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| Audrey | Actualités lesbiennes

Russie : le "mouvement international LGBT" classé "extrémiste" et "terroriste" - ce que cela change concrètement

(Temps de lecture: 4 - 8 minutes)

Russie: le 'mouvement international LGBT' classé 'extrémiste' et 'terroriste' - impacts sur la visibilité lesbienne et LGBTQ

En Russie, les autorités ont officiellement inscrit le soi-disant "mouvement international LGBT" sur une liste d'organisations "extrémistes et terroristes", après une décision de la Cour suprême qualifiant ce "mouvement" d'"extrémiste". Cette formule, volontairement floue, ne désigne pas une association unique: elle sert plutôt de cadre juridique pour étendre la répression, faciliter des poursuites et renforcer la censure autour des symboles, de l'expression publique et du soutien aux personnes LGBTQ. Pour les femmes lesbiennes et plus largement les personnes queer, cela se traduit par un risque accru: celui de voir des gestes banals (un drapeau arc-en-ciel, un post, une collecte, un événement, une librairie, un groupe d'entraide) requalifiés en "propagande" ou en "participation" à une structure interdite.

Sommaire

Vrai ou faux : la Russie a-t-elle "classé le mouvement LGBTQ international" comme extrémiste et terroriste ?

Vrai. La Cour suprême russe a jugé fin novembre 2023 que ce qu'elle appelle "le mouvement international LGBT" devait être considéré comme "extrémiste", entraînant l'interdiction de ses activités sur le territoire russe. Puis, en mars 2024, l'entrée correspondante a été ajoutée sur la liste officielle gérée par Rosfinmonitoring, souvent présentée comme une liste "d'organisations et personnes impliquées dans l'extrémisme et le terrorisme". Concrètement, l'Etat se dote ainsi d'un outil supplémentaire pour criminaliser, dissoudre, sanctionner, surveiller et intimider - y compris via des conséquences financières (gel potentiel d'avoirs pour des entités ou individus visés, selon les mécanismes liés à ces listes).

Pourquoi l'expression "mouvement international LGBT" pose problème

Le point clef, c'est l'imprécision. Les autorités russes ne ciblent pas seulement une ONG identifiable avec un siège, un conseil d'administration et des statuts, mais un "mouvement" supposé, présenté comme un ensemble de "structures". Ce flou juridique ouvre la porte à des interprétations extensives: un groupe de soutien, une association locale, un média, une librairie, un festival, un bar, une page de réseau social, ou même une campagne de prévention peuvent être assimilés à une "unité" d'un mouvement interdit. Dans un contexte où la justice et la police disposent d'une large marge d'appréciation, cette élasticité devient un outil politique. Elle ne sert pas seulement à interdire, elle sert à dissuader: auto-censure, peur des signalements, rupture des solidarités, isolement.

Quelles conséquences concrètes pour la visibilité LGBTQ et lesbienne

Symboles, drapeaux, affiches: la zone grise devient un danger

Lorsque l'Etat qualifie un "mouvement" d'extrémiste, les symboles associés deviennent facilement ciblables. Même sans texte, une simple présence visuelle (arc-en-ciel, slogans inclusifs, badges, affiches de films, couvertures de livres) peut être interprétée comme promotion, soutien ou "propagande". Le résultat est souvent mécanique: retrait d'affiches, annulation d'événements, prudence extrême des lieux culturels et commerciaux, invisibilisation forcée. Pour les lesbiennes, c'est une double peine: déjà souvent effacées au profit d'une visibilité LGBTQ plus centrée sur d'autres représentations, elles se retrouvent aussi exposées à une répression qui ne fait pas la différence entre orientation, identité, militantisme ou simple existence.

Expression publique et réseaux sociaux: le risque n'est pas seulement "militant"

La répression ne vise pas uniquement les organisations. Elle pèse sur les prises de parole: publications, témoignages, contenus culturels, recommandations de livres, messages de soutien. Dans un environnement où des lois limitent déjà la diffusion d'informations positives ou neutres sur les personnes LGBTQ, l'étiquette "extrémiste" ajoute une couche de menace: ce qui relevait hier d'une infraction administrative (amende, suppression de contenu) peut, selon les cas et la qualification retenue, exposer à des poursuites plus lourdes ou à des mesures coercitives supplémentaires.

Vie associative, santé, entraide: quand l'aide devient suspecte

Une conséquence moins visible, mais centrale, concerne l'entraide. Les associations (y compris celles travaillant sur la santé sexuelle, la prévention, l'accompagnement psychologique, l'aide juridique) peuvent être fragilisées par l'amalgame entre soutien aux personnes LGBTQ et appartenance à un "mouvement" interdit. Cette pression pousse des structures à fermer, à se délocaliser, ou à renoncer à des actions publiques. Pour les femmes lesbiennes, dont les espaces de socialisation et de soutien sont souvent plus rares, chaque fermeture pèse plus lourd: moins de lieux sûrs, moins de réseaux, moins de ressources.

Les lois et décisions qui ont préparé le terrain

La désignation "extrémiste" n'arrive pas dans le vide. Elle s'inscrit dans une trajectoire où l'Etat a multiplié les textes pour encadrer, puis réduire, puis criminaliser la visibilité LGBTQ. Parmi les jalons souvent cités par les observateurs et organisations internationales: l'extension des interdictions liées à la "propagande" LGBTQ à un public plus large, le durcissement des sanctions, et des restrictions majeures visant l'identité de genre (dont l'interdiction de certaines transitions médicales et juridiques). Les autorités justifient ces politiques au nom de la "protection des valeurs traditionnelles", de la famille et de l'identité nationale, en présentant fréquemment les droits LGBTQ comme une importation occidentale. Cette rhétorique n'est pas un décor: elle fabrique une logique d'ennemi intérieur, utile pour légitimer des mesures de police et de censure.

Ce que cela signifie pour les voyageuses lesbiennes et les personnes LGBTQ de passage

Il est important d'être lucide: la Russie n'est pas un espace neutre pour une voyageuse lesbienne, surtout si elle est visible (couple, gestes d'affection, contenu en ligne, symboles, discussions publiques). La qualification d'"extrémisme" renforce un climat où la simple expression peut être interprétée comme provocation ou infraction. Cela ne signifie pas que chaque personne LGBTQ sera systématiquement arrêtée, mais cela signifie que la marge de sécurité se réduit et que l'arbitraire devient plus probable. L'enjeu est particulièrement sensible pour les couples de femmes: l'homophobie sociale peut se combiner à la pression policière, et les recours peuvent être limités.

Angle éditorial lesbien: pourquoi cette décision concerne aussi la culture et nos récits

Quand un Etat désigne un "mouvement" comme extrémiste, ce n'est pas seulement le militantisme qui est visé, c'est la narration. Les histoires deviennent suspectes parce qu'elles rendent l'existence dicible. Un roman, une scène d'amour entre femmes, une héroïne lesbienne qui ne finit pas punie, une couverture trop explicite, une recommandation de lecture - tout cela devient, dans ce cadre, un acte potentiellement "politique" aux yeux de l'appareil répressif. Et c'est précisément là que la culture compte: elle maintient une trace, elle empêche l'effacement total, elle rappelle aux femmes que leur désir n'est pas un crime, même quand un Etat tente d'en faire un dossier. Cette dimension est essentielle pour comprendre l'effet réel de ces décisions: elles n'attaquent pas seulement des droits, elles attaquent les conditions mêmes d'une vie racontable.

Comment vérifier l'information et éviter les intox

Sur ce sujet, la prudence est utile: certains résumés circulent avec des formulations imprécises ("organisation LGBTQ mondiale", "ONU LGBT", "association internationale officielle") qui ne correspondent pas à la mécanique réelle. Pour vérifier correctement:

  • Cherchez la décision de la Cour suprême (novembre 2023) et ses reprises par des organismes crédibles.
  • Vérifiez l'ajout sur la liste de Rosfinmonitoring (mars 2024), souvent rapporté par des agences de presse internationales.
  • Recoupez avec des organisations de défense des droits humains et des institutions internationales qui suivent l'évolution législative.

Questions fréquentes

Le "mouvement international LGBT" est-il une organisation réelle et structurée ?

Dans la pratique, non. Les autorités utilisent une expression générique et extensible, ce qui permet d'englober des initiatives très diverses sous une même étiquette. C'est précisément ce flou qui rend la mesure dangereuse.

Est-ce que le drapeau arc-en-ciel est interdit en Russie ?

La situation dépend des usages et des qualifications retenues par les autorités. Dans un contexte de lois anti-"propagande" et d'une désignation "extrémiste", l'affichage public de symboles LGBTQ peut exposer à des sanctions. Le risque est donc réel, même si l'application peut varier selon les lieux et les moments.

Cette décision concerne-t-elle aussi les lesbiennes, spécifiquement ?

Oui. La répression ne fait généralement pas de distinction protectrice. Les lesbiennes sont concernées à la fois comme personnes LGBTQ et comme femmes dont les espaces communautaires peuvent

Mise à jour : 1 février 2026

Audrey


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