle démissionné du Refuge ?

Pour ne pas nuire à l’image de la Fondation Le Refuge, en raison de ses liens révélés avec Jeffrey Epstein et de l'enquête judiciaire ouverte contre elle.

Qu’est-ce que la société Prytanee LLC ?

Une société offshore fondée par Caroline Lang et Jeffrey Epstein en 2016, domiciliée aux îles Vierges américaines, et non déclarée au fisc français.

Qu’est-ce qu’une association d’utilité publique ?

C’est une association reconnue par décret, habilitée à recevoir des dons défiscalisés et à agir dans l’intérêt général. Le Refuge détient ce statut depuis 2011.

Y aura-t-il une suite à l’affaire Caroline Lang - Epstein ?

Oui, l’enquête du PNF est toujours en cours, et de nouveaux éléments issus des documents américains pourraient entraîner des suites judiciaires ou politiques supplémentaires.

Ce scandale interroge autant la justice que nos structures militantes. Il impose, une fois encore, que les communautés LGBTQIA+ se réapproprient leurs lieux, leur gouvernance, et leurs refuges.

Vidéo : affaire Epstein, Jack Lang et l’explosion médiatique en France

Mise à jour : 9 février 2026

Audrey


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