Tavistock Clinic : enquête sur le traitement des enfants transgenres révélée par Time to Think

Time to Think : The Inside Story of the Collapse of the Tavistock's Gender Service for Children est un livre d’enquête publié en 2023 par la journaliste britannique Hannah Barnes. Fondé sur plus de cent heures d’entretiens avec près de soixante anciens cliniciens, ainsi que sur l’analyse de documents internes confidentiels, l’ouvrage expose les dysfonctionnements profonds du Gender Identity Development Service (GIDS), rattaché au Tavistock and Portman NHS Foundation Trust. Il met en lumière un scandale médical et institutionnel majeur, dans lequel des considérations idéologiques ont progressivement pris le pas sur l’évaluation clinique et la prudence thérapeutique, au détriment d’enfants et d’adolescents en questionnement de genre.
- Time to Think : une enquête sur les soins aux enfants transgenres au Tavistock
- Le scandale du Tavistock Clinic : faits établis et chronologie
- Des risques sous-évalués pour les mineurs : alertes et critiques médicales
- Protocole Pathways : un nouveau modèle de soins pour mineurs sous tension
- Le scandale du Tavistock vu depuis une perspective lesbienne
- Réception médiatique et controverses autour de Time to Think
- FAQ sur Time to Think et le scandale du Tavistock
- Vidéo source évoquant les faits présentés
- Sources et références
Time to Think : une enquête sur les soins aux enfants transgenres au Tavistock
Time to Think retrace l’histoire complète du GIDS, service fondé en 1989 afin d’offrir un accompagnement psychologique aux enfants et adolescents présentant une détresse liée au genre. Hannah Barnes documente l’évolution du service, qui est progressivement passé d’une approche thérapeutique exploratoire à une médicalisation rapide, marquée par la prescription de bloqueurs de puberté.
Le titre du livre renvoie à l’argument central avancé par les promoteurs de ces traitements, censés offrir aux jeunes « du temps pour réfléchir ». L’enquête montre cependant que ce temps de réflexion était souvent absent, tant pour les patients que pour les cliniciens, confrontés à une explosion des demandes et à des pressions institutionnelles croissantes.
Les chiffres sont parlants : le nombre de referrals est passé de 97 en 2009 à plus de 2 500 en 2020. Parallèlement, le profil des patients a profondément changé, passant majoritairement de garçons prépubères à des adolescentes présentant fréquemment des troubles psychologiques associés.
Hannah Barnes : méthode journalistique et sources
Journaliste d’investigation à la BBC et productrice pour l’émission Newsnight, Hannah Barnes s’appuie sur une méthodologie rigoureuse. Son travail repose sur des entretiens anonymes et nominatifs, l’étude d’emails internes, de rapports cliniques non publiés et de documents administratifs internes au NHS.
L’objectif de l’ouvrage n’est pas militant. Il s’agit de constituer un récit factuel et documenté de ce qui s’est déroulé au sein du GIDS, en donnant la parole à des professionnels souvent réduits au silence, et en replaçant les décisions médicales dans leur contexte institutionnel.
Le scandale du Tavistock Clinic : faits établis et chronologie
Le Gender Identity Development Service a été créé en 1989 sous l’impulsion du psychiatre Domenico Di Ceglie. À ses débuts, le service adoptait une approche prudente :
- seuls 5 % des enfants suivis poursuivaient une transition médicale,
- tandis que 60 à 70 % grandissaient en s’identifiant comme homosexuels.
Un audit réalisé en 2000 sur 124 patients révélait que seulement 2,5 % ne présentaient aucune difficulté psychologique associée. Près de 70 % cumulaient plus de cinq problématiques, incluant troubles anxieux, dépression, difficultés familiales et traumatismes.
À partir de 2011, les bloqueurs de puberté ont commencé à être prescrits dès l’âge de douze ans. Plusieurs rapports internes, notamment celui du psychologue David Taylor en 2005, alertaient pourtant sur l’absence de preuves solides concernant l’efficacité et la sécurité de ces traitements. Ces mises en garde sont restées sans suite.
Chiffres et données clés révélés dans Time to Think
Les données compilées par Hannah Barnes mettent en évidence une surreprésentation de situations de vulnérabilité parmi les enfants référés au GIDS :
- Environ 35 % présentaient un trouble du spectre autistique, contre moins de 2 % dans la population générale.
- Près de 25 % avaient connu un placement en foyer, contre environ 0,67 % au niveau national.
- Les enfants suivis étaient statistiquement plus susceptibles d’avoir un parent inscrit au registre des délinquants sexuels.
- 42 % avaient perdu un parent par décès ou séparation.
Ces chiffres suggèrent que des problématiques psychologiques et sociales complexes ont été insuffisamment prises en compte, au profit d’une réponse médicale standardisée.
Des risques sous-évalués pour les mineurs : alertes et critiques médicales
Time to Think rapporte de nombreux témoignages de cliniciens décrivant des pressions internes visant à accélérer les parcours de transition. Le livre évoque notamment le cas de jeunes patients ayant detransitionné après des traitements hormonaux, soulignant l’absence de suivi à long terme et de données fiables sur les effets des bloqueurs de puberté.
La revue indépendante Cass, publiée en 2022, a confirmé ces dysfonctionnements structurels. Ses conclusions ont conduit à la fermeture définitive du GIDS en 2024 et à une refonte complète de la prise en charge des mineurs au Royaume-Uni.
Bloqueurs de puberté et enjeux éthiques
Présentés comme entièrement réversibles, les bloqueurs de puberté ont, dans la pratique, conduit presque systématiquement à la prescription d’hormones croisées. Les données internes évoquées dans le livre indiquent des taux de poursuite de transition proches de 100 %.
- Pourquoi les comorbidités psychiatriques ont-elles été minimisées ?
- Quelle influence les associations militantes ont-elles exercée sur les décisions cliniques ?
Protocole Pathways : un nouveau modèle de soins pour mineurs sous tension
Si la fermeture du Gender Identity Development Service (GIDS) en 2024 a marqué un tournant, l’enquête ne s’arrête pas là. Comme le révèle une analyse publiée par Hannah Barnes, de nombreux cliniciens expriment aujourd’hui de vives inquiétudes concernant le nouveau protocole de recherche Pathways, destiné à étudier l’usage des bloqueurs de puberté chez les mineurs au sein des services de genre du NHS.
Ce programme de recherche, piloté par une équipe du King’s College London, fait suite aux recommandations de la revue Cass. Pourtant, selon plus de cent professionnels de santé regroupés au sein du Clinical Advisory Network on Sex and Gender, les documents remis aux parents et aux enfants candidats à l’essai minimisent ou omettent des risques jugés essentiels pour garantir un consentement réellement éclairé.
Consentement éclairé et risques minimisés
Les feuilles d’information destinées aux familles présentent les bloqueurs de puberté comme une intervention temporaire et réversible, permettant aux jeunes de gagner du temps pour explorer leur identité de genre. Or, cette présentation est directement contredite par les données cliniques disponibles et par les conclusions mêmes de la revue Cass.
Plusieurs risques majeurs sont insuffisamment explicités, notamment les effets potentiels sur la densité osseuse, la maturation cérébrale, la fonction sexuelle, le développement psychosexuel et la fertilité future. Les cliniciens soulignent également l’absence d’informations claires sur le fait que la grande majorité des enfants placés sous bloqueurs poursuivent ensuite un traitement par hormones sexuées.
Une continuité problématique avec les pratiques du passé
Des données issues d’une étude conduite dès 2011 au sein du GIDS montraient déjà que 98 % des jeunes ayant reçu des bloqueurs de puberté avaient ensuite entamé une hormonothérapie. Ces chiffres, connus des équipes cliniques depuis plusieurs années, posent la question de la trajectoire induite par ces traitements et de la capacité réelle des patients à revenir en arrière.
Plusieurs professionnels estiment que débuter un essai clinique sans exposer clairement cette réalité revient à engager des enfants sur une voie médicale lourde avant même qu’ils ne puissent en mesurer les conséquences à long terme. Cette inquiétude est d’autant plus forte que certaines autorités sanitaires avaient déjà recommandé, par le passé, d’éviter toute présentation des bloqueurs comme un simple « espace de respiration » sans implications durables.
L’affaire Pathways montre ainsi que les problèmes mis en lumière par Time to Think ne relèvent pas uniquement du passé. Elle souligne la difficulté persistante, au sein du système de santé britannique, à concilier prudence clinique, exigence scientifique et protection des enfants les plus vulnérables.
Le scandale du Tavistock vu depuis une perspective lesbienne
Du point de vue lesbien, l’affaire du Tavistock soulève des inquiétudes spécifiques concernant l’effacement des identités homosexuelles féminines. Plusieurs analyses féministes lesbiennes ont mis en lumière la manière dont certaines adolescentes attirées par le même sexe ont été orientées vers une transition médicale plutôt qu’accompagnées dans l’acceptation de leur orientation.
Selon les données évoquées dans l’ouvrage, près de 90 % des adolescentes référées au GIDS étaient attirées par les femmes. Certaines exprimaient un rejet explicite du terme « lesbienne », vécu comme stigmatisant. Ce constat alimente l’idée d’une forme contemporaine de conversion thérapeutique, où l’homosexualité féminine est médicalisée au profit d’une identité trans.
Quels impacts pour les jeunes lesbiennes ?
Les jeunes lesbiennes vulnérables, confrontées à l’homophobie ou à des difficultés psychologiques, peuvent se retrouver orientées vers des traitements irréversibles. Cette dynamique contribue à une invisibilisation accrue des lesbiennes, en renforçant l’idée que l’attirance pour les femmes serait incompatible avec une identité féminine.
- Quelle place reste-t-il à l’orientation sexuelle dans les parcours de soin ?
- Les normes sociales influencent-elles les trajectoires de transition ?
Réception médiatique et controverses autour de Time to Think
Le livre a été salué pour la qualité de son enquête et la solidité de ses sources. Plusieurs médias britanniques, dont le Financial Times, l’ont décrit comme une analyse dérangeante et nécessaire d’un échec majeur du NHS.
Certaines critiques ont toutefois accusé l’ouvrage de donner une visibilité disproportionnée aux cliniciens dissidents. Hannah Barnes répond à ces accusations en soulignant que ces voix étaient précisément celles qui avaient été marginalisées pendant des années.
Prix et reconnaissances
Time to Think a été sélectionné pour l’Orwell Prize et le Baillie Gifford Prize en 2023, confirmant son importance dans le paysage du journalisme d’investigation contemporain.
FAQ sur Time to Think et le scandale du Tavistock
Qu’était le GIDS du Tavistock ?
Le GIDS était le service du NHS dédié aux enfants et adolescents en questionnement de genre. Il a été fermé en 2024 à la suite de critiques institutionnelles et médicales majeures.
Les bloqueurs de puberté sont-ils réellement réversibles ?
Les données présentées dans le livre indiquent qu’ils conduisaient le plus souvent à des traitements hormonaux permanents, sans recul suffisant sur les effets à long terme.
Pourquoi une analyse lesbienne est-elle pertinente ?
Parce que les adolescentes attirées par les femmes ont été surreprésentées parmi les patients du GIDS, soulevant des questions sur la médicalisation de l’homosexualité féminine.
Vidéo source évoquant les faits présentés
Sources et références
- National Library of Medicine – Analyse scientifique sur les soins de genre pédiatriques et les controverses cliniques
- The Guardian – Critique du livre Time to Think de Hannah Barnes et analyse des défaillances du GIDS
- Wikipédia – Fiche factuelle sur Time to Think (publication, contenu, réception critique)
- NHS puberty blocker trial information “ignores or minimises critically important risks”
— Contribuez à notre magazine participatif —
Vous souhaitez écrire un ou plusieurs articles pour notre site ? Le Lesbia Magazine est un média libre et indépendant souhaitant porter toutes les voix de la diversité au féminin.
Envoyez-nous dès à présent votre sujet d'article via notre page de contact, nous reviendrons vers vous dans les meilleurs délais.



